Beauvais | Le calvaire de Marie, agressée sexuellement par son cousin à l’âge de 7 ans

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« Ma mère a préféré préserver la famille »
Illustration | Tribunal Judiciaire de Beauvais
Victime de son cousin lors de vacances en 2003, la jeune femme a subi l’omerta familiale pendant des années avant de porter plainte. Son agresseur a été condamné ce jeudi à deux ans de prison par le tribunal de Beauvais.

« Ça me fait mal. J’aurais préféré qu’il avoue ce qu’il m’a fait même si ça n’aurait rien réparé. »

Ce jeudi 15 janvier, à la barre du tribunal de Beauvais, Marie (le prénom a été changé) raconte le viol, requalifié en agression sexuelle, qu’elle a subi en 2003 dans un camping du Cap d’Agde (Hérault) où elle passait des vacances en famille.

Le témoignage de ces années de souffrances et de non dits est édifiant.

Le 24 juillet 2003, Marie est dans une chambre du mobile home. Au milieu de la nuit Grégory F., 19 ans à l’époque, la rejoint.

« Je dormais quand j’ai senti une main sur ma cuisse, raconte-t-elle. J’avais 7 ans et lui était déjà très grand. Quand il met sa main dans ma culotte, je sais que ce n’est pas normal. »

Le lendemain des faits, un conseil de famille est réuni et contraint Grégory F. à présenter ses excuses. Fin de l’histoire. Le sujet devient tabou et toute la famille fait comme si rien ne s’était passé. Marie enfouit son traumatisme.

C’est à l’adolescence que les souvenirs vont rejaillir.

« J’avais un problème avec mon corps, confirme Marie. J’étais mal à l’aise avec mes petits copains. J’en ai parlé, mais ma mère a préféré préserver la famille. L’agression que j’ai subie était toujours taboue. »

Marie continue de grandir avec ce mal-être. Il s’accentue lorsqu’elle reçoit des messages de Grégory F.

« La première fois, c’était via le Facebook de ma tante où il me disait que j’étais jolie, raconte-t-elle. Après il y a eu des SMS où il me demandait de lui montrer mes seins ou si ma culotte était transparente. En famille, il n’a plus jamais eu de geste déplacé mais son regard rempli de désir me mettait mal à l’aise. »

C’est en 2021 que Marie dépose plainte. Elle le fera via un site Internet.

« La gendarmerie était à côté du domicile de ma mère, mais je ne voulais pas qu’elle me voie, précise Marie. J’ai eu peur des réactions. Mais j’avais besoin de cette plainte pour avancer dans ma vie, ça m’a enlevé un poids d’en parler. »

Vingt-deux après les faits, Marie se retrouve donc au tribunal face à son agresseur. Déficient mental, Grégory F. est resté la plupart du temps mutique face aux questions du tribunal.

« J’ai juste posé ma main sur sa cuisse, rien d’autre »

, déclare-t-il.

Il finira par concéder du bout des lèvres être « attiré par elle ».

« C’est une enfant de 7 ans qui a été violée »

, rappelle Me Christelle Vast, avocate de Marie.

« Son cousin n’a pas l’âge mental d’un jeune de 19 ans mais il a des pulsions sexuelles d’adulte. Elle a juste eu des excuses, c’est dramatique. Pendant 20 ans, sa mère et sa famille lui ont dénié son statut de victime. On l’a traité de menteuse, elle n’a eu aucun soutien. Son parcours de victime, elle l’a vécue seule ».

La procureure a souligné que le prévenu a « une sexualité déviante et agressive » qui lui avait d’ailleurs valu d’être jugé pour avoir « touché des jeunes filles dans un bus ».

Le tribunal a suivi les réquisitions de la procureure et condamné Grégory F à 2 ans de prison ferme avec une inscription au Fijais (Fichier judiciaire des auteurs d’infractions sexuelles).

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