Beauvais | Un notable Pierre Robert arrêté pour traite d’êtres humains avec inoculation du virus du VIH

non

Une enquête sur un réseau pédocriminel de grande ampleur
Actualisation du 13 février 2026 | Réseau France – Maroc – Sénégal : « Plusieurs dizaines de victimes » et 14 interpellations dans un possible réseau franco-sénégalais.

Pierre Robert, homme d’affaires picard de 73 ans, avait été arrêté  le 1 er avril 2025 et mis en examen pour « traite d’êtres humains », « proxénétisme aggravé » et « viol sur mineur de 15 ans ».

Dimanche, en collaboration avec des enquêteurs français, la police sénégalaise a annoncé avoir interpellé ceux qu’elle considère être ses complices locaux.

De Beauvais, dans l’Oise, à la ville de Saly, sur la côte ouest-africaine, une affaire de pédocriminalité internationale est-elle en train d’éclore entre la France et le Sénégal ?

Dimanche 8 février, la police nationale sénégalaise a annoncé « un coup de filet majeur », avec l’arrestation de 14 personnes notamment soupçonnées de « pédophilie en bande organisée », « proxénétisme », « viol[s] commis sur mineurs de moins de 15 ans » et « transmission volontaire du VIH ».

L’information a d’abord été repérée par l’Agence France-Presse et Le Courrier picard.

Selon la division des investigations criminelles, le service chargé de l’enquête, ces individus, tous Sénégalais, feraient partie d’un même « groupe criminel », « spécialisé dans la formation au sexe pour de jeunes garçons, transformés en objets sexuels par des hommes pour la plupart séropositifs qui entretiennent avec eux des rapports sexuels non protégés et filmés ».

Parmi ces personnes, domiciliées à Dakar ou à Kaolack, quatre, plus impliquées que les autres et désignées par les enquêteurs locaux comme des « formateurs au sexe », auraient reconnu les faits et assuré avoir agi sous les ordres d’un ressortissant français, en échange de contreparties.

A la tête de ce réseau international supposé, Pierre Robert, 73 ans. Très connu à Beauvais, ce dirigeant d’entreprises dans l’hôtellerie et la restauration, doté d’un patrimoine évalué à 2 millions d’euros, avait été placé une première fois en garde à vue le 16 avril 2024 après la dénonciation de son mari.

En fouillant son téléphone portable, ce dernier avait trouvé, selon des documents judiciaires consultés par Le Monde, « des images et des vidéos d’abus sexuels commis au préjudice de jeunes garçons par des hommes adultes, contenus susceptibles d’avoir été enregistrés au Sénégal ».

Changement d’ampleur

Comme souvent dans les grandes affaires de violences sexuelles, la procédure a changé d’ampleur après la perquisition menée au domicile du mis en cause et la saisie de ses appareils numériques.

L’analyse des supports a mis au jour « plus de 1 500 fichiers pédocriminels mettant en scène des enfants de 2 à 8 ans voire des nourrissons, et l’existence d’un potentiel réseau international de traite des êtres humains et de proxénétisme ».

Dans son WhatsApp, les enquêteurs ont constaté qu’il procédait au recrutement de « jeunes passifs, à savoir des garçons entre 12 et 15 ans recrutés au Sénégal parmi les orphelins ou des familles dans le besoin ».

Se faisant appeler « patron » ou « papa », il se proposait « d’éduquer » des mineurs, exprimant sa volonté de « défoncer des petits ».

En août 2024, une autre dénonciation avait visé Pierre Robert, cette fois-ci sous la forme d’un mail anonyme à destination de l’ambassade de France au Sénégal. D’après son auteur, le chef d’entreprise « inoculerait délibérément le virus du sida à ses partenaires ».

Pour appuyer son écrit, cette source avait fourni des messages dans lesquels Pierre Robert « demandait explicitement à son interlocuteur de lui fournir de jeunes enfants “passifs” », « des très jeunes qui se font déjà baiser » contre la somme de 50 000 francs CFA (environ 76 euros).

Il conseillait de se tourner vers une « marchandise » : les « talibés », comme on appelle au Sénégal les enfants des rues confiés à des écoles coraniques, particulièrement vulnérables car poussés à mendier seuls dans les rues.

« Pauvreté, impunité, violence patriarcale… Ce genre de scandale, c’est très parlant »

, assène la militante féministe et panafricaine, Suzanne Sy.

« On ne doit pas laisser passer sans réagir. On attend de l’Etat des politiques structurelles pour protéger les plus jeunes. La situation des enfants talibés, notamment, est une faillite nationale. »

« Sous-traitants »

Dans la foulée, les autorités sénégalaises avaient saisi leurs homologues françaises. Au parquet de Paris, qui n’a pas répondu à nos sollicitations, le dossier a été pris très au sérieux. Deux services centraux de police judiciaire ont été saisis : l’Office des mineurs et l’Office central pour la répression de la traite des êtres humains, en collaboration avec la police judiciaire de l’Oise.

Les chefs d’ouverture de l’information judiciaire sont éloquents : « traite d’êtres humains » et « proxénétisme aggravé en bande organisée », « viol et agression sexuelle sur mineur de 15 ans », « administration de substance nuisible suivie de mutilation ou d’infirmité permanente ».

