Paris | Dahbia Benkired condamnée à la perpétuité incompressible
- La Prison avec sursis... C'est quoi ?
non
- 28/10/2025
- 11:07
Catégories :
Mots clés :
« Elle n’a jamais versé une larme »
, témoigne le policier qui a recueilli les aveux de Dahbia Benkired
Le président fait défiler les photos du corps de Lola.
La première image fait l’effet d’un uppercut en plein ventre.
Dans la salle, on sent le public se crisper, retenir son souffle, quand s’affiche, en gros plan sur les écrans, le visage d’une fillette déformé par le Scotch, une bouillie de chair et d’adhésif d’où dépassent seulement quelques mèches blondes emmêlées.
« Il est indispensable que la cour et les jurés puissent voir et savoir ce que l’on juge exactement »
, explique le président dans un silence de mort.
Le visage ensanglanté par dix-huit coups de couteau
Ce que l’on juge, c’est le meurtre barbare de Lola Daviet, 12 ans, son martyre et son insoutenable agonie que racontent les clichés projetés sous les yeux médusés de l’assistance.
Le visage ensanglanté par dix-huit coups de couteau, le dos tailladé, le pauvre petit corps lacéré et profané… Tout crie la souffrance. Tout hurle l’horreur.
La cour d’assises du vieux Palais de justice de Paris est pleine à craquer.
À 9 h 30, les proches de Lola prennent place sur le banc des parties civiles. Ils entourent Delphine, la mère de la fillette, visage tendu mais très digne, et Thibault, son grand frère, les yeux embués derrière ses petites lunettes à monture métallique.
Le grand absent de cette audience, c’est Johan, le papa, celui qui appelait tendrement sa fille « ma Ch’tiote ». Il est décédé l’an dernier d’une crise cardiaque, le cœur rongé par le chagrin et l’alcool, dans lequel il tentait en vain de noyer le souvenir du drame.
Soudain, tous les regards se tournent vers le box. Dahbia Benkired fait son entrée, encadrée par deux gendarmes. Fini la jeune femme pimpante et provocante qu’on a découverte lors de son arrestation ! Aujourd’hui, cheveux tirés, visage nu, vêtue sobrement d’un gilet noir et d’un tee-shirt blanc, elle s’est un peu épaissie.
Mais son regard, lui, n’a pas changé : il est toujours aussi froid et arrogant.
Le président entame le rappel des faits minute par minute. Une lecture interminable. Un voyage au bout de l’horreur.
Il décrit le 14 octobre 2022, la résidence du 119, rue Manin, à Paris (19e), où les parents de Lola travaillaient comme gardiens, les viols et le crime de la fillette qui ont duré une heure et trente-sept terrifiantes minutes.
Sur leur banc, Delphine et Thibault se tiennent serrés l’un contre l’autre, sans bouger, s’échangeant parfois un regard noyé de larmes. Dans son box, l’accusée reste de marbre.
— Veuillez vous lever, ordonne le président. Que pensez-vous de ce vous venez d’écouter ?
— Moi, j’aimerais demander le pardon à la famille, répond-elle d’une voix claire. C’est horrible, ce que j’ai fait. Et je le regrette…
Est-ce une impression ? Ses regrets semblent manquer de conviction.
— On attend que la justice soit faite, qu’elle soit rendue pour ma Lola, lui répond indirectement Delphine, la voix tremblante, brisée par l’émotion.
Thibault, lui, se tourne carrément vers le box.
— Je veux parler au nom de toute la famille, et de mon père aussi, qui n’est plus là à cause de « la même personne », dit-il en essuyant une larme du revers de la main. On veut que vous disiez toute la vérité, à nous et à toute la France !
L’enquêtrice de personnalité résume à grands traits l’accusée
Les faits, la cour y reviendra. Mais pour l’heure, elle se penche sur la vie de l’accusée. L’enquêtrice de personnalité la résume à grands traits. Dahbia Benkired est née en Algérie en 1998. Une enfance modeste, « marquée par les violences et les abus sexuels ».
— C’est-à-dire ? demande le président à l’accusée.
— Des attouchements de mes tantes et de leurs compagnons. Elles m’obligeaient à regarder quand elles étaient avec des hommes… Et à les toucher.
— À toucher leurs sexes ?
— Oui…
Elle aurait également été violée par un voisin à l’âge de 14 ans. Elle débarque en France à 18 ans avec un titre de séjour étudiant, suit un CAP de restauration, puis refuse ensuite de rentrer au pays.
En situation irrégulière, elle multiplie les petits boulots au noir : pizzeria, bars, discothèques.
Elle rencontre un certain Mustafa, qui l’héberge, mais la contraint en échange à se prostituer.
— Quand je travaillais dans un bar, à la fin de la soirée, je partais avec des clients, contre un petit billet, précise-t-elle.
— Vous fumiez beaucoup ? poursuit le président.
— Plus de vingt joints par jour !
— Vous avez arrêté ?
— Oui. Mais j’ai repris.
Le magistrat, en feuilletant le dossier, s’arrête sur un détail.
— Vous avez déclaré que le 9 septembre 2020 était un point de bascule dans votre vie ?
— Ah ? C’est quoi ? demande-t-elle, l’air complètement paumé.
— Le décès de votre mère…
Un murmure parcourt la salle. Comment peut-elle oublier une date pareille ?
En août 2022, Dahbia Benkired revient d’un séjour en Algérie. À l’aéroport d’Orly, elle est interpellée : sans papiers valides, elle fait aussitôt l’objet d’une obligation de quitter le territoire français (OQTF).
Le président lui demande pourquoi elle n’est pas retournée dans son pays.
— Je voulais pas, répond-elle. Je me sens libre en France ! J’ai grandi ici, j’ai fait toute ma scolarité ici, je vis ici…
— Et que faisiez-vous de vos journées ?
— Je me baladais au Trocadéro, sur les Champs-Élysées, et le soir, je rentrais chez ma sœur…
Sa sœur, Frya, travaille dans une boulangerie. Elle loue un petit studio dans la résidence de la rue Manin, à Paris. Celle-là même où vivent les parents de Lola.
En résumé, à l’automne 2022, à la veille de son crime, Dahbia Benkired est une jeune femme marginale, sous le coup d’un arrêté d’expulsion, sans repère, sans travail stable, qui se prostitue à l’occasion, fume des joints sans discontinuer, et se défonce aussi, prétend-elle, au saroukh, un médicament contre l’épilepsie détourné de son usage pour ses effets euphorisants et destructeurs. Et c’est sur cette folle à la dérive que va tomber la pauvre petite Lola.
Le hasard qui va les faire se croiser ce vendredi 14 octobre est d’une cruauté totale. Ce matin-là, comme d’habitude, Dahbia Benkired a zoné dans Paris. Du côté de la Bastille, croit-elle se souvenir.
De son côté, Lola a terminé les cours au collège en début d’après-midi. Il est un peu plus de 15 heures lorsqu’elle franchit le portail noir de sa résidence. La fillette longe tranquillement l’allée bordée d’une pelouse bien entretenue, son sac sur le dos.
À la demande du président, les écrans s’allument. L’image, tirée de la caméra de surveillance du bâtiment, fige le dernier instant d’insouciance avant l’horreur.
Sur la vidéo, on voit Lola lever les yeux vers la jeune femme
Il est exactement 15 h 11. Dahbia Benkired apparaît dans le hall, vêtue d’un jogging à bandes blanches. Quelques secondes plus tard, Lola entre à son tour. On la voit lever les yeux vers la jeune femme, l’air intrigué, comme si celle-ci venait de lui adresser la parole. Puis, au lieu de bifurquer à gauche, vers la loge de ses parents, la petite tourne à droite, en direction des ascenseurs.
Juste avant de disparaître du champ, Lola esquisse un petit geste de la main, indéchiffrable.
Un salut ? Un signe de crainte ? Personne ne le saura jamais.
Entre 15 h 11 et 16 h 48, soit une 1h37, le crime se déroule.
Il est maintenant 16 h 48. Même décor, même hall. La caméra capte à nouveau Dahbia Benkired. Seule. Elle s’est changée et porte une longue robe sur un pantacourt vert.
Elle pousse deux valises cabines à roulettes – une rose et une noire –, et une grosse boîte en plastique gris, elle aussi montée sur roulettes.
Une voisine, polie, lui tient la porte tandis qu’elle sort de l’immeuble avec ses bagages.
Impossible d’imaginer que Lola, ou plutôt son corps supplicié, se trouve à l’intérieur de la boîte. Et pourtant… Sur le banc des parties civiles, Thibault baisse la tête, comme s’il refusait l’évidence.
Les images suivantes proviennent d’un bistrot d’en face, Le Rallye. La caméra du bar prend le relais. Quelques minutes plus tard, on y voit Dahbia attablée, détendue. L’enquête révélera qu’un jeune homme du quartier l’a aidée à transporter ses valises jusque-là.
Sur l’écran, elle discute tranquillement avec lui, son genou négligemment appuyé contre la boîte à roulettes transformée en cercueil.
On connaît la suite. Vers 23 h 20, un SDF, addict au crack, tombe sur la malle abandonnée dans une cour annexe de la résidence. À l’intérieur, l’horreur, comme en témoignent les photos que le président, on l’a vu, a fait diffuser au début de l’audience.
Des images tellement insoutenables que les proches de Lola ont dû quitter la salle avant la fin de projection…
Après les images, place à l’enquête. Maxime G., commissaire de la brigade criminelle, a été l’un des premiers à intervenir sur place ce soir-là.
— On a sorti le corps, il était entièrement nu, se souvient-il. La fillette avait la gorge tranchée. Elle était presque décapitée. Elle avait les mains attachées par du Scotch gris, le même qui lui entourait la tête.
Quand on l’a retiré, son visage était tellement déformé qu’il en était méconnaissable. Elle avait dix-huit traces de plaies sur les joues, le front, le nez… Bizarrement, elle portait des numéros, « 0 » et « 1 », inscrits en rouge sur la plante des pieds.
Nous ne l’avons identifiée formellement que grâce à une vieille cicatrice qu’elle avait au genou.
Le policier n’est pas près d’oublier cette scène
L’autopsie révélera que la fillette a été violée. Le policier, on le sent, n’est pas près d’oublier cette scène.
