Beauvais | Un proxénète ne prend que 4 ans (au lieu de dix) pour proxénétisme aggravé
- La Prison avec sursis... C'est quoi ?
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- 25/04/2026
- 10:54
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C’est une affaire pas tout à fait comme les autres, de par sa gravité et l’âge des victimes, qui était jugée ce jeudi 9 avril devant le tribunal de Beauvais. Dans le box des prévenus, Djilween P., 23 ans, originaire de Saint-Jean-de-Braye (Loiret), était accusé de proxénétisme aggravé et de soustraction d’enfant.
Cette affaire débute à la suite de fugues à répétition d’une jeune fille de 17 ans. Les éducateurs du foyer de l’aide sociale à l’enfance (ASE) où elle est prise en charge, à Nivillers (Oise), constatent qu’à chaque retour, cette dernière présente « un état de fatigue préoccupant ».
Un signalement est fait au parquet et les gendarmes vont ainsi remonter jusqu’à Djilween P., qui était à la tête d’un réseau de prostitution.
Des logements loués en Ile-de-France
Entre octobre 2025 et janvier 2026, les enquêteurs vont démontrer que le prévenu a loué des logements dans la France entière, d’Avignon (Vaucluse) à Blois (Loir-et-Cher) en passant par plusieurs communes d’Île-de-France comme Boulogne-Billancourt, Asnières-sur-Seine (Hauts-de-Seine), Vigneux-sur-Seine (Essonne), Drancy ou Montreuil (Seine-Saint-Denis).
Huit victimes ont été identifiées, mais le réseau aurait concerné une vingtaine de femmes, dont au moins une mineure, et la plupart à peine majeures. Il a été établi que c’est à partir de son téléphone que l’homme passe des annonces sur le site Sexemodel et répond aux messages des clients en se faisant passer pour les jeunes femmes qui apparaissent en photo sur le site.
Durant l’audience, le prévenu va s’en tenir à une seule et même version :
« J’ai fait ça pour rendre service ». Il affirme avoir rencontré un homme en 2024, qu’il aurait voulu dépanner. « Il m’a demandé de lui rendre service en envoyant des messages pour les annonces, raconte Djilween P. J’ai continué après qu’il a été incarcéré. »
« Je ne pensais pas que c’était mal »
Même s’il reconnaît savoir que ces femmes se prostituaient, il explique qu’il pensait que c’était « un choix ».
« Ce sont des femmes qui ont besoin d’argent, justifie-t-il. Je ne pensais pas que ça aurait autant d’impact et avant, je ne pensais pas que c’était mal. Elles ne voulaient pas de proxénète. Le service, c’était de donner mon numéro pour répondre aux messages. Je me suis rendu complice de ça involontairement. »
Une version mise à mal par la lecture de certaines conversations téléphoniques, notamment quand il demande la mise en place d’une « nouvelle prestation tarifée » plus « courte » en temps avec « un rapport de 10 minutes à 50 euros ».
Autre conversation dérangeante, celle où il s’adresse à une des femmes de son réseau en l’insultant :
« Sale gamine avec une hygiène de merde » ou en lui reprochant « Tu ne me ramènes même pas 300 euros par jour ».
« Finalement, l’aspect rentable vous intéresse, interroge la présidente. Comme quand vous donnez les différents tarifs (80 euros pour 30 minutes, 100 euros pour 45 minutes, 1 200 euros pour la nuit). »
Dans ses réquisitions, la procureure a d’abord souligné qu’il y avait actuellement « une recrudescence des affaires de prostitution ».
« Monsieur se présente comme un bon samaritain mais il exerce une activité très rémunératrice, poursuit-elle. Sa prétendue volonté de rendre service ne résiste pas à la lecture du dossier. Il était le chaînon entre le client et la prostituée, tout passait par lui. »
En demandant 5 années de prison, la magistrate a rappelé que « la mère du prévenu a été condamnée à deux ans de prison » dans la même affaire pour avoir participé au financement de la location d’appartements.
Reconnu coupable, Djilween P. a été condamné à quatre ans de prison avec maintien en détention et 5 000 euros d’amende.
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