Les réseaux pédocriminels n’existent pas | Round 38 | Réseau Telford

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Le réseau de prostitution d’enfants de Telford : un scandale couvert par la police et la justice pen
Un horrible réseau Britannique de prostitution de mineurs révélé : des centaines de jeunes filles violées, battues, vendues pour le sexe et certaines même tuées.

Les autorités n’ont pas agi pendant 40 ans – en dépit de nombreux signalements des travailleurs sociaux – au sujets de près de 1.000 filles abusées à Telford, certaines de 11 ans, ciblées par des gangs.

Le Sunday Mirror peut révéler que depuis 40 ans de jeunes filles vulnérables vivent l’enfer du viol à Telford.

Près de 1.000 enfants ont soufferts entre les mains sans pitiés de pervers et de tortionnaires depuis les années 1980 à Telford.

Des filles de 11 ans ont été éloignées de leurs familles pour être droguées battues et violées.

Une épidémie toujours en cours d’après les victimes.

En lien avec ce scandale, trois personnes ont été assassinées et deux autres sont mortes dans des accidents.

Malgré des affaires similaires à Rochdale et Rotherham, les autorités de Telford ont systématiquement échoué à mettre un terme à ce réseau de violeurs.

L’enquête de 18 mois du Mirror révèle des abus d’un niveau sans précédents.

Nous avons trouvé que :

  • Les travailleurs sociaux savaient pour les abus depuis les années 90 mais la police mis une décennie à ouvrir une enquête.
  • Des membres de la mairie ont vu les enfants trafiqués comme des « prostitués » mais pas comme des victimes d’après des fichiers jusqu’alors inédits.
  • Les autorités ont échoué à collecter des détails sur les violeurs asiatiques par peur d’accusations de « Racisme »
  • La police échoua 5 fois à lancer l’enquête sur un dossier récent, jusqu’à l’intervention d’un député.

L’une des victimes déclara que les policiers ont tenté de l’empêcher de trouver pourquoi ses bourreaux n’avaient pas été poursuivis, car ils craignaient qu’elle parle aux journalistes.

L’échelle du scandale découvert à Telford (170.000 habitants) en fait probablement le plus vieux et le plus brutal du genre.

À Rotherham, le nombre de victimes était de 1.500, mais c’est une communauté de 260.000 habitants.

La député de Telford Lucy Allan a demandé une enquête publique et a déclaré que nos découvertes étaient « extrêmement sérieuses et choquantes ».

 

Elle a dit :

« Il doit y avoir une enquête indépendante dès maintenant sur l’exploitation sexuelle des enfants à Telford afin que notre communauté puisse avoir une confiance absolue dans les autorités ».

L’avocat spécialiste des abus sur enfants Dino Novicelli, de Bolt Burdon Kemp, déclara :

« Ces enfants étaient traités comme des objets sexuels par des hommes qui leurs infligeaient des abus ignobles. »

« Les survivants méritent une enquête.

Ils ont besoin de savoir comment des abus se mettent en place pour si longtemps et pourquoi tant de bourreaux n’ont pas été amenés devant la justice. »

Nos enquêteurs ont parlés à 12 victimes, la plupart n’ont pas de connexion.

Elles accusent plus de 70 abuseurs et prétendent que de violents viols avaient encore lieu seulement quelques mois auparavant.

 

L’une d’elles, âgée de 14 ans, prostituée et violée après que son numéro de téléphone ait été vendu à des pédocriminels, raconte :

« J’avais la haine pour ce qui arrivait et mes violeurs me mettaient la chair de poule, mais ils ont dit que si je disais quoi que ce soit à qui que ce soit, ils iraient chercher ma petite sœur et diraient à ma mère que j’étais une prostituée. ».

« Nuit après nuit, j’étais forcée d’avoir des rapports sexuels avec de multiples hommes dans des fast-food dégoûtants et des maisons crasseuses. »

« Je devais aller prendre la pilule du lendemain à une clinique locale au moins deux fois par semaine mais personne n’a jamais posé de questions. »

« Je suis tombée enceinte deux fois et j’ai eu deux avortements.

Quelques heures après mon deuxième avortement j’ai été amenée par mes abuseurs pour être violée par plus d’hommes. »

« Le pire moment fut juste après mes 16 ans lorsque j’ai été droguée et violée par un groupe de 5 hommes. »

« Quelques jours après, le chef du gang est passé à ma maison et m’a dit qu’il la brûlerai si jamais je disais un mot de ce qui s’était passé. »

Des documents, qui seront donnés au ministère de l’intérieur, révèlent que les autorités savaient à propos de ces horreurs une décennie avant d’enquêter – et ils montrent comment ils ont tenté d’entraver notre enquête.

