Oise | Un instit traque et piège un pédocriminel sur Internet

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Il disait à Léa, 12 ans, qu’elle est sexy
Membre de la Team Moore, une association qui lutte contre les pédocriminels en ligne, « Elton », professeur dans le Val-d’Oise, a participé à faire condamner un jeune homme, le 2 mars, à Compiègne

Lundi 2 mars, à Compiègne, Ryan, 23 ans, a été condamné à 4 ans de suivi sociojudiciaire et deux ans de prison avec sursis pour corruption de mineur. Le jeune homme s’est notamment retrouvé à la barre après avoir contacté Léa, 12 ans, sur Facebook, pour tenter de l’obliger à lui envoyer des photos d’elle dénudée afin d’assouvir ses « pulsions ».

Ce qu’il ne savait pas, c’est que Léa est un enfant virtuel. Sans le savoir, Ryan échangeait en réalité avec un « intercepteur » de la Team Moore, une association pour la protection de l’enfance sur Internet. Derrière son écran, c’est Shurik’n qui répond, depuis le Gers, où il habite.

C’est le 2 juillet 2025 que Ryan entre en contacte avec « Léa ».

« Il disait qu’il avait 14 ans »

« Il disait qu’il avait 14 ans, qu’il était seul sur son lit et cherchait une petite sœur de cœur. Rapidement, il a envoyé des photos de jeunes filles dénudées dans des positions équivoques, une vidéo de lui aussi. Il disait à Léa, 12 ans, qu’elle était sexy. Presque aussitôt postés, les messages disparaissaient. La discussion s’est arrêtée quand Shrurik’n n’a pas voulu poursuivre »,

raconte Elton, 50 ans, professeur des écoles dans le Val-d’Oise et coordinateur des intercepteurs.

Des captures d’écran ont été réalisées au fur et à mesure des échanges, prouvant le côté illégal et pernicieux de la conversation. Les enquêteurs de la Team Moore, Katalina, Elton et Neila, prennent ensuite le relais pour identifier le « prédateur ».

Le 4 septembre, le dossier est bouclé. Le 22 septembre, le tribunal judiciaire de Compiègne est prévenu et une enquête pénale s’ouvre le jour même.

« Ce tribunal a su réagir vite et prendre rapidement la situation en main, ce qui n’est pas le cas de tous les tribunaux », souligne Elton.

Un signalement précis et argumenté

« L’association était inconnue de nos services, précise Caroline Gaziot, procureure de la République de Compiègne. Ce signalement a été pris au sérieux car il était précis, argumenté sur le plan juridique, accompagné d’éléments contenant des indices manifestes de la commission d’une infraction et documentés sans provocation à l’infraction, ce qui est évidemment un critère de nos enquêtes pénales. »

Pour la magistrate,

« toute aide extérieure est bonne à prendre, même si cela ne dispense pas d’une enquête pénale garantissant les droits des personnes mises en cause mais aussi des victimes, la loyauté de la preuve et la présomption d’innocence ».

« Ce sont des hommes à 99 % »

C’est donc, la cellule de lutte contre les atteintes aux personnes (CLAP) de la compagnie de gendarmerie de Compiègne, qui s’est chargée l’enquête. « Cette cellule spécialisée dans les atteintes sexuelles sur mineurs a permis, grâce aux informations apportées au parquet, de confronter le mis en cause et de corroborer les premiers éléments », confirme-t-on au groupement de gendarmerie de l’Oise.

« Le cas de Ryan, ce jeune homme, témoin du meurtre de sa mère à l’âge de 3 ans et demi, nous a marqués, confie Elton. Il a un parcours de vie poignant. Il a été victime et est devenu délinquant sexuel. Même s’il n’y a pas de profils types, il sort du lot. »

« Les prédateurs qui contactent nos enfants virtuels vont de 18 ans au troisième âge, toutes catégories sociales confondues, poursuit-il. Il y a aussi des personnes en situation de handicap qui ne possèdent pas les filtres, les codes de notre société. Leur point commun, ce sont des hommes à 99 %. Si beaucoup se fondent dans la masse, certains sont de vrais délinquants, déjà condamnés, ils écrivent même de prison ! »

« Un sentiment d’impunité sur les réseaux sociaux »

La Team Moore compte une cinquantaine de bénévoles, des particuliers voulant protéger les jeunes enfants des prédateurs sexuels sur le Net. D’abord constituée en collectif, elle est devenue une association en 2023. Depuis le début de l’année 2026, elle a déposé 28 signalements contre des pédocriminels.

Depuis 2019, son année de création, ce sont 661 dossiers qui ont été envoyés à des tribunaux ou aux forces de l’ordre, en France mais aussi en Belgique, en Suisse, en Allemagne, en Italie, en Algérie, en Colombie ou encore aux États-Unis.

Les bénévoles de la Team Moore ont tous des surnoms dans un souci de sécurité. Les intercepteurs utilisent des photos d’eux qu’ils rajeunissent et modifient via un logiciel et créer ainsi de faux profils Facebook. Si l’adulte qui entre en contact demande une photo d’eux en train de tirer la langue, par exemple, pour vérifier s’il s’agit d’un vrai profil, ils peuvent ainsi y répondre.

Règle d’or : ne jamais lancer la conversation

Leur règle d’or, ne jamais être à l’initiative des conversations. Pas d’hameçonnage. Ils n’incitent jamais à un échange à caractère sexuel et doivent toujours répondre de façon choquée, sur la défensive. Les photos illégales qu’ils compilent sont immédiatement floutées, censurées, partagées aux forces de l’ordre ou aux tribunaux et supprimées de leurs ordinateurs pour éviter de tomber sur le coup de la loi et être eux-mêmes poursuivis.

Elton, maître d’école, voulait se rendre utile pour la société. Il a trouvé sa place dans la Team Moore.

« J’ai vu des professeurs qui se sont fait prendre pour des images choquantes avec des tendances à la zoophilie, soupire-t-il. C’est dur, mais j’ai appris à cloisonner. Ces prédateurs éprouvent un sentiment d’impunité sur les réseaux sociaux. Ils n’ont pas peur. »

« Nous sommes là pour aider les forces de l’ordre à les empêcher de nuire, enchaîne le bénévole. C’est un problème de société. Les enfants ont des téléphones de plus en plus jeunes, jouent aux jeux vidéo en ligne et peuvent être exposés. Moi-même et d’autres bénévoles menons des actions de prévention dans les établissements scolaires pour sensibiliser les enfants au maximum. » .

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