— À côté du corps, il y avait une housse de couette, marquée « It’s time to sleep » (« Il est temps de dormir » en anglais, N.D.L.R.). Le détail aura son importance par la suite. Dans une autre valise, on a retrouvé des ciseaux et un couteau à huîtres ensanglanté. Il a fallu annoncer le drame aux parents de Lola…
Sur son banc, Delphine baisse la tête, accablée.
— À minuit dix, poursuit le commissaire, une certaine Frya Benkired, qui habite au 6e étage de la résidence, s’est présentée à nous. Ses propos étaient confus. Elle nous a raconté que sa sœur Dahbia s’était fait déposer par un Uber vers 23 heures au pied de l’immeuble et lui avait demandé de l’aider à transporter ses bagages.
Quand le chauffeur a sorti du coffre la grosse caisse en plastique, elle a cru apercevoir un dos humain. Elle a pensé que Dahbia avait tué son ex-petit ami, avec qui elle avait une relation difficile. Elle a refusé de l’aider et les deux sœurs se sont disputées…
Problème, la dénommée Dahbia a disparu. Grâce à son téléphone, les policiers finissent par la localiser le lendemain matin, à 7 h 40, à Bois-Colombes (Hauts-de-Seine), où elle s’est fait héberger par un copain.
— Quand nous sommes arrivés, elle nous a déclaré :
« Je ne comprends pas, je n’ai rien fait ! »
Elle n’avait vraiment pas l’air de quelqu’un qui vient de violer et tuer une petite fille.
Au point qu’on s’est demandé si on ne faisait pas fausse route…
Mais la perquisition du studio de Frya Benkired va balayer les derniers doutes des enquêteurs.
Le président fait diffuser une nouvelle vidéo. Sur l’écran défile le petit appartement de la jeune femme, au sixième étage. On découvre l’entrée, une penderie sur la gauche, une salle de bains minuscule sur la droite, puis la pièce principale, avec sa kitchenette, ses deux canapés clic-clac, et un parquet blond.
— C’est dans la penderie qu’était rangée à l’origine la malle en plastique, précise le président.
Les éléments révélés par les policiers sont accablants. Outre les nombreuses traces de sang mal nettoyées révélées par le Bluestar, il y a l’ADN de Lola, ainsi qu’une taie d’oreiller portant la même inscription que la housse de couette retrouvée près du corps « It’s time to sleep » et un flacon de vernis à ongles rouge. Celui-là même dont la meurtrière s’est servie pour « numéroter » les pieds de sa victime. De quoi placer Dahbia Benkired en garde à vue malgré ses dénégations obstinées.
— Avec de telles preuves, on pensait qu’elle allait s’effondrer, tout avouer, lâche le commissaire. Pas du tout !
Le policier évoque enfin un détail troublant du dossier, un élément qui, à lui seul, en dit long sur la dérive mentale de Dahbia Benkired.
Avant le crime, elle avait effectué sur Internet une recherche glaçante
Avant le crime, elle avait effectué sur Internet une recherche glaçante :
« Sacrifier un enfant pour devenir riche ».
Faut-il y voir le signe d’un rituel, un lien avec les mystérieux numéros « 0 » et « 1 » tracés au vernis rouge sur les pieds de Lola ?
Le flic secoue la tête :
— On peut se demander si elle n’a pas inventé cette histoire de sorcellerie dans le but de se faire passer pour folle, conclut-il.
Dans son box, l’accusé, les bras croisés, ne bronche toujours pas. Mais on la sent tendue, attentive, ne perdant pas une miette des débats. La suite de l’enquête est racontée par Julien N., un autre officier de la brigade criminelle.
— Je me suis retrouvé en charge de poursuivre les auditions de Madame Benkired, raconte-t-il.
La première chose qui m’a surpris, c’est son regard. Elle me regarde droit dans les yeux, sans ciller. Elle est sur la défensive, agressive. Quand je lui annonce qu’elle est suspectée d’avoir violé, torturé et tué une petite fille, elle me répond :
« Ah oui, c’est grave ! »
Le dialogue est surréaliste. Quand le policier lui demande ce qu’elle faisait dans le hall de l’immeuble à 15 h 11, elle affirme qu’elle rentrait chez sa sœur pour déjeuner. Mais elle est incapable de se souvenir de ce qu’elle a mangé… Et quand on lui montre les fameuses valises, elle reconnaît d’abord qu’elles sont à elle…avant de se raviser, et d’affirmer qu’une voisine lui aurait demandé de les porter.
— J’avais prévu de lui montrer cinq photos, poursuit le policier. À un moment, je lui dis : « Tu veux savoir ce qu’il y a dans la caisse ? » Elle dit oui. Je lui montre une photo. Elle la regarde. Silence total. Puis elle me dit « Encore ! ».
À la deuxième photo, elle me demande : « Elle s’est fait violer, la fille ? ». Je ne réponds pas. Elle insiste : « Encore ». Et ainsi de suite pour toutes les cinq…
Après avoir visionné les cinq photos, Dahbia Benkired assène avec une froideur déconcertante :
« Je me suis déjà fait violer et j’ai déjà perdu mes parents, y a rien ».
On sent qu’elle jubile en regardant les photos
À la demande du policier, la vidéo de l’audition est projetée. Sur les images, on sent que Dahbia Benkired jubile en regardant les photos.
— Est-ce qu’elle prend du plaisir à revivre la scène ? s’interroge le policier.
Après avoir regardé à nouveau les cinq photos, la jeune femme les saisit une à une, les aligne soigneusement, puis les rassemble… Comme si elle battait un jeu de cartes. Et la comédie continue.
— Elle me dit tout à coup qu’elle a toujours voulu être policière et elle me demande de lui trouver un uniforme. Je lui explique qu’ici, on travaille en civil… Je lui demande alors pourquoi elle s’en est prise à cette fillette sans défense. Et là, enfin, elle parle. Elle me dit qu’elle s’est disputée avec la mère de Lola parce que celle-ci refusait de lui donner un badge pour ouvrir la porte…
Les aveux, terribles, sont insupportables.
— Elle me dit qu’elle a fait monter Lola chez elle, au 6e. Qu’elle lui a fait prendre une douche parce qu’elle avait ses règles. Et qu’elle a abusé d’elle… Elle l’oblige à lui faire un cunnilingus…
Et elle ajoute, comme une provocation :
« Si vous voulez tout savoir, j’ai même bu son sang ! »
La salle des assises se fige, tétanisée. Mais ce n’est pas tout.
— Elle m’a dit qu’elle a abusé d’elle avec les mains, qu’il y a eu pénétration, et elle mime les gestes avec ses doigts…
Nouvel extrait vidéo de l’audition en garde à vue. On voit nettement Dahbia Benkired faire bouger ses doigts de façon obscène. Elle semble ravie de son petit effet.
— Elle est revenue ensuite sur ses aveux, reprend le policier. Elle prétend avoir fait un cauchemar, avoir cru que Lola était un fantôme, un djinn, un esprit maléfique… À ce moment-là, elle se montre arrogante, agressive, provocatrice…
Je lui demande :
« Tu comptais faire quoi de cette malle ? »
Elle me regarde droit dans les yeux et lâche, avec un grand sourire :
« Je comptais en faire un barbecue sauce mayonnaise samouraï ! »
Le président l’interrompt.
— À votre avis, pourquoi est-elle revenue chez sa sœur avec la malle ?
— Peut-être parce qu’elle ne savait pas où aller. Elle n’avait pas de domicile…
Me Alexandre Valois, l’un des avocats de la défense, tente une ouverture :
— Sur une vidéo de l’audition, ne la voit-on pas s’essuyer les yeux avec un mouchoir en papier ? demande-t-il au témoin.
— Elle n’a jamais versé une larme, balaye le policier. Je peux vous dire qu’elle n’a jamais manifesté le moindre remords ni la moindre empathie pour sa victime.
Et soudain, Dahbia Benkired, pour la première fois, intervient.
« C’était pas moi, j’étais folle, je ne me reconnais pas du tout sur les vidéos »
, proteste-t-elle.
Le président lui propose alors de réagir à tout ce qui vient d’être dit. Elle refuse.
— Il y a eu trop de mensonges, dit-elle.
Trop de mensonges, oui. Mais uniquement les siens. Car si Dahbia Benkired prétend aujourd’hui regretter son acte, il lui faudra d’abord affronter la vérité. Et la dire. Elle en aura l’occasion dans les jours à venir.
Un compte rendu d’audience d’Axelle Winieux pour Le Nouveau Détective
JOUR 2
Le lundi 20 octobre 2025, au deuxième jour du procès du meurtre de Lola, deux légistes sont venus témoigner à la barre. Via les rapports d’autopsie et anatomopathologiques, ils ont relaté les derniers instants de l’adolescente, tuée à Paris il y a trois ans par Dahbia Benkired, 24 ans au moment des faits.
Si ces expertises révèlent dans le détail la mort de la jeune fille, elles contredisent la version de l’accusée, notamment les violences sexuelles infligées à Lola.
« Il y a une souffrance physique, psychique et morale »
Depuis l’écran de visioconférence, la docteure Isabelle Sec est formelle : l’adolescente est morte par asphyxie.
« Elle peut être liée à une obstruction du nez et de la bouche »
, détaille la praticienne.
Un arrêt de l’arrivée d’oxygène compatible avec l’utilisation de Scotch. Aux enquêteurs, l’accusée a indiqué avoir enroulé le corps et le visage de la fillette avec un rouleau de ruban adhésif.
Après son décès, la victime présentait aussi des traces de compression au niveau du cou.
« Ces lésions cervicales sont compatibles avec le fait que le Scotch a été posé et enroulé à ce niveau-là »
, déclare la médecin légiste.
Le président de la cour d’assises tente de ramener l’humain dans cet exposé médical par une question simple : la fillette a-t-elle souffert ?
Selon la spécialiste, le décès s’est fait en deux ou trois minutes :
« Il y a une souffrance physique, psychique et morale. La détresse respiratoire est un mécanisme qui va conduire à une mort qui est particulièrement anxiogène »
, relève la praticienne.
Dans son box, Dahbia Benkired ne cille pas.
Plus de 30 plaies au niveau du dos
Les experts en médecine légale sont aussi revenus sur les violences commises sur l’adolescente. Ces dernières se sont faites en plusieurs temps.
En premier lieu, Dahbia Benkired a confessé avoir emmené la victime dans la salle de bains, et frappé sa tête contre le mur de la pièce.
