Montpellier | Enfant retirée à sa mère : ce singulier placement dénoncé par l’avocat

Des professionnels, médecin-traitant, psychomotricienne, directrice d’école, attestent pourtant de l’absence de maltraitance.

La fillette est heureuse avec sa mère”, plaide l’avocat.
J.-M. M.

“C’est une décision surréaliste !”, s’indigne maître Marc Gallix. Qui, la semaine dernière, a appris la décision de placement prise par une juge des enfants de la fillette, âgée de 7 ans, de l’une de ses clientes. Une enfant faisant l’objet d’une mesure d’assistance éducative (elle souffre de dysphasie, soit d’un trouble du langage).

La justice et l’aide sociale nourrissant à l’endroit de sa mère des manquements liés à cette mesure d’assistance. Il s’agirait de non-paiement de séances à l’orthophoniste et à la psychomotricienne suivant l’enfant.

Des documents à décharge “écartés par la juge”

Reste que cette décision-là laisse le pénaliste interdit. Et ce dernier de raconter : “Le 9 mai, la juge des enfants chargée du dossier avait ordonné une mesure d’investigation éducative vis-à-vis des déclarations faites, sur l’audience, par la mère. Et dont les résultats d’enquête devaient lui être communiqués d’ici au 9 novembre prochain. Sur le placement même, un sursis à statuer avait été prononcé et la magistrate avait convoqué les parties pour une nouvelle audience, fixée au 19 mai.”

Mais le 19 mai, l’Aide sociale à l’enfance (Ase) rend un rapport défavorable et préconise un placement de la fillette. Et ce, malgré les pièces apportées par le conseil de cette mère de famille. Soit des copies des formules de chèques adressés aux différents spécialistes, des attestations du médecin traitant de l’enfant, de la directrice de l’école où elle est scolarisée.

Des documents “écartés d’un revers de la main par la magistrate, qui a dit à ma cliente qu’elle avait menti”, poursuit Me Gallix. Le placement étant alors acté. Et confirmé par une décision reçue par l’auxiliaire, le 29 mai. Et dont l’avocat a fait appel dans la foulée (celui-ci sera examiné par les conseillers de la cour le… 6 octobre prochain).

“Aucun signe de mauvais traitement”

“La magistrate a confié l’enfant à l’Ase pour six mois et a accordé un droit de visite, une fois par semaine, à la mère dans un lieu indéterminé. C’est une décision de folie ! L’exécution de cette décision va créer un choc violent qui, pour l’enfant, sera irrécupérable ! Il n’y a aucun signe de maltraitance physique ou de mauvais traitement. La fillette est heureuse avec sa mère, à l’école… La maman a peut-être besoin d’un suivi socio-éducatif mais entre ça et un placement… !”, enchaîne, dépité, Marc Gallix.

Il ajoute : “C’est une enfant que l’on arrache à sa mère et il va en découler un grave traumatisme qui risque de durer toute la vie. C’est extrêmement violent. Cette décision, si elle est exécutée, aura de graves conséquences sur l’enfant et sur sa mère.”

Jeudi et selon nos informations, la fillette n’avait toujours pas été récupérée par l’Ase. Me Gallix n’ayant plus aucune nouvelle de sa cliente depuis mardi soir. Mais, toujours selon nos informations, on sait que la procédure de placement a été initiée et des recherches lancées.

► Jeudi 1er juin, nous avons contacté le Département, dont l’Ase est une émanation, pour recueillir l’avis de ces professionnels. Sans obtenir de réponse.

“Ce sera un drame”

“Ce placement, c’est idiot ! Je pense que c’est un règlement de compte plus qu’autre chose. Cette petite est très légèrement perturbée. Je la suis depuis trois, quatre ans. Mais en aucun cas elle est maltraitée ! Je crois que toute cette affaire est partie d’une mésentente avec les gens de l’Ase. Si on la retire à sa maman, ce sera un drame”, estime le docteur Jean-Noël Roy, le médecin traitant de la famille.

“Un placement, cela me semble un peu… Je ne suis pas sûre que cela soit très adapté. Mais cette maman a besoin d’aide”, estime, de son côté, la psychomotricienne qui suit la fillette. “Ce que nous avons observé, c’est que cette petite s’est bien intégrée. Elle travaille, est volontaire, heureuse. Je ne suis pas habitué à porter un regard sur d’éventuels manquements. Mais l’école n’est pas le lieu où appliquer une décision de justice mais de transmission des savoirs. Pas un endroit où s’appliquent des décisions dont nous ne sommes même pas informés. Cela peut traumatiser l’enfant, ses camarades et les enseignants”, estime la directrice de l’école internationale Antonia, où est scolarisée la petite.

Source: Midi Libre

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