Couverture du livre La guerre contre nos enfants
La guerre contre nos enfants
Plus qu’un livre, l’aboutissement de dix années de combat de terrain. Un guide accessible pour comprendre, prévenir, alerter et agir face à la pédocriminalité.

Guérande| Laxisme pour celui qui a agressé sexuellement «ses cousines» pendant des années

« Je les ai touchées par immaturité, c’était mon plaisir personnel, je n’ai pas pensé à elles »

Toujours en liberté

Trois mois de prison avec sursis probatoire pour le pédocriminel qui a commis de multiples agressions sexuelles sur trois mineures, dont deux sœurs...

En août 2016, le papa d’une fillette de 6 ans porte plainte à la gendarmerie de Guérande (Loire-Atlantique). L’enfant « en a marre ». Marre du copain de la fille de sa nounou qui lui donne des bonbons en échange de caresses « sur la minette ».

Le papa y retourne quelque temps plus tard, car cette fois :

« Le jeune homme lui a montré son sexe et a voulu aller plus loin ».

Tsunami dans les deux familles.

Après avoir nié, le jeune, âgé de 24 ans à l’époque, avançait une défense bien peu convaincante :

« Elle me demandait sans cesse des bonbons, je faisais ça pour qu’elle arrête de m’en demander. »

Les grands-parents étaient au procès mardi 22 février 2022 devant le tribunal correctionnel de Saint-Nazaire, les parents, défendus par Me Marion Sasmayoux, ont préféré quitter la métropole. L’avocate a qualifié « d’absurde » la réflexion du prévenu :

« C’est elle qui demandait ».

Heureusement que la fillette a parlé. Car l’arbre cachait la forêt. Alors qu’il était en garde à vue, le prévenu a déclaré :

« Est-ce qu’il s’agit de ma cousine ? »

Il a en effet imposé des agressions sexuelles à ses « cousines » lorsqu’ils jouaient ensemble à Montoir-de-Bretagne ou lorsque leurs familles (amies mais non parentes) passaient ensemble des vacances dans le Gard.

L’aînée avait six ans de moins que lui, sa cadette, à peine dix ans. L’aînée a subi ses « pulsions » depuis l’âge de 8 ans, jusqu’à « la classe de troisième ». La seconde a pris la suite. Il a donc provoqué un second tsunami, car les jeunes filles n’ont jamais rien dit à leurs parents ; le prévenu leur affirmait qu’ils étaient au courant et que c’était normal.

Aujourd’hui âgées de 23 ans et d’à peine 20 ans, les jeunes filles étaient à l’audience avec leurs parents.

C’est un prévenu taiseux qui était à la barre. Il admet toutefois :

« Je les ai touchées par immaturité, c’était mon plaisir personnel, je n’ai pas pensé à elles. »

L’expertise médicale de 2017 montre que :

« Il pense surtout aux ennuis que ça lui a causés, qu’il ne se remet pas en cause, qu’il est dangereux ».

Depuis, il a débuté un suivi psychiatrique.

Alors que le prévenu insiste pour dire que tout a cessé à sa majorité suite à une information faite au lycée où il a compris que ce qu’il faisait « était mal », la jeune fille et son père font non de la tête et Me Maud Lesève rapporte les termes de l’aînée :

« J’étais le double de moi-même. »

« Elle et sa sœur étaient très jeunes, elles ont intégré cette anormalité et ont agi sous la contrainte ».

La plus jeune a réagi différemment :

« Je mets un mouchoir sur ce qui s’est passé. »

Elle précise qu’aujourd’hui, elles vivent dans l’inquiétude.

Le procureur, Kevin Le Fur, estime que le prévenu donne des réponses de circonstance, et assène :

« Les faits sont d’une gravité considérable et je pèse mes mots ».

Il partage l’avis des parties civiles : « Les faits ont continué alors qu’il était majeur ». Point sur lequel ne veut pas céder Me Meriem Azdem-Delaere, reconnaissant qu’il a de lui-même avoué les faits.

L’avocate de la défense estime que son client a cessé l’année de ses 18 ans et que s’il y a le moindre doute, il doit profiter à l’accusé. Elle trouve les réquisitions beaucoup trop lourdes : cinq ans dont deux avec sursis probatoire renforcé et mandat de dépôt à délai différé.

Lors de sa comparution devant le tribunal pour enfants, le prévenu a été condamné à trois mois de prison avec sursis probatoire.

En pleurs, la maman des jeunes filles a demandé aux grands-parents de bien remercier leurs enfants qui ont permis de dévoiler l’affaire.

Mis en délibéré, le jugement sera rendu le 5 avril.