« Nous avons constaté des plaies hémorragiques récentes au niveau du cuir chevelu, ce qui pourrait aller dans ce sens »
, évoque la docteure Isabelle Sec.
C’est après avoir enroulé Lola avec du ruban adhésif et l’avoir laissée agoniser plusieurs minutes que Dahbia Benkired s’est déchaînée sur l’adolescente.
Armée d’un couteau de cuisine, elle lui a porté des coups au niveau de la mâchoire et du cou. Une plaie profonde qui n’aurait pas pu causer la mort.
« On a aussi relevé de multiples piqûres au niveau du dos qui peuvent s’apparenter à des coups de ciseaux »
, détaille Isabelle Sec.
Au total, l’accusée a porté 38 coups.
Des traces récentes de viol
C’est l’une des inconnues les plus glaçantes du dossier. Entendue par les enquêteurs, Dahbia Benkired a reconnu avoir imposé un viol à la victime, la contraignant à lui pratiquer un cunnilingus.
L’autopsie et l’analyse anatomopathologique ont néanmoins révélé davantage :
« Les examens au microscope ont révélé que le corps présentait des lésions au niveau du vagin et de la région anale. Ces dernières apparaissent comme récentes »
, relate le docteur Patrick Barbet de manière mécanique.
Interrogée sur ce point par le président, l’accusée nie avoir imposé des pénétrations.
Elle évoque à demi-mot que son ami (Rachid), chez qui elle s’est rendue pendant plusieurs heures avec le corps, pourrait être responsable.
Une insinuation peu crédible au vu des conclusions de l’autopsie. Les lésions subies par la fillette seraient vitales, c’est-à-dire réalisées avant sa mort.
« Comment on fait ? »
, demande le président avec insistance.
« J’ai pas d’explications. Si je l’avais fait, je vous l’aurais dit »
, lui rétorque la jeune femme avec une pointe d’agacement.
Sur les bancs des parties civiles, la mère et le frère de Lola ont suivi avec attention l’exposé des deux médecins. Mais le dernier échange leur sera insupportable.
« Vous confirmez que la victime n’a pas été démembrée »
, demande l’avocat de la défense à l’un des spécialistes qui répondra par la positive.
À cette évocation, Delphine Daviet s’effondre en larmes avant de sortir accompagnée de son fils.
NDWP : Mettons-nous à la place de la famille à l’écoute de telles horreurs. C’est malheureusement le job du président, de pousser l’accusée dans ses retranchements pour l’obliger à dire la vérité.
Source : Actu Paris
Au tour du témoignage de Rachid N., un homme de 46 ans qui avait hébergé l’accusée Dahbia Benkired quelques heures après le drame.
Pendant tout ce temps, la jeune femme transportait avec elle la malle où se trouvait le corps de la fillette.
Mis en examen avant de bénéficier d’un non-lieu pour recel de cadavre, cet homme avait accepté d’héberger Dahbia Benkired quelques heures après le drame. Elle traînait alors derrière elle la malle dans laquelle se trouvait le corps de l’adolescente, sans, dit-il, se douter de ce qu’elle transportait.
“Tout me paraissait normal” estime Rachid N. devant la cour
Selon son témoignage, rapporté par Actu Paris, le quadragénaire aurait été contacté par Dahbia Benkired vers 18 heures, le 14 octobre 2022. Elle lui aurait expliqué s’être disputée avec sa sœur et demandé à être hébergée chez lui, à Asnières-sur-Seine.
« Je n’y voyais pas d’inconvénient »
, explique-t-il. Leur rencontre remonte à 2019, dans un café où Dahbia Benkired était employée. Ce jour-là, Rachid N. admet aux enquêteurs qu’il n’était pas uniquement mû par la compassion :
« J’avais envie de me la taper »
, a-t-il déclaré.
Arrivé rue Manin, il aide la jeune femme à charger la malle dans son coffre. Le corps de Lola y était déjà enfermé.
Le président de la cour souligne alors que l’objet pesait au moins 55 kilos, soit le poids de la victime.
« C’est vrai qu’elle paraissait lourde, mais je ne me suis pas posé de questions »
, répond le témoin, visiblement embarrassé.
Nuggets, vodka… et l’horreur à quelques mètres
Une fois à son domicile, Rachid N. raconte avoir passé une soirée “banale”. Dahbia Benkired se douche, lance une machine à laver, et le couple part dîner dans un fast-food.
“On a mangé des nuggets et des frites”, dit-il. De retour chez lui, ils regardent la télévision, boivent de la vodka et du soda. Pendant ce temps, les parents de Lola sont plongés dans l’angoisse, et les forces de l’ordre ratissent le quartier.
“Je n’ai rien senti, je n’ai pas touché à ses affaires”, soutient encore le témoin, alors que le chauffeur VTC ayant reconduit Dahbia Benkired à Paris plus tard affirmera avoir été incommodé par une forte odeur de javel.
Vers 23 heures, Dahbia Benkired quitte les lieux, traînant toujours la malle derrière elle. Selon l’enquête, elle aurait alors tenté de se débarrasser de certaines affaires de la fillette.
Source : Femme Actuelle
JOUR 3
Direct du journal Le Nouveau Détective
21 octobre : 9h28
L’audience va reprendre.
Dahbia Benkired est arrivée dans le box. Elle porte ce matin un sweat blanc. Elle est tout aussi impassible que les jours précédents.
Cette journée sera uniquement consacrée à l’audition des témoins.
21 octobre : 10h02
Le premier témoin de la journée vient déposer. Il s’agit d’Anisse D., une connaissance de longue date de Dahbia Benkired. Il l’a connue par l’intermédiaire de sa soeur Friha.
« J’ai passé des soirées avec elle, elle était tout à fait normale, déclare le témoin. J’ai vu la dégradation. Il y a six ans, sept ans de ça, c’était une belle femme. Quand je l’ai vu, je ne l’ai pas reconnue, elle avait des marques sur les joues. J’ai vu une vidéo sur des gens qui prenaient du crack. J’ai direct fait le lien. Elle était en mode clocharde, elle disait ‘paye-moi une canette’.»
Le jour des faits, Anisse D. a reçu un appel de Friha.
« Elle m’a appelée en pleurs, elle disait que Dina – le surnom de Dahbia -, avait ramené des affaires et qu’elle avait vu un ‘genre de dos’. Elle pensait que c était Mustapha (l’ex-compagnon de Dahbia). Je lui ai conseillé d aller voir la police si elle avait vraiment vu un dos. »
« J’ai tapé ’19 eme’ et ‘valise’ sur Google et j’ai vu tous les articles. J’ai compris qu’elle avait fait l’irréparable.
La question de la prostitution évoquée :
– Elle se prostituait Dina ? demande le président. Ça peut être un billet après une relation sexuelle.
– Rien de tout ça, répond le témoin. Il y avait parfois des soirées avec des relations sexuelles.
– Et Dina ?
– Pas avec Dina. Moi avec sa soeur mais on ne passait pas de soirée avec Dina.
Dina, je l’ai connue avant que ses parents partent, et elle n’était pas comme ça ! reprend le témoin. Pour moi, c’est la perte de ses parents qui l’a faite changer. C’est une certitude !
L’avocat général pose des questions sur la relation entre Friha et le témoin.
La jeune femme aurait parlé de lui comme « son petit ami, son compagnon, quelqu’un avec qui elle aurait aimé plus. »
– Friha, c’est une personne que je respecte, c’est une personne que j’ai fréquentée pendant plusieurs années mais avec qui je ne veux pas me mettre en couple pour des raisons personnelles, répond Anisse D.
L’avocat général interroge le témoin sur le changement observé chez Dahbia Benkired.
– Quand vous croisez Dina à l’épicerie, cinq mois avant les faits, son aspect physique vous choque : des boutons, des cicatrices…Elle vous demande de lui payer une cannette.
– Oui.
– Vous trouvez qu’elle a l’air d’une toxicomane mais vous ne la voyez pas consommer.
– Oui.
– Vous lui avez livré du cannabis ?
Le témoin fait non de la tête.
Le magistrat évoque des témoignages où Anisse D. apparaît comme un dealer, qui « se promenait avec des filles en voiture.»
Moi je suis un dealer et un proxénète si j’ai bien compris ?
, s’agace le témoin.
Le soir des faits, le témoin avait essayer de contacter Friha mais celle-ci ne répondait plus car elle avait été placée en garde à vue.
L’avocat de la défense Me Alexandre Valois prend la parole :
– Elle est comment (l’accusée) quand vous l’appelez et que vous lui dites que Friha est en garde à vue ? Elle est inquiète ?
Non, c’est plutôt Friha qui semblait très inquiète, elle sentait qu’il s’était passé quelque chose.
Dina m’a dit :
« t’inquiète, elle pleure pour rien ma soeur »
« Elle n’était pas dans son état normal, estime le témoin. Après un truc comme ça, tu pars, mais tu restes pas là, à dormir. Pour moi, elle n’était pas consciente de ce qu’elle faisait »
Le président invite l’accusée à se lever.
– Voulez-vous répondre à ce qui vient d’être dit ? demande le président.
– Non.
– Même concernant la prostitution ?
– Il n’était pas au courant. Je n’en parlais pas avec lui. Il traînait plus avec ma sœur.
21 octobre : 11h57
Le deuxième témoin de la journée est entendu.
Après une courte suspension, l’audience est reprise. Le deuxième témoin de la journée est entendu.
Fatah A. est entendu en visioconférence depuis sa prison. C’est une connaissance de Dahbia Benkired.
« Je présente mes condoléances à la famille, mes condoléances pour le papa, pour cette famille qui traverse quelque chose d’incommensurable« , commence le témoin.
Le témoin raconte sa rencontre avec Dahbia.
Il raconte sa rencontre avec Dahbia Benkired :
« Je rentre d’Algérie autour du 20 juillet 2022 et je dois faire des courses. J’entre chez un commerçant de Saint-Ouen où j’ai rencontré Dahbia. J’ai cru comprendre qu’elle manquait de moyens. Au départ, elle voulait une cigarette au détail. J’ai posé le paquet sur l’étal, je lui ai proposé de lui payer quelques courses.»
Elle se faisait passer pour une personne de Marseille qui enquêtait, poursuit le témoin, qui déclare qu’il ne la pas crue à l’époque. Elle était en train de refaire ses papiers, elle n’était pas inspectrice de police à Marseille ou autre.
