Oise | Il a enquêté sur le prêtre qui l’a violé à l’âge de 12 ans

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J’aurais pu sombrer..
Après une amnésie de plus de vingt ans, Georges-Emmanuel Hourant a mis vingt années de plus à se souvenir de ce que le père Georges de Sagazan lui a fait subir en 1972. Depuis, il a retracé le parcours de son agresseur. Un témoignage qu’il livrera ce samedi dans l’Oise.

C’est un trauma amnésique de deux décennies qu’a vécu Georges-Emmanuel Hourant à la suite d’abus sexuels commis par un prêtre en 1972.

Un choc émotionnel impossible à encaisser pour le jeune garçon d’une douzaine d’années qui, par un mécanisme psychologique d’autodéfense, a enfoui ces souvenirs au plus profond de sa mémoire.

« Je me suis absenté pour survivre, pour échapper à folie », résume aujourd’hui celui qui est devenu psychothérapeute.

Ce n’est que passé la trentaine, lors d’une psychothérapie de groupe, que tout explose quand il entend une victime de viol témoigner.

« Je me suis écroulé, littéralement, relate-t-il. J’ai sangloté pendant une dizaine de minutes. Ce n’étaient pas des souvenirs précis mais ma mémoire émotionnelle qui se réveillait. »

Un épisode qui lui fait prendre conscience de l’importance d’entendre les victimes s’exprimer sur ce qu’elles sont subi.

Des agressions commises lors d’un séjour aux sports d’hiver

Un précepte qui ne l’a pas lâché depuis. Ce samedi 29 mars, il reviendra là où il a grandi, à Méru (Oise), où, en compagnie d’autres victimes, il participera à la création d’un collectif et d’un groupe de parole de personnes victimes d’agressions sexuelles exercées par des membres de l’Église catholique dans le département.

Lors d’une soirée consacrée aux témoignages, il dénoncera pour la première fois publiquement son agresseur.

C’est à 11 ans que Georges-Emmanuel Hourant fait la connaissance du père Georges de Sagazan, qui vient d’arriver dans la paroisse de Méru en tant que vicaire.

Le religieux, né en 1926 à Beauvais, repère rapidement le garçon. En 1972, il propose à sa mère de l’amener aux sports d’hiver, dans sa famille.

C’est là que, durant une semaine et malgré ses protestations, le jeune homme sera victime de viols et d’agressions sexuelles. Au retour, il refuse de revoir le prêtre et fuit l’église.

« J’ai hurlé de rage »

S’ensuivent de longues années d’errance et de multiples conséquences sur la vie de Georges-Emmanuel. « J’aurais pu sombrer », confie-t-il.

Jusqu’au choc survenu lors de la thérapie de groupe. Puis des années de psychothérapie jusqu’à ce que, peu à peu, les souvenirs reviennent.

En 2000, à 40 ans, il décide d’écrire à Georges de Sagazan.

En retour, il reçoit une lettre dans laquelle, si le religieux reconnaît les faits, il tente néanmoins d’apitoyer sa victime.

« Un courrier pathétique, résume l’intéressé. Je décide d’en rester là. Je me sens libéré mais pas totalement. Sans le conscientiser, je le vivais comme si j’avais été la seule victime d’un homme qui avait cédé à des pulsions. »

Il lui faudra encore vingt années pour poursuivre sa démarche de guérison. Jusqu’en 2021, en découvrant le nombre de victimes dénombrées dans le rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église (Ciase).

« 330 000 mineurs (estimés d’après un modèle mathématique. Pas répertoriés. Mais ce sont de toutes façons quelques dizaines de milliers au vu des cas avérés), précise-t-il. J’ai hurlé de rage, un tel choc qui ne pouvait que signifier que je n’avais pas tout réglé. Je ne voulais pas en rester là, je voulais finir ma vie apaisé et heureux. »

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