En traçant les flux financiers de Pierre Robert, les enquêteurs ont constaté en dix ans l’envoi de 26 000 euros au Sénégal et 4 600 euros au Maroc. A Amath L., son partenaire sexuel et principal bénéficiaire, il a transféré près de 13 000 euros. S

elon l’information judiciaire, en contrepartie du paiement de son logement, le jeune Sénégalais avait dû installer une caméra de vidéosurveillance, à laquelle Pierre Robert avait accès à distance en permanence pour regarder les violences qu’Amath L. commettait, suivant ses ordres, sur des enfants. De 2015 à 2024, le notable picard a réclamé à ses « sous-traitants » des vidéos de viol d’enfants.

L’affaire s’articule autour de la ville balnéaire de Saly, à un peu plus d’une heure de route de Dakar. Sur la Petite-Côte, retraités européens des deux sexes ne se cachent pas pour entretenir des relations avec des plus précaires mais surtout beaucoup plus jeunes qu’eux.

« Si ça reste heureusement rare, des mineurs peuvent être concernés, c’est une évidence, glisse un habitant de la ville. C’est difficile de lutter contre : tout le monde profite du tourisme ou des résidences secondaires des toubabs [Blancs]… »

Pierre Robert détenait une villa sur place. A nouveau interpellé le 1er avril 2025, après une première phase d’enquête, le chef d’entreprise avait alors été mis en examen. Il est actuellement en détention provisoire. Deux de ses amis, également mis en examen, sont sous contrôle judiciaire.

Depuis, les policiers français remontent la piste sénégalaise, à la recherche des complices et des victimes du réseau. Début janvier 2026, Pierre Robert a été interrogé par les deux juges d’instruction chargées du dossier. Selon le communiqué de la police sénégalaise, les deux magistrates étaient présentes à Dakar au moment des 14 nouvelles interpellations, en compagnie de 10 officiers de police judiciaire français.

Acte « contre nature »

« J’ai appris tous ces éléments par voie de presse, réagit l’avocat de Pierre Robert, Antonin Gravelin-Rodriguez, qui indique ne pas avoir connaissance à ce stade du contenu des investigations menées au Sénégal. Manifestement, on se moque des droits de la défense et de la présomption d’innocence de mon client, pour en faire un trophée judiciaire avant qu’il soit jugé. »

Le mis en cause, qui a seulement reconnu à ce stade la détention d’images et vidéos pédocriminelles, nie être l’organisateur d’un réseau international de traite sexuelle. L’enquête doit encore démêler les rôles de commanditaires et de participants des différents protagonistes de ce dossier de fabrique d’images de violences pédocriminelles.

Au Sénégal, pays majoritairement musulman, l’homosexualité est un délit pénal, considéré comme un acte « contre nature » et puni d’un à cinq ans d’emprisonnement. Le premier ministre, Ousmane Sonko, a plusieurs fois promis de durcir cette législation. En 2024, un parlementaire issu de son camp politique avait déposé une proposition de loi, finalement non adoptée, visant à porter la peine encourue de dix à quinze ans de prison.

Il n’y a pour l’instant qu’une seule partie civile dans une enquête qui pourrait concerner « plusieurs dizaines de victimes », d’après la police sénégalaise : l’association de lutte contre la pédocriminalité Innocence en danger.

L’avocat de l’association, Jean Sannier, dit son « dégoût face à l’horreur du dossier » et observe que ce sont des « notables des pays riches qui visaient les enfants les plus vulnérables des pays pauvres ».

Source Actualisation : Le Monde

 

Article du 10 avril 2025 :

Le patron du O’Filatures a été placé en garde à vue le 1er avril dans le cadre d’une enquête sur un réseau pédocriminel qui semble de grande ampleur.

Une source du Parisien évoque une « traite des êtres humains avec inoculation du virus du VIH sur des majeurs et des mineurs », ainsi que de viols.

Pierre Robert, patron bien connu du O’Filatures et de l’hôtel Le Chenal à Beauvais, est suspecté d’être impliqué dans un réseau pédocriminel de grande envergure.

L’homme de 72 ans a été arrêté cette semaine et placé en garde-à-vue.

Il est notamment suspecté d’être impliqué dans la production de vidéos pédopornographiques, en plus de la consommation de ce type de contenus.

D’après une source, l’enquête aurait porté sur plusieurs pays où l’homme d’affaires beauvaisien possède des résidences. Notamment au Sénégal où il possèderait plusieurs appartements, mais pas seulement. Le dossier paraît donc de grande ampleur.

Pierre Robert n’est pas le seul suspect arrêté dans cette affaire. Deux autres personnes, de Beauvais et de Grandvilliers, seraient aussi en garde-à-vue. Leur identité demeure inconnue à ce stade. C’est un service de la police judiciaire de Nanterre (Hauts-de-Seine) qui s’est chargée de cette enquête.

Le Parisien évoque, lui, l’arrestation d’un quatrième homme.