« Elle pouvait passer du coq à l’âne. C’était très difficile d’avoir une conversation sérieuse. Je sentais qu’elle était vague dans ses décisions. Un jour, c’était quelque chose, un autre jour, c’était autre chose.»
– Vous attendiez quelque chose de relation ? demande le président.
Dahbia Benkired et Fatah A. ont en effet eu quelques relations sexuelles ensemble.
– Il n’y a pas eu d’échange d’argent, c’était totalement consentant, précise le témoin. Elle parlait de mariage avec moi, de sa volonté de s’établir en Algérie. Elle était fortement intéressée pour s’établir en Algérie.
– Non, parce qu’elle était très changeante. Elle était vraiment en détresse. Elle avait besoin de sécurité, de réconfort, d’un foyer.
– Il y a eu un passage où j’ai eu l’impression qu’elle était possédée.
– C’est-à-dire ?
– Suite à des situations où j’ai pu l’observer, j’ai eu l’impression qu’elle parlait avec des personnes. Je l’ai vue parler avec quelqu’un et après elle m’a dit qu’elle avait parlé avec un mort.
– Comment ça ?
– Sexuellement. Vous avez profité d’elle ?
– Ce n’est pas le cas, répond sobrement Fatah A.
– Non.
– Je ne sais pas ce que c’est, répond le témoin, médusé, après un petit rire.
– Elle a dit que vous l’aviez emmenée dans un cimetière où se trouvaient des enfants que vous aviez tués…
– Non…Je suis stupéfait d’entendre ça…
Je n’avais aucune idée de ce que je faisais. Pour moi, c’est Fatah qui m’a ensorcelée.
– Non, je suis totalement étranger à ce genre de pratiques et de croyances.
– Non, répond l’accusée en restant assise.
– J’avais des hallucinations quand j’étais avec lui, explique l’accusée. Il m’a fait boire un truc et je voyais tout à l’envers.
– Oui, c’est possible.
– Lui dit autre chose.
– C’est normal, il va pas vous dire que c’est lui.
– Quand vous a-t-il fait boire ce breuvage ? demande l’avocate.
– Je ne sais plus…C’était l’été. Quand je le bois, je n’ai plus la tête après !
– C’était le soir, après que nous avons été dîner au restaurant. J’ai vu la bouteille, j’ai commencé à voir flou…Je n’étais plus dans mon état normal.
– Oui.
– Une bouteille d’alcool ?
– Non, ce n’était pas de l’alcool, j’en avais déjà bu.
– C’est venu comme ça, il cherche pas à savoir.
– Comment savez-vous que c’est une boisson spéciale ?
– À cause des effets.
– Non, mais chez lui ça ressemble à un cimetière c’est pour ça !
– Il ne vous a pas emmenée dans un cimetière ?
– Non.
– Les éléments que j’ai dans le dossier disent le contraire de ce que vous dites…
– Vous voulez que j’aille dans votre sens mais ça ne se passe pas comme ça, réplique l’accusée en fixant le magistrat d’un air mécontent.
21 octobre. 14h20
L’ex-petit ami de l’accusée dépose.
Mustapha M., l’ex-petit ami de l’accusée est à la barre pour témoigner.
C’est inexplicable pour moi.
Je n’ai pas vu le décollage mais j’ai vu la haute altitude et l’arrivée
– Pourquoi vous êtes-vous séparés ? demande le président.
– Peut-être que les fréquentations ne l’ont pas aidée. J’ai vu les conséquences. Quand on est jeune, belle, entourée de gens qui veulent profiter, ça ne solidifie pas le couple.
Mustapha M. évoque une « dégringolade » après le décès de la mère de Dahbia Benkired. « Elle a été lente mais exponentielle« , précise-t-il.
Quelque temps avant les faits, Dahbia avait demandé à rencontrer Mustapha après plusieurs mois sans se voir. « Quand elle est montée dans la voiture, j’ai remarqué qu’elle avait extrêmement changé. Je la connais depuis qu’elle a 18 ans. Là, elle était très froide…
« La jeune femme lui aurait dit avoir rencontré quelqu’un. Lorsque Mustapha M. lui demande qui est-ce, elle répond : « Cette personne, c’est toi. » Mustapha M. lui répond que c’est impossible. « Il te ressemblait, mais en vieux, aurait repris Dahbia, en faisant référence à Fatah A. Alors je l’ai suivi. »
Elle explique que Fatah A. « a fait des choses bizarres» . « Il m’a emmenée dans un endroit bizarre, aurait-elle déclaré. Il y avait des bougies. C’était dans le noir. Il m’a fait des trucs bizarres. C’était vraiment étrange. »
Début octobre, dix jours avant les faits, Dahbia demande à Mustapha de l’héberger.
– Elle me regarde dans les yeux et me dit : « à toi, je ne ferais jamais de mal » et aussi : « c’est bon, mon oncle m’a trouvé un travail, je vais sortir de la merde. » Et elle ajoute : « je vais tuer des gens« .
– Elle vous dit : « mon oncle m’a trouvé un travail et je vais tuer des gens » ? demande le président.
– Oui, mais à aucun moment je ne l’ai prise au sérieux. On ne peut pas comprendre quand on a une vie équilibrée. Dahbia, c’est la fille qui donnait du pain aux canards avec sa mère. Moi quand elle me dit ça, ça peut paraître étrange, mais je ne l’ai pas crue.
Le président fait savoir que Mustapha M. a nommé Dahbia Benkired « pute » dans son répertoire. Il lit quelques messages que l’homme lui a envoyé : « tu finis à quelle heure ? Réponds si tu as fini de sucer » ; « dis-moi si tu es dispo et combien ?«
– C’était de la taquinerie, mais c’est vrai que ce ne sont pas des propos acceptables, réagit le témoin.
Le jour des faits, Dahbia Benkired lui écrit : « Réveille-toi sale merde. Viens, on fait un gosse ! » S’en suivent d’autres messages du même acabit puis, en début d’après-midi, elle envoie : « je vais faire un truc avec mes doigts« . Puis à 14h55, soit 15 minutes avant les faits, elle écrit : « je te donne un rendez-vous après, j’ai un truc à faire« .
Le président invite Dahbia Benkired à réagir. Elle demande à s’adresser directement au témoin, ce qui lui est accordé.
– Quand j’avais une cagoule et de l’argent sur mon cul, tu prenais des photos pour faire quoi ?
– T’es sûr que c’était moi ? répond le témoin, très gêné.
– Certaine. T’as juré de dire toute la vérité quand même.
– On peut passer à autre chose, Madame Benkired…,intervient le président.
– J’étais vierge, il m’a prise par derrière, poursuit l’accusée. À l’époque, il était un petit dealer. Je l’accompagnais partout et je portais tout sur moi. Il était très méchant avec moi.
Dahbia Benkired affirme que son ex-compagnon l’a prostituée. Le président invite le témoin à réagir.
– Mis à part dire que c’est faux, je ne peux rien dire, je suis atterré…
– Vous ne savez pas quoi dire ?
– Si, je sais quoi dire : c’est faux !
– Comment avez-vous vécu toute cette période avec M. M. ? demande le président à l’accusée.
– Il était très méchant avec moi. Quand je rentrais, il m’envoyait à la douche et il me demandait une fellation direct.
– Vous êtes sûre de ça Madame Benkired ?
– Certaine. Et à chaque fois qu’on s’est vu, on a toujours couché ensemble. On ne s’embrassait pas.
– Jusqu’à aujourd’hui, je l’aime encore mais j’aimerais lui faire du mal. La première personne que j’ai croisé en sortant c’était la petite…
– Il y en a eu d’autres…insinue le président.
– La première, c’était elle.
– Je ne suis pas sûr, il y en a eu d’autres et pas des fillettes de 12 ans, rétorque le président.
– Oui, reconnaît l’accusée. Il y avait une femme avec sa poussette mais elle n’était pas assez faible pour moi…
– J’avais la haine contre lui, j’étais en colère. Je voulais le voir, il n’a pas accepté. Je voulais lui faire du mal à lui, pas à la petite Lola. J’avais tellement mal, que je voulais lui faire du mal à lui, je voulais me venger. Je voulais pas le tuer, mais lui faire du mal.
– Vous nous dites cet après-midi qu’il est responsable de ce que vous avez fait à Lola ?
– Oui.
– Pour tout vous dire, je me sens beaucoup plus en sécurité en prison que lorsque j’étais avec lui, reprend l’accusée d’une petite voix.
– Souhaitez-vous réagir Monsieur ? demande le président au témoin.
– Ça me touche énormément. Je ne trouve pas les mots, je suis atterré.
Mustapha M. estime que « des pistes n’ont pas été creusées. »
– Il y a beaucoup de zones d’ombre, reprend-il. On parle de quelque chose d’horrible. Il y a un homme avec qui elle est restée 4 heures, on pourrait un peu plus pousser. On voit des gens qui font des choses bizarres, on déplace des corps, y’a des chiffres…
Le témoin demande la vérité, par « respect » pour la famille de Lola. Il avait évoqué la piste d’une « secte pédo-satanique » devant l’enquêtrice de personnalité.
– Je ne suis pas certain que ce soit à vous de parler de respect pour la famille, Monsieur, coupe le président d’un ton sec. Essayez de maîtriser vos propos. Vous parlez de respect, c’est bien. Mais vous ne respectez pas trop la famille en faisant croire que des pistes n’ont pas été creusées. Pour moi, quelqu’un qui parle de secte-satanique n’a pas lu le même dossier que moi.
Me Valois, l’avocat de Dahbia Benkired interroge le témoin.
– Vous interprétez comment quand Dahbia Benkired vous dit peu avant le crime qu’elle va bientôt utiliser ses doigts ? Comme un geste de violence ou comme un geste sexuel ?
– Aucun des deux.
Me Valois demande à ce qu’une photo récupérée dans le téléphone de Mustapha M. soit diffusée devant la cour d’assises. On y voit une jeune femme dont le visage est masqué d’une cagoule, accroupie dans une combinaison rose très ajourée. On voit la silhouette d’un homme qui semble la pénétrer.
La photo ressemble étrangement à celle décrite par l’accusée peu avant.
– Tout le monde était consentant et cela n’a rien à voir avec ma présence ici, réplique le témoin.
Me Valois note que ces images s’accordent mal avec le respect des femmes.
– Pour le respect des femmes, j’en fais ma conscience personnelle.
