Brest | Témoignage : « Pour eux, notre corps est un terrain de jeu, ils en font un champ de bataille »

Journée internationale de lutte pour les droits des femmes et la réduction des inégalités par rapport aux hommes, ce 8 mars est aussi l’occasion d’évoquer la question du consentement. Dans la foulée du mouvement #JeSuisUneVictime, plusieurs femmes ont décidé de prendre la parole. Dont Claire, 39 ans.

C’est à visage découvert que Claire a choisi de prendre la parole. Parce que « la honte » doit changer de camp. (Le Télégramme/Thierry Dilasser)

#MeToo, #BalanceTonPorc, #NousToutes… Depuis plusieurs mois, les mots-clés visant à dénoncer les violences subies par les femmes fleurissent sur les réseaux. Avec un seul objectif commun : permettre enfin à celles ayant eu à subir les affres d’une agression physique et/ou sexuelle de pouvoir transférer, ou déjà tenter de le faire, le poids de la douleur et de la culpabilité vers celui qui l’a fait naître. 

Car le constat est à la fois effroyable et sans appel : chaque année, en France, ce ne sont pas moins de 200 000 femmes (plus de 500 par jour) qui sont victimes de violences (physiques et/ou sexuelles, donc) de la part de leur conjoint ou ex-conjoint.

Un constat encore mis en lumière par l’enquête de #NousToutes sur le consentement.

Sur les plus de 100 000 réponses collectées en moins de dix jours, huit femmes sur dix ont rapporté « des violences psychologiques, physiques ou sexuelles dans le cadre de leurs rapports sexuels avec un ou plusieurs partenaires ».

Non, les viols n’ont pas toujours pour cadre des rues sombres et ne sont pas toujours la conséquence de mauvaises rencontres faites au mauvais moment. Loin de là.

Depuis le César décerné à Roman Polanski il y a dix jours, un autre « mot-dièse » est devenu viral : #JeSuisUneVictime.

Un phénomène national auquel Brest n’échappe pas.

Ces derniers jours, nombreuses sont ainsi celles ayant trouvé le courage de libérer leur parole, sur leur « mur » Facebook notamment.

Claire, 39 ans, est l’une d’entre elles.

Et c’est à visage découvert qu’elle témoigne, parce que « la honte » doit changer de camp.

« Ça fait quinze ans que je veux parler, explique-t-elle.

Parce que j’ai eu beau essayer de mettre la poussière sous le tapis, il n’y a pas une journée sans que j’y pense… ».

Les épisodes douloureux auxquels cette mère de trois enfants fait référence la ramènent à son adolescence, et à ce premier viol quand « à 13 ans, des garçons au collège m’avaient coincée dans les toilettes pour me faire subir des attouchements », ou quand ils décidaient encore de « mises à l’air » prodiguées collectivement (« J’étais pétrifiée, incapable de réagir »).

Mais surtout, ces rapports auxquels la contraignait, parfois à plusieurs, son petit ami de l’époque.

« L’élément déclencheur, c’est quand je suis retombée sur lui, sur un festival et tandis que je me trouvais avec ma fille alors âgée de 12 ans.

J’étais paniquée, en état de choc…

Le voir bien, avec sa famille, m’a révoltée…

Je suis suivie médicalement depuis mes 15 ans, ce qui me coûte financièrement, en énergie et ce qui coûte aussi à mes proches.

Je me suis dit que ça n’était pas possible… ».

Évoquant toutes ces femmes de son entourage, professionnel ou privé, ayant connu des situations similaires, Claire parle de ce risque d’agression permanent, parce que « certains hommes ont, depuis leur plus jeune âge, ancré dans leur cerveau le fait qu’ils pouvaient disposer de notre corps comme ils le souhaitaient. Et ça commence à l’école primaire, avec ces histoires de bisous… C’est fou parce que pour eux, notre corps est un terrain de jeu et ils en font un champ de bataille. On est ravagé après ça, autant physiquement que psychologiquement… », poursuit-elle, pudiquement.

Si elle parle aujourd’hui, c’est parce que « cette question du consentement est cruciale.

Nous, les femmes, avons le droit d’avoir du plaisir et le droit de dire non : notre corps n’est pas à disposition.

Et nous n’en sommes qu’au tout début de la prise de conscience », poursuit celle qui, dès 2012, avait consacré son mémoire infirmier à la question de « La prise en charge des femmes victimes de violences aux urgences ».

« À l’époque, personne ne voyait l’intérêt d’un tel sujet », sourit-elle aujourd’hui.

À ces mâles dominants qui trouveraient cette libération de parole exagérée, Claire répond :

« Nous aussi, on aimerait bien parler d’autre chose ! Mais en même temps, c’est une réalité.

Et trop, c’est trop. Et il va falloir que ça change. Parce qu’on est vos femmes, vos mères, vos sœurs, vos amies.

Parce qu’on est 52 % et qu’on est en colère ».

PratiquePlate-forme Violence Femme Info : composer le 3919.

Source : Le Télégramme

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