Quimper | Victimes d’un pédo il y a 60 ans, ils se souviennent et témoignent

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Parce que “le silence est un poison”
Philippe Carré, qui a été scolarisé chez les Lasalliens, représente le collectif dans la Manche. ©Ludivine LANIEPCE
Des victimes d’un prédateur sexuel professeur au Likès à Quimper dans les années 1970 constituent un collectif, pour s’entraider et obtenir la reconnaissance de l’institution.

Ce sont des hommes accomplis qui approchent les 70 ans, mais qui vacillent lorsqu’ils évoquent leurs années collège au Likès à Quimper, un établissement catholique sous tutelle de l’Institut des frères des écoles chrétiennes depuis 1838.

Daniel, Jean et Pierre y étaient scolarisés à la toute fin des années 1960 et au début des années 70. Et ont été les victimes et témoins d’agressions sexuelles commises par un professeur, le frère Lucien aujourd’hui décédé.

Ils font partie d’un collectif qui demande la reconnaissance des faits par l’institution.

Les larmes montent aux yeux de Pierre. Il raconte les caresses pendant les cours « avec des mains moites et collantes » de celui que les enfants surnommaient Belou.

« Je n’avais que 11 ans… »

Le frère Lucien était professeur de travaux manuels, mais aussi surveillant d’un dortoir où personne ne souhaitait se retrouver.

« Il jouait sur la culpabilisation »

« Dans les douches, il nous touchait au prétexte de nous apprendre à nous laver. Et dans sa chambre… je ne peux pas dire. »

Pierre s’étrangle. Pour lui, c’est encore impossible de raconter.

« Je ne dors plus et je suis à fleur de peau depuis que j’ai pris contact avec d’autres victimes. Je vais entreprendre une thérapie. »

Daniel se souvient d’un cours de poterie. « Il a dit qu’il voulait me montrer à me servir du tour, mais a mis ses mains sur mes parties intimes, dans mon pantalon ! »

Et puis Jean prend à son tour la parole.

« J’ai été agressé dans les toilettes du dortoir. Il s’est masturbé, m’a masturbé, tout en me parlant de mes parents. Il jouait sur la culpabilisation, la manipulation. Il m’a bavé dans l’oreille, c’était dégoûtant… »

Ces agressions ont eu des répercussions importantes dans la vie des trois hommes, et dans celles des camarades de classe également victimes avec lesquels ils ont pu échanger. « En premier lieu l’échec scolaire, ce qui n’a pourtant alerté personne, pointe Jean. Les élèves qui arrivaient en 6e au Likès étaient pourtant brillants en primaire. »

Et puis, des parcours de vie chaotique, des addictions, des difficultés à construire une vie intime sereine.

“C’est fou que, plus de 50 ans après, nous soyons encore traumatisés. C’est abominable d’avoir eu à garder quelque chose comme ça toute notre vie.” témoigne Pierre

Daniel confie qu’il a perdu alors totalement confiance en l’Église. « Je croyais pourtant en l’institution, mais j’ai pensé que si l’un d’entre eux pouvait agir comme ça, alors tous pouvaient. J’ai rejeté l’Église et mes enfants ne sont pas allés dans des écoles catholiques. »

“C’était un malade, un pauvre type. Mais ceux qui savaient l’ont protégé. Nous avons aussi été victimes d’une omerta entretenue par la hiérarchie, les professeurs et les parents.”commente Daniel

Aujourd’hui, ces hommes ont besoin que la congrégation des frères des écoles chrétiennes (ceux que l’on appelle aussi les Lasalliens, du nom de Jean-Baptiste de La Salle, le fondateur) les reconnaisse comme victimes et admette sa responsabilité.

Ils sont en train de monter un collectif qui compte actuellement une douzaine de membres.

“L’idée, c’est d’écouter, d’aider, d’orienter les autres camarades victimes dans leur démarche d’obtention d’une réparation. De ne plus laisser personne seul avec ce poids. Le silence est un poison.”Jean.

Le collectif entend « faire remonter le maximum de témoignages, et faire en sorte que le Likès et les Lasalliens reconnaissent les faits officiellement et publiquement, et que tout le monde sache. »

Il existe par ailleurs un collectif national des victimes des violences au sein des écoles catholiques lasalliennes (plus de 150 établissements en France). Car plusieurs autres cas sont signalés comme dans la Manche, les Hauts-de-France et en Occitanie.

Pour contacter le collectif c’est ici

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