Julie T. s’avance à la barre. Il s’agit d’une amie d’enfance de Mustapha M.
‘ »Ils se sont beaucoup aimés et ils se sont beaucoup détruits aussi, estime la jeune femme. Un jour, il y a eu une coupure. La relation était très toxique. Ils se parlaient mal, il y avait de la violence verbale. Mustapha ne supportait pas ce qu’elle était devenue. C’est monté crescendo.»
– Il a pu être humiliant ? demande le président.
– Oui, ça c’est possible.
– Un lien avec une activité de prostitution ?
– Non, je n’ai aucun doute sur ça.
Me Karine Bourdié, avocate de la famille de Lola, prend la parole :
– Est-ce qu’elle se sentait en insécurité avec lui ?
– Pas du tout, c’était son repère. Elle n’avait pas peur de lui, elle voulait des enfants avec lui.
Audience suspendue
Source : Le Nouveau Détective
JOUR 4
22 octobre : 9h21
L’audience va reprendre.
Aujourd’hui, le programme s’annonce chargé. L’expert psychologue qui a examiné l’accusée sera entendu ce matin.
Puis, les parties civiles s’exprimeront dans l’après-midi.
La journée s’achèvera avec l’interrogatoire de l’accusée.
22 octobre : 9h41
L’expert psychologue s’avance à la barre.
Nicolas Estano s’avance à la barre. C’est le psychologue clinicien qui a réalisé l’expertise psychologique de Dahbia Benkired.
Il déclare que l’accusée a « affiché une forme de défiance » lors des entretiens. Cependant, « elle ne fera pas preuve d’agressivité à mon égard« , précise Nicolas Estano.
« Elle se perd parfois dans des digressions et un certain flou » souligne l’expert qui note la présence de :
« propos bizarres liés à la sorcellerie »
Point capital : le psychologue « ne trouve pas d’éléments en lien avec une maladie psychiatrique franche ».
L’expert passe désormais aux relations de l’accusée. Cette dernière aurait parlé du viol qu’elle aurait subi par son voisin ainsi que des violences perpétrées par son père et ses tantes. Le décès de ses parents a été « extrêmement mal vécu ».
L’expert estime que Dahbia présente une « froideur affective » liée à des « carences affectives » dans l’enfance.
Du côté de ses addictions, Dahbia Benkired a commencé à fumer beaucoup de cannabis entre 2019 et 2020, après le décès de ses parents. « Je fumais pour oublier ce qu’il s’est passé dans ma vie », confie-t-elle au psychologue.
L’expert évoque les relations sentimentales de l’accusée, notamment celles entretenues avec Mustapha M. et Fatah A., entendus hier comme témoins.
Elle déclare à leur sujet : « J’avais besoin d’amour, que quelqu’un soit là ». Elle parle également des relations sexuelles tarifées qu’elle aurait eu en déclarant s’être « salie ». « Elle peut se montrer soumise dans les relations interpersonnelles, analyse l’expert. Elle peut même être naïve dans la relation à l’autre ».
« Bizarreries du discours », « hypersensibilité à la critique », « dimension de narcissisme », « isolement social », « illusions récurrentes »… L’expert enchaîne très rapidement les comportements de l’accusée. Il a relevé des « traits psychopathiques à un niveau élevé » chez Dahbia Benkired.
« Madame Benkired ne supportait pas son placement à l’isolement en prison », estime l’expert, qui déclare qu’elle se lavait avec du liquide vaisselle en détention et qu’elle s’était partiellement rasé les cheveux.
Sur les faits, « elle ne fournira que très peu d’explications ». Elle dira avoir prélevé du sang de Lola dans une bouteille pour le boire. Des faits qui n’ont jamais pu être prouvés.
« Je suis pas fière de ce que j’ai fait, mais j’étais droguée avant »
, a-t-elle précisé au psychologue.
Selon Nicolas Estano, « la notion d’ensorcellement pourrait être une façon de se protéger. » Il estime qu’ « il est plausible que le meurtre soit la conséquence d’un acte de nature sexuelle non assumé ».
« Les faits sont reconnus, mais pas vraiment expliqués », conclut l’expert après un exposé débité à toute vitesse.
Le président l’interroge sur le risque de récidive.
« C’est difficile à évaluer », répond le psychologue qui estime que l’accusée a plus de chance de plonger dans la violence que dans des crimes « de nature sexuelle » si elle sort de détention.
L’expert revient sur les « traits psychopathiques à niveau élevé » évoqués plus tôt.
« Son score total se situe à un niveau élevé, mais je ne peux pas parler de psychopathie sévère »
, corrige-t-il.
« Il y a des troubles psychopathiques présents ». De même, si Dahbia Benkired présente des « troubles de personnalités schizotypiques » , elle n’est pas schizophrène :
« il n’y a pas d’éléments de délire et de perte complète de la réalité »
Sur les aspects sexuels du crime, « on ne retrouve pas d’éléments de sadisme sexuel dans ses propos », relève le psychologue. En effet, l’accusée ne semble pas tirer de « plaisir dans les actes sexuels ».
Sur les mutilations subies par Lola après sa mort, l’accusée ne fournit pas d’explication claire. L’expert penche pour « une tentative de dissimuler le cadavre » ou une « exploration post-mortem assez morbide de voir le corps de l’autre ».
Hier, Dahbia Benkired a déclaré qu’elle avait défoulé la colère qu’elle éprouvait vis-à-vis de son ex-compagnon Mustapha M. sur Lola. « Lola a été le réceptacle de cette colère-là », confirme Nicolas Estano.
« Quand on perd l’objet de l’amour, il y a volonté de prendre sa revanche. Lola Daviet est une victime par procuration de la colère qu’elle avait contre Mustapha M. », poursuit le psychologue. « Il y a une rage pour quelqu’un qui n’est pas là donc on va exprimer cette rage sur une personne qui est là. »
Sur la culpabilité de l’accusée, l’expert déclare qu’elle se montre « froide ».
« Elle dit, oui, j’ai tué un enfant, c’est terrible, elle n’a pas mérité ça. Après, est-ce que j’ai vu la personne dans une culpabilité écrasante ? La réponse est non. »
Me Alexandre Valois, l’avocat de la défense, prend la parole. Il rappelle que sa cliente a été « traitée et suivie psychiatriquement » puis demande :
– Ça peut expliquer un changement de comportement, un profil psychologique différend de celui que vous avez dressé, avec une évolution ?
– Même après 15 ans de suivi, on ne va pas changer la personnalité de quelqu’un, répond l’expert. Il peut y avoir une meilleure gestion des émotions mais quelqu’un qui a des troubles de personnalités paranoïaques va les garder.
L’avocat de la défense lit une lettre que Dahbia Benkired a écrit en détention après la mort du père de Lola. « Bonjour Madame le juge, je suis au courant de la mort du papa de Lola, ça me rend triste que je sois à l’origine de ça. Paix à son âme« , lit Me Valois.
– Ce n’est pas une amélioration de l’empathie ? demande le conseil de Dahbia Benkired.
– C’est une prise en considération de la réalité. Ça peut être se sentir responsable de la mort de quelqu’un, répond l’expert.
22 octobre : 12h18
Dahbia Benkired, qui semble moins attentive qu’au début de l’audience, est invitée à réagir :
– Je dors pas de la nuit, explique-t-elle pour justifier sa perte de concentration.
– Qu’est-ce que vous avez retenu Mme Benkired ?
– Tout ce qu’il a dit est vrai… J’ai pas tout retenu, je comprends pas tout le français. Je vois un psychologue en prison, ça me fait du bien, déclare l’accusée.
– Vous nous expliquerez comment ces séances vous aident cette après-midi ?
– On verra…
Après une courte suspension, le président revient sur les conditions de détention de Dahbia Benkired. Cette dernière s’est dite « exaspérée » par son isolement.
« Les surveillants passent toutes les heures, ils allument la lumière toutes les heures »
, explique-t-elle.
Le président revient sur un épisode qui s’est passé le 19 novembre 2022. Dahbia Benkired a « dégradé un mur » et « a mangé la poussière, le plâtre ».
« Je ne m’en rappelle pas »
, répond l’accusée.
L’accusée est interrogée sur sa tête qu’elle a rasé en prison :
– C’était pour ressembler à ma mère, explique-t-elle. En me rasant la tête, je vois le visage de ma mère.
– Aujourd’hui, vous avez les cheveux longs, un chignon, vous ne voulez plus ressembler à votre mère ? intervient le président.
– Je me dis, c’est la vie, c’est comme ça, on va tous mourir un jour. Dans ma religion, ça a toujours été ça.
– Dieu qui reprend les âmes, c’est lui qui décide, reprend l’accusée.
– Même pour un meurtre ?
– Bien sûr. Après, il y a le paradis et l’enfer. Ceux qui se font tuer vont au paradis, et les autres, à moins qu’ils soient repentis…
– Et vous, vous allez partir où ? coupe le président.
– C’est pas moi qui choisis, mais je me suis repentie.
Lors de son incarcération, Dahbia Benkired fait une tentative de suicide qui conduit à une hospitalisation.
– Je me suis rendue compte que j’étais malade et que j’avais besoin de me soigner.
– C’était quoi votre maladie ? demande le président.
– J’étais un peu folle…C’est pas bien ce que j’ai fait, c’est horrible…
Suspension de l’audience.
22 octobre : 14h12
L’audience reprend.
L’audience reprend avec l’audition des parties civiles. Delphine Daviet, la mère de Lola, s’avance à la barre.
« Ce moment est très important pour moi », commence la mère de famille.
« Je vais vous parler de ma Lola, ma mini-moi. Elle était joyeuse, aimante, naïve, elle avait un peu de caractère »
Elle commence à pleurer :
« Avant le drame, nous avions une vie de famille très simple, très à l’écoute les uns des autres. On était toujours ensemble. Il y avait des disputes aussi mais Lola venait s’excuser et il y avait un câlin »
« Rien ne mérite d’avoir autant de haine, de mépris et d’acharnement contre ma Lola. Mon cœur de maman est meurtri à jamais. J’ai fini par comprendre grâce à mon psychologue que ce n’est pas nous les coupables, mais c’est cette chose »
« Je demande à la justice de faire le nécessaire pour que cette chose soit enfermée toute sa vie, la seule réponse possible. Ne rendez pas autre chose que la perpétuité »
Des photos de Lola sont maintenant diffusées. On y voit l’adolescente à plusieurs moments de sa vie, notamment en justaucorps de gymnastique.
