Morigny-Champigny | Corentin D., un animateur périscolaire mis en examen et écroué

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Dix victimes ont été recensées
Illustration | Corentin D. - Le Nouveau Détective
Les faits se sont déroulés en Essonne entre 2021 et 2024. Il s’agit d’agressions sexuelles sur des mineurs.

Un animateur a été mis en examen et écroué jeudi pour agressions sexuelles sur dix enfants en Essonne, dans le sud de l’Île-de-France, a indiqué le parquet d’Evry jeudi soir.

L’enquête concerne des agressions sexuelles sur mineurs “pour des faits commis entre le 1er janvier 2021 et le 30 avril 2024” à Morigny-Champigny, dans le sud du département, a ajouté cette source.

Dix victimes ont été recensées” à ce stade, précise encore le parquet qui indique que le suspect, âgé de 28 ans, a reconnu les faits et “évoqué des pulsions“.

Selon Le Parisien, qui a révélé cette affaire, plusieurs familles – cinq au total – auraient porté plainte pour ces faits, une information que n’a pas confirmée le parquet d’Evry.

De nombreuses révélations de violences sexuelles en milieu périscolaire en Île-de-France

Cette affaire intervient alors que se succèdent les révélations de violences sexuelles en milieu périscolaire à Paris. En 2025, trente animateurs périscolaires ont été suspendus, dont 16 pour des suspicions de faits à caractère sexuel, un chiffre stable par rapport aux deux années précédentes, selon la mairie de Paris.

Quinze enquêtes ont été ouvertes pour des agressions sexuelles dans des écoles maternelles parisiennes, a indiqué Lisa-Lou Wipf, la procureure spécialisée mineurs du parquet de Paris, dans les colonnes de Libération lundi.

À la suite de ces révélations, la Ville de Paris a annoncé mi-novembre un plan de lutte contre les violences sexistes et sexuelles faites aux enfants dans les écoles, avec la création d’un poste de défenseur des enfants et un renforcement de la formation des animateurs.

Des mesures jugées “insuffisantes” par le collectif SOS Périscolaire, fondé en 2021, qui a reçu 400 témoignages sur des “comportements verbaux et physiques inappropriés” de membres du périscolaire à Paris et dans d’autres villes du territoire en l’espace de quatre ans.

La ministre déléguée chargée de l’Egalité femmes hommes, Aurore Bergé, a prôné lundi une “tolérance zéro” et un contrôle “systématique et annuel” du casier judiciaire de l’ensemble des animateurs et agents du périscolaire au contact avec les enfants et ce, quel que soit leur statut.

La mesure figure dans le projet de loi-cadre contre les violences faites aux femmes et aux enfants qui a été remis à Emmanuel Macron et Sébastien Lecornu, a déclaré la ministre.

Corentin D., 28 ans, l’animateur du centre de loisirs de Morigny-Champigny mis en examen pour avoir agressé sexuellement plusieurs petits garçons, savait se faire apprécier des parents. Il a même demandé à une mère de famille de le faire embaucher dans une société. 

” T’inquiète pas, demain il y a Coco ! “

Voilà comment Ombeline (prénom d’emprunt) rassurait son fils de 7 ans avant de l’emmener au centre de loisirs de l’école Alphonse Daudet, à Morigny-Champigny. Le petit garçon, comme beaucoup d’autres, semblait apprécier Corentin D., son animateur périscolaire.

Les autres parents aussi. Ils l’appelaient « Coco ». Le jeune homme de 28 ans, porteur d’un léger handicap mais titulaire du BAFA, se débordait d’idées pour amuser les enfants. Un éventail d’activités étalé sur son compte Pinterest : coloriages, découpages, petits travaux de bricolages, cache-caches, jeux de cartes…

« J’adore les enfants », répétait-il.

Une formule qui, à l’époque, n’attirait pas la suspicion.

Contactée par nos soins, l’ex-meilleure amie de Corentin confirme.

« Il s’était tellement attaché aux gamins qu’il en avait même adopté un, symboliquement. Il était fier de son travail et me parlait souvent des activités qu’il leur faisait faire ».

L’illusion était parfaite.

« Il faisait très enfantin, abonde Ombeline. Il jouait beaucoup avec les enfants, et ceux-ci l’adoraient. Quand je le déposais au centre, mon fils courait vers lui. Il était content d’y aller juste parce qu’il y avait Coco… »

Interpellé durant ce mois de novembre, Corentin D. a finalement admis une série d’agressions sexuelles et le viol de ses deux frères durant leur enfance.

Les enquêteurs ont découvert dans sa voiture un attirail inquiétant : une cagoule, des gants et un couteau. 

Convoquée en audition, Ombeline est tombée des nues.

« Le policier m’a dit cette phrase que je n’oublierai jamais : « Corentin a avoué. Et il a donné le prénom de votre enfant. ».

La mère de famille apprend ensuite le détail.

« C’étaient des regards quand il le rhabillait, des caresses sur les fesses pendant les jeux, notamment au cache-cache. Des petites choses « en apparence », mais sexuelles quand même. Mon fils, lui, ne se souvient de rien. »

Avec le recul, Ombeline tique sur des détails troublants. À plusieurs reprises, Corentin D. lui avait dit que son fils :

« avait montré son zizi à ses copains dans les toilettes ».

Était-ce pour se dédouaner, pour brouiller les pistes, au cas où le petit se mettrait à raconter des choses ? 

Il y a aussi cette fois où Corentin, après avoir quitté ses fonctions, l’avait sollicitée pour trouver un travail. Ombeline lui avait décroché un entretien chez sa cheffe, mais celle-ci avait coupé court à tout espoir d’embauche.

