France | 14 des meilleures joueuses d’échecs françaises dénoncent des violences sexuelles ou sexistes

oui

Pédocriminel En liberté

Pour que la peur et la culpabilité change de camp !
Un collectif réunissant joueuses d’échecs, arbitres, entraineuses et dirigeantes, publie une lettre ouverte dénonçant les violences sexuelles ou sexistes subies. La Fédération “soutient” cette prise de parole.

Actualisation du 10 août 2023 :

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Un homme, encadrant dans un club d’échecs, offrait ce 6.8, un éclairage après la lettre de 14 joueuses d’échecs dénonçant des abus dans ce milieu :

“(..) d’abord, 2 éléments pour comprendre les nuances & les particularités de ce milieu, qui font que, oui, c’est possible.

1) les échecs sont une des seules disciplines où ceux qui s’affrontent sont de tout âge et de tout genre.(..)
C’est en principe, un sport « inter-générationnel » aux dynamiques sympas.

Je suis encadrant dans un club et constate que cet argument est souvent avancé.

Néanmoins, voici les facteurs de risques pour mettre en place des mesures de prévention.

Si quelqu’un vous parle des échecs en niant la nécessité d’y réfléchir : il fait partie du problème.

Un enfant ou une jeune fille peut très rapidement se retrouver dans une relation de prox. avec un adulte, que ce soit son entraîneur professionnel, ou des membres du club.

L’entraîneur va suivre la joueuse dans ses compétions, débriefer le soir après les parties, gérer le déplacement, la logistique, louer une chambre d’hôtel, avec ou sans la supervision des parents.

La FFE, a pris récemment des mesures. Par exemple dans certaines compétitions, il est interdit aux entraîneurs de s’enfermer dans une pièce ou une chambre avec son élève.

Dans mon club et d’autres, donc : aucun adulte ne doit être seul avec un enfant au club. Mais c’est récent, insuffisant et, surtout, porté par des individus et pas par une culture institutionnelle.

Bref, oui, des faits de détournement de mineurs, de pédocriminalité, de situations d’emprise malsaine ou de vieux dégueux qui recherchent une proximité avec des jeunes en profitant de leur position dominante, c’est connu par tous dans ce milieu.

Facteur de risque couplé avec le fait que jusqu’à il y a très peu de temps, les échecs n’étaient pas une fédération agrée et contrôlée par le ministre des sports. Pas besoin de diplôme d’État, pas de suivi, pas de CNI à déposer, rien…

2) Les échecs sont une discipline où on va vite repérer les jeunes talents et les accompagner pour maximiser leur progression. L’âge de détection moyen est de l’ordre de 6-9 ans. Après, on considère souvent que le retard est trop important pour envisager une carrière au top mondial.

Si tu combines le premier élément et le fait que les échecs sont perçus comme une discipline intellectuelle,(..), la famille qui, parfois, pousse pour pouvoir raconter à quel point leur enfant est “intelligent”, tu obtiens: des garçons avec un ego surdimensionné.

Les échecs créent des individualités portées à marcher sur la gueule des autres. Et encore une fois, c’est sur les minorités et sur les femmes que les gens marchent d’abord.

D’où l’intérêt impérieux du travail éducatif, de l’accompagnement pédagogique et d’inculquer les valeurs de respect, d’égalité, de solidarité aux enfants (et aux parents…). (..)

Sur les agressions physiques et sexuelles. Les échecs sont une discipline qui n’implique pas, un contact physique ou corporel ni aucune forme de nudité. Pas de vestiaires, de tenues réglementaires, de contact physique et gestion de l’intimité.

Dans l’opinion publique, il s’agit donc d’un loisir « protégé » de fait. Mais, c’est un biais. (..)

Les violences psy sont aussi prégnantes, car c’est un « jeu de l’esprit ». Des joueurs qui ont appris qu’une certaine violence psychique fait partie du sport, se dire qu’elle est normale en dehors. (..)

Concernant les situations de harcèlement, un autre élément : le jeu d’échecs se joue autant au club que sur web. Il n’est pas rare que des violences entre les jeunes se poursuivent en dehors du club. Signalements en masse du compte en ligne p/ex.

Les tabous ne servent toujours qu’aux prédateurs. (..)”

Article du 7 août 2023 :

Dans une lettre ouverte publiée ce jeudi, 14 joueuses d’échecs françaises parmi les meilleures du pays dénoncent le harcèlement et les violences sexistes ou sexuelles qu’elles ont subis.

“Nous, joueuses d’échecs, entraîneuses, arbitres et dirigeantes avons subi des violences sexistes ou sexuelles, qu’elles soient verbales, écrites ou physiques, perpétrées par des joueurs d’échecs, entraîneurs, arbitres ou dirigeants.”

“Une des principales raisons de l’arrêt du jeu d’échecs”

Parmi les signataires, des joueuses confirmées, comme Anaëlle Afraoui, Solenn Afraoui, Chethanah Andhin, Margaux Moracchini, Mathilde Choisy et Mathilde Congiu.

Elles se disent “convaincues” que “ce harcèlement et ces agressions sont encore aujourd’hui l’une des principales raisons de l’arrêt du jeu d’échecs par des femmes et jeunes filles, notamment à l’adolescence”.

“Face à ces violences, nous nous sommes tues trop longtemps. Or, se taire revient à porter seule le poids de la honte”, expliquent-elles.

Jointe par France Inter, la joueuse Yosha Iglesias, 35 ans, est revenue sur la genèse de cette initiative.

“Lors des championnats de France de parties très rapides, j’avais passé la soirée avec d’autres joueuses et on s’est raconté des violences sexistes et sexuelles qu’on avait subi récemment.

Elles étaient plus jeunes que moi et ça m’a transporté des années en arrière, l’impression que rien n’a changé malheureusement, que les échecs sont restés totalement imperméables à tous les mouvements de libération de la parole des victimes”, raconte-t-elle.

C’est ainsi qu’elle a eu l’idée de la lettre.

“C’est un milieu très masculin à tous les étages (…) Il y a de plus en plus de joueuses mais on part de très loin et malheureusement l’omerta règne encore dans le monde des échecs”, assure Yosha Iglesias.

Ces joueuses souhaitent “que la peur et la culpabilité changent de camp”, et veulent “que les auteurs de ces violences ne puissent plus agir en toute impunité”.

Leur lettre a pour objectif d’alerter, mais pas seulement. Elles réclament une réelle prise de conscience “de l’ampleur du problème” de la part des “entraîneurs, arbitres, dirigeants et parents bienveillants”, pour qu’ils “puissent faire partie de la solution”.

La lettre se termine par ces mots : “À toute personne ayant subi des violences sexistes ou sexuelles, nous voulons dire : “Tu n’es pas seule. On te croit. Nous serons là pour toi.”

Le soutien de la FFE

Dans un message publié sur X, anciennement Twitter, la Fédération française des Échecs leur a apporté son “soutien total”, encourageant “la libération de la parole” et affirmant se tenir “aux côtés des victimes et témoins de violences sexistes et sexuelles”.

En cas de harcèlement ou de violence, une plateforme de signalement est accessible via le site de l’association “Colosse aux pieds d’argile”.

Depuis la publication de la lettre jeudi, des dizaines de noms et de signatures de joueuses se sont ajoutés.

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