« Elle était très douée, elle avait fini championne de France avec son équipe »
, explique Delphine Daviet.
Le président demande à la mère de famille de décrire le caractère de Lola. « Elle avait un caractère bien trempé…», commence la femme qui se reprend :
« Je suis désolée, j’ai du mal à en parler au passé. Je crois que je ne m’en remettrai jamais »
« Il est mort de chagrin »
Encore aujourd’hui, la mère de famille a du mal à comprendre pourquoi Lola a suivi Dahbia Benkired. « Pourquoi ? Pourquoi ? répète-t-elle. Si on pouvait avoir des réponses, ce ne serait pas de refus... »
C’est désormais la tante de Lola, la soeur de Delphine Daviet, qui vient déposer.
« La date du 14 octobre 2022 restera pour moi et ma famille celle de l’anéantissement et du non-retour »
, commence la femme, qui a demandé à être entourée de ses enfants.
Elle évoque plusieurs drames qui ont touché la famille peu avant la mort de Lola : le décès de ses parents, son père en 2017 dans un accident de voiture, sa mère en novembre 2021, son frère Thierry tué dans un accident de voiture en 2018 par un chauffard qui a pris la fuite.
« Sans que nous ayons le temps de faire notre deuil, arrivait cette date fatidique du 14 octobre 2022. »
Elle revient sur le jour des faits :
« Delphine m’annonce en pleurs que Lola a disparu, qu’elle n’est pas rentrée du collège, qu’ils la cherchent en vain. Je panique, je pleure je crie, je tourne en rond… »
Lorsque le corps de Lola est retrouvé, « tout s’écroule », rapporte la femme :
« Nos cris, nos sanglots resteront enfouis dans les murs de cet immeuble ».
Elle revient également sur le jour où la famille s’est rendue à l’institut médico-légal afin de reconnaître la petite fille.
« Delphine allait enfin voir sa princesse. Elle dort et son corps est drapé jusqu’au haut de son cou. Delphine a été autorisée à la rejoindre de l’autre côté de la vitre sans pouvoir la toucher, Lola, son enfant, son bébé ».
La déposition de la tante de Lola se termine par des pleurs de la femme, qui lance à sa soeur :
« Je t’aime tant, je serai toujours là pour toi »
Les deux femmes se prennent dans les bras, l’émotion est grande dans la salle d’assises.
L’oncle et la tante de Lola s’avancent à leur tour. Comme les autres parties civiles, ils tiennent une feuille dans leurs mains :
« À quel moment, dans quel esprit sain naît une telle monstruosité ?»
, commence l’oncle de Lola.
« Et avant le moment fatidique, n’y a-t-il pas un instant où on se dit stop ? Ses yeux d’enfant devaient en dire long… Ce n’est pas toi, Delphine ou toi Thibaut qui devez vous sentir responsable de quoi que ce soit, poursuit l’homme.
« La culpabilité qui vous ronge n’a pas lieu d’être, je suis sûr que tu es d’accord avec moi Lola »
– Ce procès est pour moi un dernier adieu, mais je te promets Lola de ne jamais t’oublier, dit la tante de la fillette.
– On t’aime ma Lola, abonde son oncle.
Plusieurs cousins et cousines de Lola s’avancent à la barre.
« On parle beaucoup de cette personne à qui on cherche une infinité d’excuses alors que pour moi, il n’y en a pas, commence son premier cousin. On va essayer chacun d’évoquer un souvenir heureux ».
Le premier cousin de Lola évoque la grossesse de Delphine Daviet, lorsqu’il a mis sa tête sur son ventre.
« J’ai senti ses petits coups de pied…elle s’entraînait déjà pour la gym »
Le deuxième cousin s’avance à son tour vers le micro mais il explose en larmes. Le visage dans ses mains, il ne peut prononcer un mot. Il retourne s’assoir, soutenu par sa famille.
Manon, la cousine de Lola, évoque une compétition de gymnastique de l’enfant : « Elle n’était pas contente car elle n’était pas sur la plus haute marche du podium mais moi j’étais très fière de ce qu’elle a fait ».
En sanglotant, la jeune femme, qui a six ans de plus que Lola, déclare :
« Lola voulait tout faire comme moi (…) J’étais fière de savoir que je pouvais être son exemple et je l’aime à tout jamais »
Jonathan, le plus âgé des cousins prend la parole : « Il faut se souvenir d’une fillette rigolote, qui avait toute la vie devant elle. » Lola a été demoiselle d’honneur à son mariage.
Puis, il s’adresse directement à l’accusée :
« J’espère que vous allez bien m’écouter. On a compris que vous avez eu une vie difficile, que vous avez perdu votre père, votre mère, que vous êtes dans la drogue, dans la prostitution, qu’on vous a violée... Je tiens à vous rappeler qu’il y a quelques années, j’ai perdu mon grand-père. Ensuite mon parrain, mort brutale. Pareil, on a décidé d’avancer. Puis notre grand-mère. Vous avez dit que votre mère est morte dans vos bras. Nous aussi, on était là à côté d’elle et on l’a vu partir aussi. On a continué d’avancer ».
« Ensuite, vous nous avez volé Lola. Un meurtre atroce, on est resté debout. La vie nous a encore accablé par son sort. Yohan est parti de chagrin. On a continué d’avancer. Depuis une semaine, on a entendu l’autopsie, les enquêteurs, on entend vos excuses. Malgré les aléas de la vie, on en a tous, on a fait le choix d’avancer. Depuis quelques jours, on entend que vous vous êtes défoulée sur une fille qui n’a rien demandé alors moi je vous pose la question, on vous a forcé à faire ça ou c’est votre choix ? Nous, on a choisi d’avancer, de rester digne pour les gens qu’on a perdus. Jamais de la vie on passera notre haine, notre violence sur quelqu’un, même si on pourrait avoir envie de passer au-dessus de cette barrière ».
« Je voudrais dire à Lola : on t’oubliera jamais, tu étais magnifique, tu étais un rayon de soleil, pleine de vie. On est tellement fière de t’avoir vu grandir. Pour toi, pour Yohan, pour Thierry, on va vivre pleinement, on ne vivra pas notre vie à moitié. On n’oubliera jamais ton visage, on ne veut pas que ton visage soit celui de la haine ».
Après son témoignage, Jonathan est applaudi.
Le président rappelle que le public ne doit pas réagir.
Dans son box, Dahbia Benkired n’a pas de réaction.
Thibault, le frère de Lola, prend la parole à son tour. Il parle de sa soeur, de leurs souvenirs d’enfance, leurs chamailleries…
« C’était le rayon de soleil de notre appartement »
La dernière fois que Thibault a vu Lola en vie, c’était le jour des faits, quelques heures à peine avant sa mort.
« On était quatre autour d’une table, c’était comme d’habitude, c’était normal, se souvient le jeune homme. Elle part, c’est la dernière fois où je l’ai vue vivante. J’ai vu son visage sourire… »
Le jour des faits, Thibault sort de l’immeuble par l’autre sortie que celle empruntée par Lola et Dahbia Benkired.
« Si j’avais fait demi-tour, je serais allé côté jardin, comme on la voit aux caméras, et j’aurais forcément croisé la dame juste à ma gauche avec ma sœur. Il ne se serait rien passé…Pendant que je suis chez le coiffeur, il y a un monstre qui fait des choses à ma sœur. Vers 17h, mon père m’appelle pour savoir si ma sœur est avec moi. Ma mère était au commissariat. Mon père essaie de positiver, comme moi. J’arrive au commissariat, je vois ma mère ensanglantée. Pardon, en sanglots ».
« Je vois l’état de mon père se dégrader, reprend Thibault. Il avait pris de l’alcool et des médicaments. Il courait partout. Pendant 30mn, il disait : On la voit rentrer avec cette fille mais on la voit pas ressortir. Elle est où ? J’ai tout fait ensuite même les sous-sols. Je commence à vraiment m’inquiéter. Mon père qui avait arrêté l’alcool avait bien repris ce soir-là. Vers 1h du matin, ils viennent dans notre appartement pour dire qu’ils avaient retrouvé ma sœur. Mon père n’y croyait pas. Il arrêtait pas de poser des questions :”Elle est où ?Je veux la voir”. Mon père faisait que des tours ».
« Le dimanche, on est allé annoncer à ma grand-mère le décès de ma sœur, poursuit Thibault. Elle a Alzheimer. Toutes les 30mn elle avait oublié, il fallait lui répéter…»
Thibault confie qu’il n’avait jamais vu les photos du corps supplicié de Lola, diffusées lors de l’audience.
« Pour moi, c’était pas obligé que je les vois, mais je me suis mis ça dans ma tête car ça fait partie de la vérité, ça fait partie de ce qu’elle a subi. Et c’était important que je les vois »
Il s’adresse ensuite à sa mère :
« Je remercie ma mère d’être toujours là pour moi. J’essaye de faire la même chose pour elle. Je t’aime, je voulais que tu le saches »
Delphine se lève et prend son fils dans ses bras.
Thibault évoque une garde à vue où Dahbia Benkired aurait pleuré :
« Admettons qu’elle pleurait vraiment, franchement, j’en ai rien à foutre. Elle, c’est tout une famille qu’elle a fait pleurer et qui pleure encore. Elle a tué une fille, un père, et c’est tout ce que j’ai à dire. J’attends beaucoup de cette décision, de vous tous, et j’ai entièrement confiance en vous pour le verdict de fin »
, conclut-il à l’attention des jurés.
Le président invite à l’accusée à réagir :
– Faut savoir que je n’arrive pas à pleurer en public mais dès que je suis seule, je pleure tout le temps. Ça me touche ce qu’ils ont dit, c’est sincère. Encore une fois, je demande pardon…
– Comment vous avez fait pour que Lola vous suive ? demande le président.
– Je lui ai simplement demandé de m’aider à porter des valises et elle m’a suivie.
22 octobre : 16h20
La vidéo de la reconstitution diffusée.
Le président annonce diffuser la vidéo de la reconstitution, réalisée le 16 février 2024.
Dahbia Benkired, retenue par une corde, montre comment elle a tiré le bras de Lola pour monter dans l’ascenseur. Puis, on voit Dahbia Benkired tirer la policière qui représente Lola dans l’appartement et l’emmener vers la salle de bain.