« Elle m’avait dit: « Je ne le sens pas ce mec, mais alors pas du tout. »

L’instinct avait parlé.

Corentin D. a été mis examen pour agressions sexuelles sur mineurs et écroué. Il reste, malgré ses aveux, présumé innocent aux yeux de la loi.

Actu du 16/12/2025

Quinze jours après les révélations qui ont secoué ce coin de la campagne francilienne, l’animateur pédocriminel de Morigny-Champigny comparaissait lundi devant la chambre de l’instruction de Paris pour demander sa remise en liberté.

Dans le box de la salle d’audience, le suspect, petit homme de 28 ans, cheveux noirs et début de calvitie, verse des larmes sur sa condition et s’accuse d’être abject avec une grande facilité.

« Chaque jour, je pense à ces dix prénoms. Ce que j’ai fait est immonde, j’ai brisé la vie de ces enfants. Il y a ce monstre en moi qui mérite d’être puni comme il se doit », souffle-t-il.

Corentin D. a été écroué le 27 novembre après sa mise en examen à Évry-Courcouronnes.

La justice lui reproche d’avoir agressé sexuellement dix enfants entre 2023 et 2024, dans l’exercice de ses fonctions au centre de loisirs de cette localité de moins de 5 000 habitants.

L’expertise psychiatrique confirme qu’il est diminué mentalement, mais pas suffisamment pour amoindrir sa responsabilité.

Le médecin note qu’il banalise les faits devant le juge et qu’il éprouverait une totale absence d’empathie envers les victimes.

Sur le plan médical, il aurait souffert d’un cancer cérébral à l’âge de 6 mois.

« Une pathologie qui pourrait avoir causé cette déviance », avance le médecin sans aucune certitude.

L’avocat général estime, lui, que Corentin D. est doté d’une personnalité inquiétante.

Il rappelle que les forces de l’ordre ont découvert un sac à dos dans le coffre de sa voiture.

À l’intérieur, une cagoule, des gants, un couteau cranté, une pince multifonction, un cache-nez, un cache-oreilles et une petite lampe de poche.

« Il y avait tout pour enlever, violer et torturer un enfant. Cet homme est totalement effrayant. Il raconte les faits avec une grande crudité et il a été vu à cinq reprises en train de rôder devant le centre de loisirs. Il encourt dix ans d’emprisonnement », rappelle le magistrat.

Des rapports restés lettre morte

C’est en avril 2024 que ses actes ont été révélés au grand jour, à la faveur d’une autre procédure se déroulant à Saint-Omer (Pas-de-Calais).

Corentin D. est entendu et condamné à trois ans de prison après avoir abusé d’un petit garçon.

Il n’est pas incarcéré dans l’attente de l’appel, mais fait des révélations qui vont bien au-delà de ces faits.

Il avoue qu’il s’en est pris, dans un passé lointain, à ses deux petits frères et, surtout, qu’il assouvirait ses pulsions sur les enfants avec lesquels il est en contact au centre de loisirs.

« Il est question de caresses sur les fesses et de mains dans le slip », rapporte le président.

Au cours de ses aveux, Corentin explique qu’il est assailli par des pulsions sexuelles incontrôlables sur l’instant et que ces actes lui donnent du plaisir.

L’ex-animateur explique qu’il s’est attaché à certains enfants.

Il confirme qu’il peut rester des heures avec certains, sans que rien ne se passe.

Mais avec d’autres, c’est immédiat.

« La plainte de 2024 a été comme un électrochoc.

Tout s’est arrêté d’un coup, enfin et heureusement.

Je revis tous les jours ce que j’ai fait à ces pauvres enfants, ajoute-t-il.

Je suis coupable et je suis conscient d’avoir été un monstre. Cela fait aussi partie de moi. »

Après la procédure menée dans le nord de la France, il aurait démissionné.

Mais ce garçon, qui travaille dans l’univers périscolaire depuis l’année 2017, savait qu’il était dans le collimateur de ses collègues.

Ces derniers avaient dénoncé son comportement et le considéraient véritablement comme un pervers.

Plusieurs rapports ont même été rédigés et Corentin a été plusieurs fois rappelé à l’ordre.

Mais, très apprécié des enfants, il n’a jamais été mis à la porte.

Corentin se paye même le luxe, lors de son audition, de reprocher à ses collègues de ne pas l’avoir empêché d’agir.

En ce qui concerne le matériel dans son sac à dos, il évoque un délire survivaliste et les vêtements chauds seraient ceux qu’il portait quand il travaillait dans les surgelés.

Son avocate, Me Clélia Richard, estime que son client a décidé de faire table rase de son passé pour tenter de soigner ses déviances sexuelles.

« Il a donné sa démission du centre de loisirs.

Il habitait seul, il est reparti vivre chez son père.

Il a travaillé comme manutentionnaire avant de trouver un stage comme aide-soignant à l’hôpital d’Étampes, loin des enfants.

Il consulte des professionnels et suit un traitement », plaide-t-elle.

Ses trois téléphones et son matériel informatique ont été saisis lors de la perquisition.

Ils ont été confiés à des experts pour y rechercher des contenus illégaux.

« Il a acheté une fois des images à caractère pédocriminel et le vendeur l’a relancé à trois reprises », remarque le conseil.

Concernant les moments durant lesquels son client rôdait dans les quartiers où vivaient ses victimes, elle évoque une rencontre fortuite sur le parking de Lidl avec une maman près de l’hôpital (ndlr : et ? ).

Me Richard plaide pour une solution thérapeutique.

En attendant, la cour a décidé de le maintenir derrière les barreaux.

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