Nous avons présenté nos découvertes au professeur Liz Kelly, de l’unité d’étude des abus sur les femmes et les enfants à l’université de Londres.

Elle aida à estimer le nombre de victimes à partir des chiffres collectés par nos enquêteurs.

La professeur Kelly déclara :

« Nous agissons comme si nous ne savions pas à propos des réseaux de violeurs d’enfants.

Nous avons la fâcheuse capacité de choisir d’oublier. »

Sheila Taylor, du NWG Network, travailla sur l’enquête de Rotherham.

Elle dit que la véritable échelle de l’affaire Telford pourrait ne jamais être connue car beaucoup des victimes ne feraient pas le pas en avant.

Elle déclara :

« Il y a probablement toute une cohorte de jeunes gens non identifiés.

« Nous sommes bon pour identifier les filles blanches mais moins capable d’identifier les jeunes garçons, les jeunes venant de communautés ethniques, de communautés nomades, ou encore atteints de handicaps. »

Une opération de police baptisée Opération Chalice identifia plus de 100 victimes potentielles entre 2007 et 2009.

Les policiers ont dit qu’il pourrait y avoir près de 200 abuseurs – mais seulement neuf ont été incarcérés et l’affaire fut close.

Aujourd’hui notre enquête révèle que les autorités savaient pour cette épidémie d’abus plus d’une décennie avant Chalice.

Notre enquête – supportée par des documents obtenus sous le Freedom of Information Act – trouva deux prédateurs pédocriminels qui commencèrent à cibler des filles d’un foyer d’enfants local en 1981.

L’un des abuseurs gagnait des milliers d’euros par nuit pendant des années en trafiquant des fillettes à travers le pays à des centaines d’hommes, d’après l’une des victimes.

 

Dans une autre affaire, une ado de 14 ans était prostituée par un jeune asiatique de 18 ans, en 1985.

Après qu’elle est eu un bébé de lui, il l’aurait passé à des amis pour des rapports sexuels et pour qu’ils la violent.

La fille, de maintenant 47 ans, dit avoir rapporté son viol à la municipalité et à l’école mais ne croit pas qu’il y ait eu de suite.

Elle dit que son médecin lui avait dit qu’elle était mentalement malade et devait prendre un traitement.

La grande majorité des cibles étaient de jeunes filles blanches, mais des adolescentes de la communauté asiatique étaient également victimes.

Un rapport commissionné par la localité municipale Telford et Wrekin admettait :

« Depuis la fin des années 1990, les professionnels ont des inquiétudes quant à la nature de certaines affaires d’abus sur mineurs qui leur furent présentées. »

Mais il met en cause « la compréhension et la formation du moment » et « les procédures existantes ».

Deux enquêtes distinctes furent lancées en même temps que l’Opération Chalice, après que deux victimes aient nommé une douzaine d’agresseurs supplémentaires.

L’une de ces victimes – prostituée à 13 ans, vendue pour le sexe et violée en réunion – a dit qu’elle s’était retirée de l’enquête car elle ne se sentait « pas émotionnellement soutenue » par la police.

Lucy Lowe est morte à 16 ans, retrouvée dans une maison incendiée à Telford.

Une autre victime déclara que les officiers l’ont découragé de poursuivre sa plainte après qu’elle leur ait dit qu’elle parlait avec le Mirror.

Une mère et quatre filles ont péri dans des tragédies connectées aux abus.

Lucy Lowe, 16 ans, a été tuée en 2000 aux cotés de sa mère et de ses sœurs après que son violeur de 26 ans, Azhar Ali Mehmood, incendia leur maison.

Cabbie Mehmood cibla Lucy en 1997 et elle avait tout juste 14 ans lorsqu’elle donna naissance à sa fille.

Il fut emprisonné pour le meurtre de Lucy, sa mère Eileen et sa sœur Sarah, âgée de 17 ans.

Mais il ne fut jamais arrêté ou inquiété pour aucun crimes sexuelles sur mineur concernant sa relation illégale avec l’écolière.

La mort de Lucy fut utilisée comme avertissement pour d’autres filles, d’après des victimes.

L’une d’elles, droguée et violée en réunion par neuf hommes deux ans plus tard, a dit que les menaces l’ont amené à tenter de se suicider.