On la voit ensuite enrouler un mannequin de la même taille et du même poids que Lola avec un rouleau de scotch. Elle commence par les mains, les bras, puis la tête du mannequin. Et enfin les pieds et les mollets.
Elle fait plusieurs tours à chaque fois. On la voit ensuite amener la malle dans la salle de bain. Elle couche la caisse sur le côté et traîne le corps à l’intérieur. Elle la remet ensuite droite avec difficulté. Elle mime ensuite le moment où elle récupère du sang de la victime dans un bouteille au niveau de ses aisselles. Elle ferme ensuite la caisse.
La vidéo n’a duré que 12 minutes mais elle laisse un silence glaçant dans la salle.
– Oui.
– À 15h07, vous quittez la résidence en direction du domicile de votre ex ?
– Oui, j’ai croisé une dame avec son bébé. Et après Lola. Je lui ai demandé de m’ouvrir la porte car je n’avais pas de badge. Je lui ai demandé de m’ouvrir la porte.
– Je sais pas d’un coup je me suis dit dans ma tête ‘je vais faire du mal à quelqu’un’. Je ne savais pas que j’allais tuer, arriver à ce point-là, mais finalement c’est le cas. J’avais trop de haine en moi, je voulais la sortir en quelqu’un.
– Pourquoi Lola ? insiste le président.
– Je ne sais pas, j’ai pas choisi, je ne la connaissais même pas…
– Vous avez dit aussi hier que comme c’était une fillette, elle était plus faible.
– Oui.
– Votre plan c’est déjà de lui faire du mal ? (quand elle lui demande de l’aider avec ses valises)
– Malheureusement oui, reconnaît l’accusée, toujours de sa petite voix.
– Vous nous dites qu’elle vous a attendue, alors qu’elle vous a dit que ses parents ne voulaient pas…Vous êtes sûre ?
Le président est très dubitatif. Il insiste, met l’accusée face à ses contradictions :
– Elle est où, la vérité ?
« C’est pas que je voulais la tuer, mais c’est que je voulais faire du mal à quelqu’un. Mais vu que je l’avais violée, autant la tuer…»
– Elle réagit pas, elle dit rien. Elle a pas réagi jusqu’à la dernière minute après ce que je lui ai fait. En haut, elle m’a dit :
« Madame s’il vous plaît, ne me faites pas mal »
– Elle se retrouve nue dans cette pièce, déclare le président. Elle a encore peur ?
– Oui.
– J’ai infligé à Lola ce qu’on m’a déjà fait, déclare l’accusée en faisant référence aux fellations que lui imposait son ex-compagnon.
– Vous aviez une envie sexuelle ?
– Oui. D’un coup, c’est venu dans ma tête.
Attention, les déclarations qui suivent peuvent choquer.
– Vous aviez l’idée de vous faire pratiquer un cunnilingus par Lola avant la douche ?
– J’y ai pensé quand elle était dans la douche.
– Pourquoi lui demander de se doucher si vous vouliez un cunnilingus. Pourquoi lui faire laver le corps et pas la bouche si vous vouliez un cunnilingus ?
– Je ne l’ai pas touchée en bas. Je ne l’ai jamais touchée en bas, contourne l’accusée.
– Je lui ai touché les seins et je lui ai claqué la tête contre la paroi de la douche avec ma main. Le coup contre le mur, c’était vraiment pas fort.
– Le médecin légiste a établi qu’il y avait « au moins trois coups au niveau de la tête » décrits comme « intense ».
– Je vous jure, pas du tout. Peut-être quand elle est morte il s’est passé un truc dans sa tête. Je l’ai scotchée quand même.
– Dans la douche pour moi, elle s’est transformée en fantôme. Elle disait rien, elle parlait pas…
– Comment on explique les différentes lésions sur la tête de Lola ?
– Je sais pas.
– Pour vous elle est morte de quoi Lola ? demande le président.
– Crise cardiaque je crois.
– Elle est morte d’un syndrome asphyxique. Du fait du scotch, ou par ce qu’il y a eu strangulation.
– Pas du tout. Je l’ai pas étranglée, je l’ai juste scotchée !
– Après la douche, je lui demande de me lécher le sexe. Entre le salon et la salle de bain, dans l’entrée, poursuit l’accusée.
– Lola, elle a pas crié, pas pleuré ? demande le président.
– Non, elle a pas réagi, j’en fais des cauchemars tous les soirs.
– Sans menace ?
– Non sans rien. Je l’ai attrapée par les cheveux pour le faire comme le faisait Mustapha mais sans violence.Comble de l’horreur, l’accusée ajoute :
– Lola était d’accord pour faire tout ce que je lui demandais.
– C’est difficile à entendre, intervient le président. Elle ne devait pas être d’accord.
L’accusée précise que l’acte a duré « deux minutes » et qu’elle a « eu un orgasme ».Le président évoque les pénétrations anales et vaginales que l’accusée réfute depuis le début de l’audience.
– Moi, je vous dis que la vérité, affirme Dahbia Benkired. Tout ce qu’il s’est passé je vous le raconte.
– Pourquoi ne pas avoir donné ses détails aux policiers et au juge d’instruction ?
– Parce que j’avais honte de dire ce que je lui avais demandé de faire…– J’ai commencé à la scotcher parce que j’avais peur qu’elle en parle à sa famille, qu’elle me dénonce. Comme je vous ai dit, je voyais un fantôme, je voyais pas Lola.
– Quand vous la scotchez, est-ce que vous vous dites que c’est pour la tuer ?
– Toute la haine que j’avais en moi, je l’ai sortie en elle. Dans tous les cas, je savais qu’elle allait mourir. C’était la première fois que je faisais ça.
– C’est pour qu’elle ne parle plus, pour qu’elle meure ?
– Oui.Le président revient sur les blessures à l’arme blanche assenées post-mortem.
– À partir de là, vous allez pas me croire, j’ai commencé à la voir comme un mouton. La peau était dure. Et c’est là que j’ai écrit le chiffre 0 et 1 sur ses pieds.
Elle explique ensuite être allée dans le salon.
– Je voulais pas entendre le bruit que ça faisait…
– Quel bruit ?
– Ça tremblait. Je suis allée dans le salon et j’ai fumé une cigarette. J’ai mis un coup de couteau et un coup de ciseau car je pensais que c’était un mouton, reprend l’accusée.
– Si vous pensiez que c’était un mouton, pourquoi vous ne l’avez pas égorgée ?
– J’arriverais pas, jamais.
– Pourquoi les chiffres 0 et 1 ? demande le président.
– Au bled, on met les chiffres 0 et 1 sur les moutons.
– Au bled, on égorge aussi les moutons.
– Je l’ai pas fait, j’ai pas fait de trucs sur le cou, maintient l’accusée, qui jure qu’elle n’a pas blessé la fillette au niveau du cou.
– Je voulais la mettre dans des sacs, mais le corps était trop lourd.
– Vous avez pensé à la démembrer pour la mettre dans des sacs ? demande le président, faisant allusion à des déclarations qu’auraient fait l’accusée devant la juge d’instruction.
– Je pourrais pas faire ça. Je peux pas faire un truc pareil. Avant de partir, j’ai pris une bouteille et, du côté où j’ai mis le coup de couteau, j’ai pris un tout petit peu de sang, précise-t-elle dans un détachement qui tranche avec l’horreur de ses propos. Ah oui j’ai oublié, elle s’est pissée dessus aussi.<
– Vous nous avez dit aussi que vous aviez coupé un morceau de la peau du dos…
– Oui pour le prendre.
Elle évoque ensuite le moment après le crime.
– Je suis revenue dans mon état normal, c’est comme s’il ne s’était rien passé.
Elle raconte ensuite s’être rendue au bar « Le Rallye ».
– Il est possible que vous lui ayez dit que vous vendiez un rein ?
– Pas du tout.
Elle tente de prendre la fuite avec des ferrailleurs.
– Il me dit que j’ai pas assez d’argent, il me fait descendre. Je suis ensuite partie chercher des chouquettes. Mes affaires n’avaient pas bougé. La police est même passée près de moi.
Elle rapporte ensuite les faits tels que décrits dans les premiers jours d’audience.
– Vous avez bu du sang ? demande le président.
– Non… J’ai laissé la bouteille chez Rachid
– Vous l’avez dit au psychologue que vous aviez bu du sang de Lola.
– J’ai dit n’importe quoi, assure l’accusée. Je vais pas boire du sang, je suis pas un vampire. Je voulais simplement faire du mal à Mustapha, reprend l’accusée. Lola, c’était une personne plus faible que moi, je ne l’ai pas choisie.
– Vous en vouliez tellement à Mustapha M. que vous avez fait subir tout ça à Lola ?
– Exactement. J’ai dit toute la vérité, reprend-elle quand le président lui déclare que les parties civiles sont en quête de vérité.
Audience suspendue.
Source : Le Nouveau Détective
JOUR 5 :
23 octobre : 9h23
L’audience va reprendre.
Aujourd’hui, cinquième jour d’audience, la cour entendra les dépositions de l’expert psychiatre ainsi que la contre-expertise psychiatrique de l’accusée. Cet après-midi, l’accusée sera de nouveau interrogée et les avocats de parties civiles feront leurs plaidoiries.
23 octobre : 10h00
L’experte psychiatre dépose.
Karine Jean, experte psychiatre, s’avance à la barre.
« Dahbia Benkired semblait animée par un sentiment mégalomaniaque et narcissique »
, commence l’experte.
Elle décrit l’accusée comme « agressive« , « sur la défensive », « apathique », « froide », qui présentait quelques « trous de mémoire ».
« C’est la première fois que vous voyez un cas comme ça ? »
« Elle paraîtra frustrée de ne pas avoir suscité l’intérêt qu’elle attendait »
« Le contenu du discours est pauvre, avec une volonté manipulatoire »
« Elle n’aurait jamais redoublé, poursuit Karine Jean. Elle dit avoir été une très bonne élève, avec un niveau plus moyen au collège. Elle obtient son brevet des collèges ».
En 2018, elle obtient un CAP cuisine. « L’idée, c’est d’obtenir des papiers et de faciliter les démarches », estime la psychiatre.
L’experte s’attarde ensuite sur la vie sentimentale et intime de Dahbia Benkired qui raconte avoir été « empoisonnée » et « violée dehors » après de « mauvaises rencontres ».
