Nord | Julien Martinez condamné à six ans de prison

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Ça fait déjà deux ans que l’affaire traîne et ça fait deux ans qu’il se balade librement
Julien Martinez, considéré comme la tête d’un réseau illégal de placements d’enfants de l’Aide sociale à l’enfance, avait fait appel de sa condamnation après un procès-fleuve en 2024. Il a de nouveau été condamné à six ans de prison ce jeudi 26 février mais sera incarcéré dans un délai d’un mois.

Pas de miracle pour Julien Martinez Ce jeudi février, le tribunal correctionnel d’appel de Bourges (Cher) l’a condamné à 6 ans de prison et alourdi le montant de son amende à 50 000 €.

Il était accusé d’avoir dirigé un réseau plaçant des enfants, confié par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) du département du Nord dans des familles d’accueil sans agrément dans l’Indre, la Creuse et la Haute-Vienne.

Plusieurs de ces enfants ont également raconté avoir été victimes de violence de sa part.

“Ça fait déjà deux ans que l’affaire traîne et ça fait deux ans que lui, il se balade”

La cour a assorti sa décision d’un mandat de dépôt différé.

Il ne dormira donc pas en prison ce jeudi soir, mais devra être écroué dans un délai d’un mois.

Une déception pour Maëva Charles, l’une des enfants placés, aujourd’hui devenue jeune adulte.

Elle est la seule victime du réseau venue assister au délibéré ce 26 février.

“Je m’attendais à le voir enfin rentrer en prison, je suis très déçue. J’ai même mal au cœur pour ça, de le voir repartir comme ça. Ça fait déjà deux ans que l’affaire traîne et ça fait deux ans que lui, il se balade”, a-t-elle déclaré à la sortie du tribunal.

Du simple “coup de main” donné à ses parents, qui accueillaient des enfants placés au début des années 2010, jusqu’à la coordination de sa propre structure, Julien M. a vu passer plus d’une soixantaine de jeunes.

D’abord en tant qu’accueillant, pour finalement industrialiser la prise en charge en 2016 et 2017, en sollicitant des familles dans l’Indre, la Creuse et la Haute-Vienne.

Le tout sans aucun agrément officiel, et sans déclarer un seul centime des 630 000 euros reçus de l’ASE du Nord.

Des coups de poing, des coups de pied

La fraude fiscale ?

L’absence d’agrément ?

Julien Martinez les a reconnus, lors de son procès en appel le 20 novembre 2025.

“C’était une erreur, a-t-il confessé. Mais j’ai essayé d’aller aux impôts !”

“Vous n’avez pas dû essayer très fort”, raillait la présidente.

Mais s’il avait fait appel, c’est qu’il niait l’intégralité des violences, aussi nombreuses que variées, dont l’accusent plusieurs anciens enfants placés.

Comme cette soirée où, alcoolisé, il aurait saisi un adolescent par la gorge, l’aurait soulevé et asphyxié, avant de lui uriner dessus.

Il a aussi nié les coups de poing, les coups de pied, les gifles, les claques rapportés par plusieurs jeunes et, parfois, corroborés par des familles d’accueil.

Des témoignages “nombreux et concordants”, a souligné la présidente.

Tout juste le prévenu a-t-il reconnu ce qu’il qualifiait de “recadrages” destinés à calmer des jeunes “particulièrement difficiles”.

Durant deux heures d’interrogatoire par le tribunal, Julien Martinez a été malmené, et n’a pas pu se souvenir des différents faits dont plusieurs jeunes l’accusaient.

Peu convaincu, l’avocat général a requis la condamnation du prévenu sur les mêmes motifs que lors du premier procès à Châteauroux, en octobre 2024.

Un procès qui avait condamné 19 personnes, dont le bras droit de Julien Martinez, Bruno C., déjà en prison pour des faits de viol sur sa fille mineure, ainsi que ses parents et diverses familles d’accueil.

De ces 19 condamnés, seul Julien Martinez, qui avait écopé de la plus lourde peine, avait décidé de faire appel.

Conseil de Julien Martinez, Cathy Bouchentouf a tenté de”remettre de la nuance” dans les débats.

Elle a concédé que son client était “complètement paumé”, et “accablé par les rouages judiciaires”.

Mais a soutenu qu’il est “tellement pris en étau que, quoiqu’il dise, ça n’ira pas”.

Selon elle, six ans de prison sont “une peine inenvisageable pour un primo-délinquant”, qui ” travaille, qui a souhaité de changer de vie pour se rapprocher de ses enfants, et qui est parfaitement réinséré”.

“Il essaiera de payer ses dettes comme il le pourra”, a-t-elle assuré.

L’avocate réclamait “une peine adaptée”, en l’occurrence un sursis probatoire avec un suivi.

 

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