Elle a dit :

« J’avais peur que ma famille meurt comme celle de Lucy.

J’ai pensé qu’ils ne pourraient être en sécurité que si je me suicide. »

En 2002, Becky Watson, 13 ans, meurt dans un accident de voiture qui fut à l’époque déclaré comme une «farce».

L’enquête du Mirror découvrit qu’elle a subi deux ans d’abus par un gang de proxénètes Asiatiques qui commença lorsqu’elle avait tout juste 11 ans.

D’effroyables agendas obtenus par le Mirror révèlent sa tourmente à être utilisée pour « tourner ».

Sa mère, Torron Watson, a dit qu’elle alerta fréquemment la police que Becky était abusée – elle donna même une liste de suspects.

Elle raconta au Sunday Mirror :

« Les filles comme Becky étaient traitées comme des criminelles.

Je pleurai à l’aide mais c’est comme si il n’y avait nulle part où aller.

Si les viols sur Becky avaient été correctement instruits par les autorités, plus de filles auraient pu être sauvées de cet enfer. »

Vicky Round, une amie de Becky, était violée par le même gang qui l’a maintenait sous crack et cocaïne à l’âge de 12 ans et sous héroïne dès 14 ans.

Elle mourut âgée de 20 ans d’un accident lié aux drogues.

Sa sœur Emma nous raconta :

« Je n’ai aucun doutes que Vicky serait encore là si elle n’avait pas été si sévèrement abusée – pourtant, ceux qui ont fait de sa vie un enfer marchent encore dans les rues. »

Chronologie :

Début des années 80 : Des filles vulnérables de Telford sont ciblées par des groupes principalement composés d’hommes asiatiques.

1996 : Une résidente concernée déclare qu’elle a donné des informations sur les activités d’un pédocriminel clé qui vend des filles mineures pour le sexe.

Fin des années 90 : des documents révèlent que les travailleurs sociaux savent mais font peu pour aider.

2000 : Lucy Lowe, 16 ans, est assassinée aux côtés de sa mère et ses sœurs lors d’un incendie criminel provoqué par le violeur Azhar Ali Mehmood, qui l’avait mise enceinte à 14 ans.

2002 : La victime de viols Becky Watson, 13 ans, est tuée dans un accident de la route déclaré en tant que « farce ».

2009 : L’amie de Becky appelée Vicky Round meurt d’un accident lié aux drogues après avoir enduré neuf années d’enfer sexuel aux mains d’un réseau de pédocriminels.

2010-2012 : Une enquête de police baptisée Opération Chalice identifient 200 abuseurs potentiels mais seulement neuf seront incarcérés. Deux autres enquêtes s’effondrent.

Août 2016 : Le Sunday Mirror rapporte que le problème continu à l’extérieur de discothèques pour mineurs en ville mais les plaintes de pasteurs de rues bénévoles ne sont pas enregistrées correctement.

Septembre 2016 : La députée Lucy Allan demanda une enquête publique mais la police et des officiels de la municipalité de Telford écrivirent au ministre de l’intérieur Amber Rudd lui disant que ce n’était pas nécessaire.

Mars 2018 : Le Sunday Mirror révèle qu’il pourrait y avoir près de 1000 victimes de ce scandale et cinq décès liés aux abus.

Réponse : Ces crimes horribles sont la priorité d’après la police et la municipalité :

La Police et les autorités locales disaient hier (NdT : 11/03/18) que tout rapport d’exploitation sexuelle d’enfant était pris « extrêmement au sérieux »

Martin Evans, Assistant Chef Gendarme pour la Police de West Mercia, déclara :

« Nous sommes au fait des informations que vous avez fourni. »

« S’attaquer a des crimes si horribles est la priorité numéro une de la police de Telford et nous n’avons pas seulement augmenté notre nombre d’officiers pour attaquer ce type de crimes, mais nous usons également de toutes les ressources et technologies à notre disposition pour amener en justice quiconque aurait commis un crime sur enfants, que ce crime ait eu lieu aujourd’hui, hier ou des décennies plus tôt.

« L’Opération Chalice en 2013 fut l’une des première investigation nationale critique et complexe sur la prostitution.

Centrée sur des crimes historiques à Telford et Wrekin et qui résulta finalement à l’emprisonnement de sept hommes pour un total de 49 ans.

« Au cours des années suivantes nous nous sommes constamment concentrés sur ce domaine, tout en travaillant au plus proche de notre communauté pour assurer l’anonymat des signalements.