« Tout ce qui importait pour elle c’était de sortir tout le temps, raconte Karine Jean. Elle a été amoureuse d’un ami de sa sœur. Elle aurait souhaité garder sa virginité jusqu’à son mariage mais s’est offerte un homme à ses 19 ans ». Elle évoque Mustapha M., avec qui elle est restée « six ans ».
« Elle mentionnera que toute sa vie, on l’avait violée. Elle parle d’un voisin qui l’avait violée. Mais rien n’était très clair, elle ne se souvenait pas des détails, note Karine Jean. Elle n’aurait jamais eu de relations sexuelles avec une femme. Elle se disait hétérosexuelle de manière exclusive. »
Sur son crime, Dahbia Benkired déclare qu’elle « aurait perdu le contrôle » et qu’elle était « comme un pantin » au moment des faits.
« Elle ne reconnaîtra aucune implication, poursuit la psychiatre. Elle dira qu’elle a été violée et droguée donc qu’elle était sous influence. »
« On retient chez Dahbia Benkired, une présentation labile, dans le sens de la maîtrise. Elle a pu se présenter provocante, cynique. C’était comme si elle parsemait des indices et que c’était à nous de reconstruire le puzzle sans connaître le vrai du faux. Elle semait le trouble et la confusion chez son interlocuteur. Au final, je n’ai rien retenu de Mme Benkired ».
« Il est important de ne pas confondre la folie d’un acte avec la folie de son auteur, souligne Karine Jean. On a pu exclure toute pathologie psychiatrique au cours de nos entretiens avec Mme Benkired. Il y a une haute tendance à la psychopathie.
« Au-delà de la froideur affective, Mme Benkired a besoin de l’autre, besoin d’un rapport dominant dominé. Elle investit l’autre comme un objet qu’on prend, qu’on casse, qu’on jette. Cela lui procure de la jouissance mégalomaniaque ».
Elle évoque la présence :
« d’une perversité structurelle chez Mme Benkired »
– Nous n’avons pas relevé de troubles psychiques qui auraient altéré ou aboli son discernement, maintient l’experte.
– Avez-vous retrouvé des traits schizotypiques comme le psychologue entendu hier ? demande le président.
– Non.
« Elle a un discours labile », reprend Karine Jean.
« Elle a des propos fluides, clairs, puis après aborde un autre sujet sans jamais aller dans le fond, nous laissant pantois de la suite. Elle se nourrit de l’autre et de ce qu’elle suscite chez l’autre ».
– Comment faire pour faire davantage parler l’accusée ? interroge le président.
– J’ai aucune idée sur comment faire pour ouvrir la discussion de Mme Benkired…, admet la psychiatre avant d’ajouter : il y a quelque chose de très contentant chez Madame Benkired à être la seule à avoir des réponses et de voir tout le monde s’échiner.
– Au-delà du sentiment de jalousie, je parlerai d’un trouble identitaire majeure chez Mme Benkired. (…) La psychodynamique de l’acte, peut-être qu’elle n’en a pas toutes les clés, Mme Benkired. On ne peut pas se limiter à de la jalousie.
Me Darmon, avocat de l’association Innocence en danger, prend la parole :
– Comment elle peut être attirée sexuellement par une fillette de 12 ans ?
– Malheureusement, je n’ai pas de réponse à cette question, Mme Benkired n’ayant pas voulu aborder le sujet avec moi.
Me Darmon souligne que Dahbia Benkired a déclaré qu’elle avait agi en réaction à la haine qu’elle éprouvait pour Mustapha M.
« Ça me semblerait une explication un peu simpliste », estime l’experte.
« Elle a une tendance à la déresponsabilisation très nette »
C’est au tour de l’avocat général d’interroger l’experte :
– Vous avez évoqué un malaise que vous avez eu après coup, après avoir rencontré Mme Benkired. Il y a eu une tentative d’emprise sur vous pendant l’expertise ?
– Oui, c’est quelque chose que l’on peut comprendre comme du ressort de l’emprise, répond Karine Jean.
– Vous écrivez qu’il est incertain qu’elle puisse investir des soins de manière authentique, reprend l’avocat général.
– Au regard de la structuration de personnalité de Mme Benkired, il est difficile d’accéder à une authenticité de la personne et de définir des axes de travail sur les faits, les liens éventuels avec le parcours de vie…
– Concernant la dangerosité psychiatrique et criminologique, cette personne est-elle dangereuse pour la société ? Ce que je comprends, c’est qu’en termes de dangerosité et de risques de récidive, on est au maximum…, demande le magistrat.
– C’est bien ça.
Me Alexandre Valois, avocat de la défense, prend la parole :
– Avez-vous déjà été confrontée à une tueuse d’enfant femme ?
– Jamais.
– C’est difficile de s’assurer des compréhensions relativement proches de ce que l’on croit penser de la personne par rapport au manque de littérature pour vous aider ?
L’experte acquiesce.
« Elle n’a pas de déficience intellectuelle ni aucun trouble de la logique et du raisonnement. Aucun symptôme de désorganisation de la pensée, ni sur le plan intellectuel, ni émotionnel, ni comportemental »
, ajoute l’expert.
« Aucun syndrome dépressif, aucun trouble anxieux et aucun symptôme de stress post-traumatique ».
– On a eu des discussions sur les traitements administrés à l’UMD. Est-ce que vous pouvez nous expliquer leur objectif ? demande l’avocat général.
– Son transfert à l’UMD vise à poursuivre l’évaluation clinique et à la mettre en sécurité face à d’éventuels passages à l’acte, explique le psychiatre. Le protocole d’évaluation clinique passe par l’administration de certaines molécules anxiolytiques qui viennent apaiser les angoisses et permettent une meilleure évaluation. Mais vraiment l’équipe est très claire : à aucun moment, ils n’ont donné de traitement visant à traiter une maladie ou un trouble psychiatrique caractérisé. Ils ne viennent pas cibler une maladie mais un symptôme.
– Et au procès, vous avez dit n’importe quoi ?
– Non.
23 octobre : 14h39
L’audience reprend.
Après la suspension du midi, l’audience est reprise avec les plaidoiries des avocats de la partie civile.
23 octobre : 14h54
L’avocate des parties civile dépose.
23 octobre : 15h46
Me Clothilde Lepetit s’avance.
23 octobre : 15h57
La séance est levée.
DERNIER JOUR DU PROCÈS :
24 octobre : 9h40
L’audience est ouverte.
L’avocat général prend la parole.
« Aujourd’hui, vous allez devoir juger ces faits, qui ne peuvent que vous traumatiser, poursuit-il en s’adressant aux jurés. C’est une charge lourde qui pèse sur vous aujourd’hui ».
« Heureusement, ces actes n’ont pas été mimés lors de la reconstitution, car leur simple évocation nous choque »
« Les violences sont intervenues avant que Lola ne soit morte, tonne l’avocat général. C’est la définition même de la torture ».
« 1h37 de supplices qui ont ôté à l’enfant, sa féminité et son humanité. 1h37 au cours desquelles Dahbia Benkired violera, torturera, tuera et dissimulera le corps d’une fillette »
« Vous avez souffert. Johan Daviet en a littéralement eu le cœur brisé. Mais qui pourrait s’en remettre ? Et pourtant, aujourd’hui, vous êtes là, tous unis. Vous avez fait le choix de répondre de plus belle des manières à l’indicible par la plus profonde humanité ».
« Quand elle arrive, on est encore dans la parfaite rationalité. Elle se dit : “Mince, il y a des policiers partout”. Elle fait le tour de l’immeuble, va appeler sa sœur. Elle lui dit : “Viens m’aider, je suis chargée”. Est-ce qu’elle va se rendre, est-ce qu’elle va s’effondrer ? Pas du tout. Elle cherche à sauver sa peau ».
« Elle investit l’autre comme un objet sur laquelle elle exerce sa toute-puissance : on prend, on casse, on jette. Ce profil a troublé une experte psychiatre avec 15 ans d’expérience carcérale ».
Me Alexandre Valois, l’avocat de Dahbia Benkired, va déposer. Après sa plaidoirie, l’accusée aura la parole pour la dernière fois.
« Le mal, ce sont ses tantes qui organisent des soirées sexuelles en présence des enfants, c’est son ex-compagnon qui l’exploite sexuellement. Le mal, c’est ça »
Puis il revient la relation avec Mustapha M., ex-compagnon de l’accusée qui a « profité de Dahbia Benkired, a joué avec elle ».Il dénonce « relation déshumanisante qui existe depuis longtemps ».
« Il la déshumanisait, il la maltraitait, mais elle était amoureuse ».
« Dans ce dossier, vous avez une vérité nouvelle qui ne correspond pas à cette vérité qui vous a été assénée pendant trois ans et c’est très difficile de l’accepter. »
La plaidoire de Me Valois est terminée.
24 octobre : 13h07
Le président invite Dahbia Benkired à prendre la parole.
« Je demande le pardon, déclare l’accusée. C’est horrible ce que j’ai fait. C’est tout ce que j’ai à dire…»
« Les débats sont terminés« , dit le président. Les jurés se retirent pour délibérer. Le verdict est attendu en fin de journée.
24 octobre : 17h22
L’audience reprend. Le verdict va être donné.
La cour et le jury ont répondu oui à l’ensemble des six questions : Dahbia Benkired a été reconnue coupable des viols, des actes de torture et de barbarie, qui ont été commis du vivant de Lola Daviet, coupable de meurtre accompagné, suivi ou précédé de viols et d’actes de tortures et de barbarie.
Dahbia Benkired est condamnée à la réclusion criminelle à perpétuité incompressible.
« S’agissant de la peine, et avant de la prononcer, la cour a pris en compte la gravité et la cruauté des faits, un supplice infligé à Lola Daviet. La cour a pris en compte le préjudice psychologique indicible causé aux parties civiles. Elle a aussi pris en compte votre personnalité, un parcours chaotique, mais qui ne saurait expliqué ce déferlement de haine infligé à Lola. En l’absence de pathologie psychiatrique, les experts ont estimé que vous avez une dangerosité très élevée »
Source(s):
Les articles en liens
États-Unis | Un pédophile de 38 ans dit avoir été abusé sexuellement par une fillette de 11 ans
Belgique – Charleroi | Quatre ans de prison avec sursis pour le viol d’une enfant de 11 ans
Paris | Enquête autour d’un viol entre élèves de maternelle




