Corse | Agressions sexuelles en série, cinq ans ferme requis

Thi essayait de me toucher un truc dans ma zézette mais je ne sais pas quoi.”

AFP

Il n’aura pas fallu davantage que cette petite phrase, lâchée par une fillette de sept ans à l’été 2013, pour mettre un terme à près de trois décennies de silence et délier les langues au sujet des agissements de “Thi”.

Autrement dit, le mari de sa grand-mère, chez qui la jeune fille passait ses vacances à Palombaggia.

Ce mercredi après-midi, il répond au nom de Duc Thi Doan devant la cour d’appel de Bastia. Sa voix est à peine audible lorsqu’il répond aux questions de la présidente, Véronique Maugendre.

Le quinquagénaire, ancien migrant vietnamien qui ne comprend le français que par bribes, a fait appel de sa condamnation, le 8 décembre 2017, à quatre ans de prison ferme.

La justice lui reproche des atteintes sexuelles sur mineures de moins de quinze ans. Trois victimes, dont la fille et la petite-fille de sa compagne, ainsi que la fille de clients de la résidence hôtelière que le prévenu exploitait dans la cité du sel.

Des victimes marquées aujourd’hui encore au fer rouge par une affaire “qui a saccagé des vies et dont le malheur chemine toujours des années après, insiste Me Philippe Gatti, avocat des parties civiles. Pourtant, la culpabilité transparaît de tous les côtés dans cette affaire.”

“C’est un homme qui a évité des bombes”

Cette culpabilité, Duc Thi Doan ne la nie pas vraiment. Ces “chatouilles” au niveau du sexe, sur le canapé, dans le salon, en regardant des dessins animés avec la petite-fille de sa compagne, il les explique toutefois par une “inadvertance”.

Mais lorsque l’avocat général, Clémence Caron, l’interroge sur des pénétrations digitales, la réponse fuse : “Je n’ai jamais fait ça.”

Face aux enquêteurs, la deuxième victime dira pourtant le contraire.

Les faits qu’elle relate remontent à l’année de ses onze ans. Des attouchements qui ont conduit à “de graves perturbations de son adolescence”, appuie son père à la barre. Duc Thi Doan, lui, assure avoir été “provoqué” par la fillette.

“Vous êtes donc en train de nous expliquer que vous étiez terrorisé par les assauts sexuels d’une jeune fille de 11 ans ?”, ironise Me Gatti, bientôt suivi par l’avocat général, qui réclame cinq ans ferme à l’encontre du prévenu.

La troisième femme, elle aussi pré-pubère au moment des faits, ne l’épargnera pas non plus. Seule victime présente à l’audience, elle n’est autre que la mère de la plus jeune, et la fille de la femme du prévenu.

Aujourd’hui encore, à plus de 40 ans, elle continue à culpabiliser de ne pas avoir parlé avant, s’arrachant les cheveux par poignées, traumatisée par les atteintes sexuelles de son beau-père qui remontent selon elle aux années 1980.

En défense, Me Roger Darmanin s’efforce pourtant de donner à voir une autre facette du personnage. Celle d’un réfugié séparé de sa famille dès l’enfance, bravant les mers sur un boat people pour fuir le régime vietnamien.

“C’est quelqu’un qui a évité des bombes, a survécu dans un camp de réfugiés à Singapour, et a vécu loin de sa famille, réfugiée au Texas, plaide Me Darmanin. Tout cela est aussi une réalité.”

La Cour rendra son arrêt le 27 février.

Source : corsematin.com

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