Bordeaux | Enquête : Violences sexuelles dans une école catholique privée
- La Prison avec sursis... C'est quoi ?
non
- 02/02/2026
- 10:25
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Parfois, les faits étaient prescrits et n’ont pas été poursuivis
Ils confirment que l’affaire qui secoue aujourd’hui l’établissement scolaire privé catholique Saint-Genès-La Salle, à Bordeaux, où un ex-instituteur, Gilles Delignac, est soupçonné de violences sexuelles sur 36 élèves, dont 17 viols, entre 2008 et 2023, n’est pas une première.
Avant lui, un religieux, un responsable pédagogique et un professeur ont été condamnés par la justice, la plupart du temps à huis clos. « Sud Ouest » a retrouvé la trace de ces dossiers qui évoquent un continuum de violences sexuelles au sein de cette institution parmi les plus réputées de Gironde.
Sur les quarante dernières années, nous avons recensé a minima 49 victimes potentielles.
Le parcours judiciaire des trois précédents abuseurs s’est achevé en 2002, ce qui questionne d’autant plus le manque de réaction de Saint-Genès lorsque, en 2011, une première alerte sur un comportement inadapté de Gilles Delignac est adressée à la direction.
La prédation de frère Jean, dépaysé, n’est stoppée que treize ans plus tard, grâce aux dénonciations d’une jeune victime
Le 18 décembre 2002, frère Jean est condamné à dix ans de réclusion pour les viols de deux fillettes et les agressions sexuelles de quatre autres dans les Hautes-Pyrénées et les Pyrénées-Atlantiques, entre 1991 et 2000.
L’enquête a révélé une autre agression, en 1987, non poursuivie car prescrite : frère Jean est alors surveillant à Saint-Genès et inflige des attouchements à une enfant. Sa hiérarchie est informée, mais ne fait rien.
« L’affaire en est restée là. Je n’ai pas été muté, j’ai demandé à partir à Bagnères-de-Bigorre »
, déclare le vieillard à son procès.
Sa prédation n’est stoppée que treize ans plus tard, grâce aux dénonciations d’une jeune victime à Mauléon (64).
Des confidences restées sans suite
Le courage d’un enfant a aussi permis d’arrêter André Legay. Cet homme, mort en 2014, a officié à Saint-Genès entre le début des années 1970 et la fin des années 1990 comme conseiller d’éducation et responsable des études des 4es et 3es.
En 1996, un adolescent ose parler et raconte les agressions que Legay lui a imposées pendant plus d’un an, dans son appartement situé dans l’établissement et dans un chalet dans les Pyrénées où le responsable pédagogique emmenait régulièrement des élèves, avec une préférence pour les garçons de 14-15 ans, sans jamais être inquiété.
Les investigations dévoilent que l’adolescent s’est confié à une lingère de Saint-Genès dès 1994, mais rien ne s’est passé, et son calvaire s’est poursuivi encore un an malgré les rumeurs persistantes sur André Legay, y compris des tags dans le collège.
Selon un jugement consulté par « Sud Ouest », trois élèves ont attesté qu’André Legay avait pour habitude de se masturber devant eux quand il les invitait dans son studio pour regarder la télé. Un quatrième a expliqué avoir subi des attouchements, en 1988, tandis qu’un cinquième a relaté les nuits passées dans le lit de Legay, dans les Pyrénées, auxquelles chaque ado avait droit à tour de rôle, « à cause du froid ».
« Deux à trois fois par semaine »
Malgré ces témoignages, André Legay a failli échapper à la justice. Il bénéficie d’un non-lieu, finalement infirmé par la chambre de l’accusation qui ordonne son renvoi en correctionnelle.
Condamné en 1999 à dix-huit mois de prison avec sursis, il voit sa peine aggravée en appel : cinq ans de prison avec sursis sont prononcés par la cour d’appel de Bordeaux en mai 2002, mais uniquement pour atteinte sexuelle sur un seul mineur de 15 ans.
Les autres faits dénoncés pendant l’enquête n’ont pas été poursuivis.
Une sixième personne a déposé plainte en 2025 pour des faits remontant aux années 1980. Celle-ci a été classée en raison du décès d’André Legay. Un septième homme a, de son côté, longuement détaillé à « Sud Ouest » les sévices qu’il dit avoir subis dans les années 1970.
Comment a-t-il pu régulièrement « être agressé dans un local attenant à la salle informatique sans que personne ne s’aperçoive de rien » ?
En septembre 2002, c’est au tour de Dominique Q., 42 ans, professeur de technologie à Saint-Genès, de tomber.
L’affaire éclate un an plus tôt, après l’arrestation d’un pédocriminel en région parisienne chez qui des photos à caractère pédocriminel sont découvertes. Certaines ont été envoyées depuis un ordinateur du collège bordelais. Sur des images, les responsables de l’établissement reconnaissent un élève de 4e. L’enfant était agressé depuis deux ans par son prof de techno.
Lors du procès, selon un article de « Sud Ouest » de l’époque, la procureure soulève une question qui hante les affaires d’abus sexuels commis à Saint-Genès : comment un élève a-t-il pu :
« être agressé deux à trois fois par semaine dans un local attenant à la salle informatique sans que personne ne s’aperçoive de rien, dans cet établissement censé dispenser un savoir de qualité et une éducation religieuse » ?
Au cours de l’enquête, deux autres anciens élèves ont dénoncé des faits similaires à l’encontre du même professeur, mais ces derniers étaient prescrits. Dominique Q. est condamné à cinq ans de prison, dont trois ferme.
Ce tableau judiciaire contient-il tous les faits perpétrés à Saint-Genès ? Un autre ancien élève déclare avoir porté plainte il y a quelques années contre un autre ex-employé de l’établissement pour des faits datant des années 1990.
L’enquête aurait été classée pour prescription.
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