Foix | Serge E. jugé pour viols et agressions sexuelles incestueuse

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“Même après cette agression, il a continué à me jeter des regards, à se lécher les lèvres”
Serge E. comparait devant la cour d’Assises de Foix. L’une des quatre victimes, la fille des voisins qui a révélé les faits, a été entendue, l’accusé également. Ce dernier était poursuivi pour viols et agressions sexuelles. Des aveux proférés ce mardi au cours de l’audience ont aggravé son cas.

C’est dans une ambiance pesante que Leïla B. s’est dirigée vers la barre hier matin pour être entendue en tant que partie civile dans l’affaire d’agressions sexuelles sur mineurs de 15 ans et de viols sur mineurs de 15 ans mettant en cause Serge E., un Ariégeois de 63 ans.

Agée de 23 ans aujourd’hui, elle revient sur les faits qu’elle a révélés en décembre 2014, sans savoir qu’à l’époque les enfants du mis en cause gardaient un terrible secret.

Cette année-là, Leïla, alors âgée de 16 ans, assiste au lycée à un cours sur les conduites à risque, autour des questions d’agressions sexuelles et de viols.

Touchée, Leïla révèle qu’elle a été agressée sexuellement par un voisin de ses parents, dans un camping, lorsqu’elle avait 4 ans.

S’ensuivent un long échange avec l’infirmière du lycée et un signalement effectué par l’inspection académique.

La jeune femme indique avant d’être entendue par la gendarmerie:

“Ce cours m’avait touché car je n’en avais jamais parlé”

Mais au cours de l’enquête, les trois enfants de Serge – Jeanne*, 41 ans, Thierry, 39 ans et Raphaël, 21 ans – révèlent des faits de viols et d’agressions sexuelles de la part de leur père durant leur enfance en pays d’Olmes, tous ayant gardé pour eux le lourd poids de ce qu’ils avaient vécu jusqu’en 2015, chacun étant persuadé qu’il était la seule victime de la famille.

C’est dans ce contexte que Serge est amené à comparaître devant la cour d’Assises pour les quatre chefs d’accusation : deux concernent des viols sur mineur de moins de 15 ans (Jeanne et Thierry) et deux pour agressions sexuelles sur mineur de moins de 15 ans (Leïla et Raphaël).

Après Jeanne, Thierry et Raphaël lundi, c’est donc à Leïla d’être entendue ce mardi matin.

L’émotion chez la jeune fille est palpable, les souvenirs de l’agression qu’elle a subie restent gravés dans sa mémoire:

“J’ai toujours les images, encore aujourd’hui”

Ceux des trois enfants le sont tout autant et leur passage à la barre, lundi, est venu témoigner de l’atrocité vécue dans leur enfance.

Dans son box, Serge reste stoïque, écoutant les récits de ses quatre victimes.

Alain Penin, expert psychologue à Toulouse, a rencontré Serge en 2017.

Il dit de l’accusé que, “s’il a le verbe haut et est très affirmé, il reste sur la défensive lorsqu’on expose les faits sans pour autant présenter de défaut de lucidité”, avant d’ajouter que Serge “peut évoquer des agressions sexuelles qu’il aurait lui-même subies dans son enfance comme paravent et bouclier” au regard des accusations qui pèsent contre lui.

L’expert psychologue décèle également “un mécanisme de protection important entre sa responsabilité et sa culpabilité, ne lui permettant pas de se remettre en question”.

Sur les quatre chefs d’accusation, Serge en reconnaît trois et nie longuement celui d’agressions sexuelles sur son plus jeune fils, Raphaël.
L’avocate pousse son client à avouer le viol sur son plus jeune fils

Avocat des parties civiles, Maître Boucharinc le questionne sur les révélations qu’a pu faire ce dernier. Serge se contente d’un :

“Non, je ne vois pas, si je lui ai touché le sexe, c’était par accident. Si je l’aurais fait, je l’aurais dit.”

Maître Andrieu, l’avocate de la défense, prend alors la parole et bouscule son client:

“Si Raphaël avait du mal à s’exprimer étant enfant, il a en revanche très bien su se faire comprendre et n’a pu inventer ces gestes (de pénétration sexuelle), alors il faut dire la vérité”

Moment que choisit Serge pour lâcher:

“Bon, c’est vrai, j’ai fait comme avec Jeanne et Thierry […]. ça n’est arrivé qu’une fois”

Le chef d’accusation d’agressions sexuelles sur mineur de moins de 15 ans se transforme donc en viol sur mineur de moins de 15 ans.