L’année dernière des officiels du Ministère de L’Intérieur ont salué l’engagement du personnel travaillant à la protection des mineurs en danger d’exploitation sexuelle. »

Un porte parole de la municipalité de Telford & Wrekin déclara hier (NdT : 11/03/18) :

« L’exploitation sexuelle des enfants est un crime vile et infernal.

C’est un problème à travers le Royaume-Uni et ça l’est depuis longtemps. »

« Telford sera couverte par un passage en revue national concernant l’exploitation sexuelle des enfants.

Nous nous en félicitons.

Toutes les agences continuent de travailler étroitement ensemble et cela demeure notre principale priorité.

« Notre approche actuelle de l’exploitation sexuelle des enfants est très différente d’il y a 10-20 ans.

Nous avons appris bien des leçons et sommes constamment à l’affût de signes d’exploitation sexuelle afin de pouvoir donner l’information à la police et amené ces criminels démoniaques en justice.

Et effectivement, plusieurs affaires passent actuellement en procès. »

Une inspection de l’OFSTED (Ndt : « Office for Standards in Education » un bureau rattaché au parlement britannique) dans les services de l’aide à l’enfance de Telford en 2016 dit :

« Le travail avec les enfants et jeunes gens en danger d’exploitation sexuelle est très important…

Le travail pour protéger les enfants qui disparaissent des maisons et foyers est approfondi et s’améliore. »

Traduit de l’anglais par Wanted Pedo
Source : Daily Mirror

Telford : le scandale des fillettes violées qui bouleverse l’Angleterre

Tasnim, la fille que Lucy Lowe a eue avec son bourreau, montre une photo de sa mère.

Pour l’Angleterre, le visage de cette dernière est devenu celui de toutes les jeunes filles vulnérables qui auraient été régulièrement violées à Telford.

Nous sommes allés dans cette ville ouvrière du centre de l’Angleterre où un millier de jeunes filles auraient été agressées, violées et exploitées pendant quarante ans.

Un scandale d’abus sexuels d’une ampleur sans précédent.

De quelque côté que l’on se tourne, on ne voit qu’elles.

Encadrées au mur, entassées sur le manteau de la cheminée, une commode en bois et un bahut fatigué, les photos défraîchies dévoilent trois visages radieux dont les sourires sont autant de banderilles au cœur : images d’un bonheur révolu, anéanti par les flammes une nuit d’août 2000.

Debout au milieu de ce salon devenu mausolée, se tient un homme brisé.

George Lowe, 73 ans, n’a plus les mots, ou si peu, pour évoquer cet incendie criminel qui a tué sa femme et ses deux filles, et auquel il ne s’est jamais pardonné d’avoir survécu.

« Ce jour-là, je ne savais même pas qu’elle était à nouveau enceinte… »,

souffle l’homme au visage raviné, regard triste tourné vers le portrait de sa cadette, une vieille photo d’école sur laquelle Lucy, bouille enfantine sur fond bleu azur, apparaît insouciante.

Dix-huit ans après le drame, le cliché fait la une des médias nationaux depuis les révélations du « Sunday Mirror ».

Pour l’Angleterre, le visage de Lucy est devenu celui de ces jeunes filles vulnérables qui auraient été régulièrement violées, vendues, battues et menacées à Telford, cité prospère du centre du pays.

Au terme de son enquête, le tabloïd estime que jusqu’à 1 000 d’entre elles, parfois dès l’âge de 11 ans, auraient été abusées sur près de 40 ans par des gangs indo-pakistanais.

Et suggère que Lucy a pu être tuée en représailles, sa mort utilisée pour faire un exemple.

 

Le phénomène du «grooming»

De quoi repousser, encore un peu plus les limites du malheur pour la famille Lowe.

« George s’en est toujours voulu de ne pas avoir pu les sauver cette nuit-là », nous raconte sa sœur, Edna Jackson.

Dans sa cuisine proprette où elle reçoit autour d’une tasse de thé, la retraitée comble les vides de ce récit dramatique.

« Quand il a voulu entrer dans leurs chambres, il y avait déjà trop de fumée.

Toutes les nuits, il revit la scène.

Et maintenant, de savoir que sa petite a sans doute vécu toutes ces horreurs… »

Edna suspend sa phrase, bouleversée à cette idée.

La tante de Lucy aussi les a lus, ces témoignages parus dans la presse et qui tous, à des époques différentes et selon un schéma identique, racontent la vile exploitation de gamines à peine pubères.