Selon encore le Parisien “Les quatre hommes ont été présentés à la justice à Paris, qui a compétence nationale et internationale, selon la même source. Ce qui laisse augurer un dossier comprenant des ramifications à l’étranger.”

« Depuis vendredi soir, le sujet est dans toutes les conversations dans les bars à Beauvais », confie un connaisseur de la ville préfecture de l’Oise.

Révélée par nos confrères du Courrier Picard, le placement en garde à vue de trois personnes dont Pierre Robert, dans le cadre d’une affaire de pédopornographie, à l’échelle de plusieurs pays, a sidéré une bonne partie de ceux qui connaissent Pierre Robert, ce notable propriétaire notamment du restaurant O’Filatures et de l’hôtel Le Chenal, près de la gare, et qui a géré de nombreux établissements de la ville au cours de sa longue carrière.

L’enquête menée conjointement par l’Ofmin, service d’enquête spécialisé dans les violences faites aux mineurs, et l’Ocreth (Office central pour la répression de la traite des êtres humains), tous deux basés à Nanterre (Hauts-de-Seine), porte notamment sur la détention de milliers de fichiers pédopornographiques, mais aussi la production de ce type de contenu, impliquant de potentiels faits de viols sur mineur et de traite d’êtres humains, au Maroc et au Sénégal.

Une source du Parisien évoquait dans un article publié le 4 avril une « traite des êtres humains avec inoculation du virus du VIH sur des majeurs et des mineurs », ainsi que de viols sur mineurs.

Toujours selon le Courrier Picard, un ordinateur appartenant à Pierre Robert. aurait été saisi lors de la perquisition et 50 000 dossiers pédopornographiques auraient été retrouvés.

Comme souvent dans ce genre d’affaires, c’est un signalement sur Pharos (plateforme gouvernementale de signalement des contenus et comportements en ligne illicites) qui aurait permis de remonter jusqu’au restaurateur.

Des accusations extrêmement lourdes pour ce notable beauvaisien, connu pour son sens du commerce et son caractère affable.

« J’ai bien connu son père et aussi son frère qui est décédé, et bien sûr je connais Pierre Robert, indique Gérald Cagné, patron du Zinc Bleu, face à la cathédrale de Beauvais. Il est toujours très bien habillé et je l’ai toujours trouvé gentil avec tout le monde.

Quand il tenait la brasserie Le BHV, c’était l’endroit un peu cossu de Beauvais. Je suis déjà allé dans son restaurant O’Filatures et j’y ai été très bien reçu.

C’est un petit monde la restauration, on se connaît tous. Il allait fréquemment à l’étranger, mais je ne sais pas ce qu’il y faisait. »

« Il est très connu sur cette ville et fait partie de notre syndicat, confirme Charles-Édouard Barbier, président de l’Umih Oise (Union des métiers et des industries de l’hôtellerie).

Je le voyais lors d’événements sur Beauvais, mais je ne le connais pas plus que ça. Cela fait plus d’un an qu’on ne le voyait plus du tout aux réunions du syndicat. »

Après y avoir exercé des responsabilités, Pierre Robert n’avait plus aucune fonction dans leur association.

« Il n’est même pas adhérent et Dieu merci, je ne connais pas ce monsieur ! » s’exclame Christelle Moncy, présidente de l’union des commerçants de Beauvais.

« Quand je pense que je lui serrais la main lors de manifestations officielles, cette histoire est épouvantable », se désole une élue du secteur. 

« Certaines rumeurs couraient, sur sa possible sexualité débridée, note un Beauvaisien. Mais rien de comparable à ce qui peut lui être reproché. »

Un autre habitant se souvient lui d’avoir entendu parler « de parties fines dans l’un des établissements qu’il tenait, où il était possible de croiser des personnalités connues de la ville ».

Mais là encore, les faits allégués ne portent que sur des pratiques d’adultes consentants, et il n’y est pas question de mineurs. 

Adrien Bastard …

Et la stupeur a redoublé à Beauvais puisque Pierre Robert. n’est pas la seule personnalité de la ville à être mis en cause dans ce dossier de pédopornographie.

Également placé en garde à vue, Adrien Bastard., 44 ans, délégué à l’organisation de Mister Picardie, proche de Cyril Hanouna ainsi que du monde des forains, est aussi une figure bien connue dans la ville préfecture.

Bastard participait notamment à l’organisation de la fête foraine de Beauvais. Un événement pour lequel celui-ci se fait photographier avec des vedettes, Sarkozy ou François Hollande sur son compte Instagram.

Pierre Robert. a été mis en examen ce vendredi par deux juges d’instruction parisiens, notamment pour « viols en bande organisée », « traite d’être humains en bande organisée » et « proxénétisme aggravé en bande organisée » et placé en détention provisoire.

Son ami et complice Adrien Bastard. a aussi été mis en examen pour « traite des êtres humains » et « proxénétisme aggravé en bande organisée » et lui aussi incarcéré.

Sollicités, leurs avocats Mes Antonin Gravelin-Rodrigues et Réda Ghilaci n’ont pas souhaité s’exprimer.

Un troisième homme faisant partie du réseau a également été mis en examen et placé en détention provisoire.

 

Source(s):