Les plaidoiries de la partie civile et de la Défense auront lieu ce matin. Suivront les réquisitions de l’avocat général et enfin le délibéré d’une affaire qui restera probablement ancrée toute leur vie dans la tête des victimes.
* Les prénoms ont été changés pour protéger les victimes.

La fille aînée de l’accusé : “On vivait dans la peur”

Entre lundi et hier, les quatre victimes se sont toutes présentées à la barre des Assises de Foix pour être entendues sur ce qu’elles ont subi étant enfant.

Si leur différence d’âge se fait considérablement sentir aujourd’hui, toutes ont témoigné d’une émotion certaine à se remémorer certaines images, certains souvenirs qui resteront à jamais gravés dans leur esprit.

Lundi, Jeanne, 41 ans, prend place à la barre non sans une certaine assurance:

“Cela a commencé lorsque j’avais 6 ans. Je ne pourrai pas en revanche dire quand s’est passé le tout premier acte et le tout dernier, j’étais trop jeune. Mais ça dure près de trois ans. Nous sommes ensuite partis vivre chez mes grands-parents maternels où on a été éloignés physiquement de cette personne”

L’avocat des parties civiles demande si, avec son frère, elle a cherché à revoir son père par la suite.

La quadragénaire répond:

“Non. On partait d’un environnement où on vivait dans la peur. Quand on a peur de quelque chose, on ne cherche pas à le revoir. J’ai voulu éloigner ce souvenir-là et mettre le plus de distance pour moi avec ça”

L’avocat des parties civiles relève le fait que Jeanne nomme l’accusé comme “cette personne” et lui demande si elle peut dire “son père”.

La réponse est sans appel:

“Non, le mot père signifie et veut dire quelque chose. Un père aime ses enfants et ce n’est pas les aimer que de faire ce qu’il a fait.”

Hier matin, Leïla, 23 ans, s’est avancée avec courage à la barre pour relater ce qu’elle aussi avait vécu, à l’âge de 4 ans:

“C’était l’été, pendant les vacances à Port-la-Nouvelle. À la base, il était sur le terrain d’à côté mais après s’être disputé avec sa sœur, mon père l’a invité sur notre terrain. C’est là que ça s’est passé. Même après cette agression, il a continué à me jeter des regards, à se lécher les lèvres en me regardant et en me chuchotant dans l’oreille. à chaque fois qu’on se retrouvait seuls, c’était pareil”

Thierry, 39 ans et son frère Raphaël, 21 ans, ont également été entendus ce lundi.
Un frère de l’accusé :

“Je plains mes neveux qui, eux, sont extraordinaires”

Hier, six des sept frères et sœurs de Serge E. se sont présentés à la barre en qualité de témoins.

Unanimes, ou presque, sur les souvenirs qu’ils peuvent avoir de leur frère durant leur enfance.

Certains, partis du domicile familial assez tôt, relatent les dires de proches.

Un enfant adorable étant jeune, issu d’une famille soudée où il y avait beaucoup d’amour, mais devenu caractériel très tôt et qui serait parti dans une maison de redressement à Limoux à l’adolescence. à défaut de témoigner sur des faits, certains ont pu témoigner d’un contexte et d’une époque.

Lison, sœur de Serge, témoigne:

“On avait un terrain à Port-la-Nouvelle. Quand il buvait, il était infernal. Un jour, je l’ai mis dehors et c’est là que le voisin l’a accueilli sur son terrain. Je savais qu’il avait déjà été condamné (entre 2007 et 2008) pour des attouchements sur mineurs. J’ai dit au voisin ‘’surtout, ne le prends pas. Il est pédophile’’. Je voulais lui faire peur pour ne pas qu’il l’héberge sur son terrain”

Ajoutant qu’elle n’aurait jamais pensé qu’il puisse s’en prendre à Leïla au vu d’un “père très protecteur”.

D’autres ont fait part de leur colère quant aux accusations qui pesaient sur leur frère.

Stéphane, frère de Serge, témoigne:

“J’ai une colère M. le Président, une colère comme j’ai jamais eue. J’ai presque honte de dire que c’est mon frère aujourd’hui. Je plains mes petits-neveux qui, eux, sont extraordinaires”

 

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