Val de Saône | Le mari et le fils de la nounou ont été condamnés pour agressions sexuelles

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C’est l’audience du silence
Les parents d’un enfant de 5 ans avaient dénoncé des agressions sexuelles chez leur nounou. Un autre enfant de 4 ans avait rapporté des faits similaires. Le mari et le fils de la nounou ont été condamnés, et elle pour non-dénonciation d’atteintes sexuelles.

Le 20 décembre 2021, en sortant avec son fils de chez sa nounou, un père de famille était tombé des nues. Le petit garçon de 5 ans lui parlait du « zizi » du mari de celle-ci, en permanence à la maison pour cause d’invalidité.

Au fil des discussions, le jeune garçon avait évoqué des scènes de frottement, de « coups de poing » sur le sexe. Des scènes dans la chambre, dans le garage, dans la cuisine, où il était question d’hommes nus, le mari de la nounou et son fils. Celui-ci, âgé de 25 ans, sans emploi, vivait encore chez ses parents.

Le fils avait reconnu « une pulsion »

Le père avait signalé les faits aux gendarmes et un autre enfant, âgé de 4 ans, avait tenu des propos tout aussi inquiétants, évoquant là encore le sexe du mari.

Le 6 janvier, la nounou, son mari et son fils avaient été placés en garde à vue. Ils avaient nié les faits.

Mais le mari, âgé à l’époque de 61 ans, avait fini par évoquer une scène d’attouchements sur le sexe des deux enfants, rapprochant les actes de son absence de vie sexuelle.

Il avait aussi évoqué une scène où il avait surpris son fils se masturbant devant l’enfant de 5 ans, ajoutant que son épouse l’avait alors « engueulé ».

« Cette femme n’a rien voulu voir »

Quant au fils, il avait fini par reconnaître avoir eu « une pulsion » et avoir « touché les fesses » des petits garçons.

Devant le juge d’instruction, le mari avait ajouté qu’un jour il s’était masturbé devant l’enfant de 5 ans. Puis le mari de la nounou et son fils s’étaient rétractés.

Quatre ans plus tard, devant le tribunal correctionnel de Bourg-en-Bresse, tous ont renouvelé leurs dénégations. Revenant sur ses propos circonstanciés en garde à vue puis devant le juge d’instruction, le mari a dénoncé

« les pressions des gendarmes » : « On a été arrêtés comme des sauvages, couchés au sol, menottés. Ils voulaient à tout prix que je sois coupable et j’avais la trouille. »

« J’ai cédé à la pression, je suis très sensible, et facilement intimidé », abondait à son tour son fils.

Quant à la nounou, elle a répété en boucle :

« Moi, je sais qu’il ne s’est rien passé. »

« La pression, ça ne tient pas la route. Ce qu’a dit cet enfant, ça ne s’invente pas »,

estimait Me Garcia, pour la plus jeune des victimes.

« Il a décrit des choses spontanément, qu’on ne connaît pas à cet âge-là », relevait Me Benoit-Reffay, au nom du petit garçon qui avait révélé les faits.

« D’ailleurs, le père et le fils ont avoué des faits similaires alors qu’ils étaient entendus dans des pièces différentes », ajoutait l’avocate, également « choquée » par l’attitude de la nounou, « qui s’arrange avec la vérité ».

« C’est l’audience du silence », déplorait Karine Malara, la procureure de la République. « Cette femme n’a rien voulu voir alors qu’elle devait protéger ces enfants. »

Et de rappeler également

« les déclarations spontanées et constantes des enfants, avec leurs mots, corroborées par celles des prévenus ».

Elle a requis trois ans de prison avec sursis probatoire contre les deux hommes et un an avec sursis contre la nounou.

Me Audineau, Me Giraud et Me Gilbert ont toutes les trois plaidé la relaxe. « Il faut des certitudes », estimait la première, sans remettre en cause la parole des enfants.

« Le plus jeune disait tout et son contraire »

« C’est un âge où l’imaginaire est incroyable, les déclarations partaient dans tous les sens »,

relevait la deuxième, appelant à la prudence en convoquant le souvenir de l’affaire d’Outreau.

« Quand on est menotté au sol, le nez dans le gravier, comment voulez-vous que la garde à vue se passe bien ? », ajoutait l’avocate du fils.

« Les experts concluent toujours que la parole de l’enfant est crédible, mais le plus jeune enfant disait tout et son contraire », assurait la troisième.

Le tribunal a suivi les réquisitions pour les deux hommes et a ramené la peine à huit mois avec sursis pour la nounou.

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