« J’avais 12 ans lorsqu’un homme d’origine pakistanaise m’a repérée dans la rue, a témoigné l’une d’elles.

Ça n’allait pas du tout à la maison, et, au départ, il était charmant.

Mais, très vite, il m’a violée.

Puis il m’a livrée à ses amis.

A 13 ans, je suis tombée enceinte et le père aurait pu être n’importe lequel de ces vingt hommes »,

assène cette jeune femme sous le sceau de l’anonymat, analysant avec le recul la parfaite mise sous emprise de son agresseur, qu’elle pensait alors être son petit ami – un processus de conditionnement que les Anglais nomment le « grooming ».

« Personne, ni mes professeurs, ni les services sociaux, ne m’ont jamais posé de questions, poursuit-elle.

Je pensais que ce qui se passait était normal.

Comme si subir des viols collectifs était un passage obligé pour les adolescentes de Telford. »

Menaces de mort

Une autre, dans un récit qui donne la nausée, raconte comment, « nuit après nuit », elle était contrainte à des relations sexuelles « dans des fast-foods crasseux et des appartements dégoûtants », entraînant plusieurs avortements.

« Une fois, décrit-elle, j’ai dû coucher avec neuf hommes à la suite.

Ils faisaient la queue dans l’escalier.

J’allais deux fois par semaine au planning familial chercher la pilule du lendemain sans que cela n’alerte personne. »

Pour la réduire au silence, le « chef » du gang usait d’un levier commun à toutes ces affaires : la peur.

« Il me disait que si je parlais, il brûlerait ma maison. »

Comme Lucy, morte à 16 ans des mains de celui que toute sa famille pensait être son petit ami.

Les motivations d’Azhar Ali Mehmood, condamné à la perpétuité pour l’incendie qui a ôté la vie à Lucy, Sarah et Eileen Lowe ce 5 août 2000, étaient jusqu’ici mystérieuses.

« Il a toujours nié, précise Edna.

On pensait que cela avait à voir avec la garde de Tasnim »,

la fillette de quinze mois dont Lucy avait accouché à l’âge de 14 ans, et préalablement sauvée des flammes : au petit matin, le bébé avait été retrouvé dans une couverture, posé au pied d’un arbre.

Lucy n’aurait en fait été rien d’autre qu’une proie pour Azhar Ali Mehmood, d’après une jeune femme victime du même homme, à la même époque.

Celle-ci, une semaine après le tragique incendie, avait porté plainte et raconté comment Ali Mehmood la transportait dans son taxi, elle et d’autres esclaves sexuelles dont Lucy.

L’enquête, lancée seulement dix ans plus tard et sans que les Lowe n’en soient informés, avait abouti à un classement sans suite : le témoin, menacé de mort, s’était rétracté.

Elle vit toujours sous protection.

 

Des enquêtes étouffées ?

« Ça me désespère…

Pourquoi Lucy n’a-t-elle jamais rien dit ? »,

se torture George, qui n’avait rien détecté, à l’époque, des tourments de sa fille.

Lucy, si sage et réservée, s’était certes mise à sécher les cours et à fuguer.

« Personne ne parlait encore du « grooming », reprend Edna.

On avait mis cela sur le compte de la crise d’adolescence… »

Désormais, les Lowe demandent des comptes.

Ils ne sont pas les seuls.

Les autorités locales sont suspectées d’avoir eu connaissance d’abus sexuels dès les années 1980 et d’avoir fermé les yeux, notamment sur ce que la presse a appelé la « maison du viol », dont le propriétaire est mort sans avoir jamais été inquiété, dans les années 1990.

La police aurait dissuadé des jeunes filles de porter plainte, ignoré les alertes de témoins voire étouffé certaines voix critiques dans ses rangs.

 

L’opération Chalice, un tournant pour Telford ?

« Je voyais les allées et venues, j’entendais des cris provenant de l’appartement voisin.

La police a mis quatorze mois avant de se déplacer »,

nous confie David Duce à l’issue d’un conseil municipal extraordinaire, convoqué sous la pression publique le 29 mars dans un hôtel sans âme du centre-ville de Telford.

Ce retraité fait référence à l’opération Chalice, une vaste enquête ayant conduit en 2010 à l’arrestation de neuf hommes impliqués dans un réseau de proxénétisme qui aurait fait pas moins de 100 victimes dans la région.

Un succès dont s’enorgueillissent encore la police locale et le président du conseil municipal, Shaun Davies, à longueur d’interviews.

« Cette enquête a constitué un tournant pour Telford et pour le pays dans la façon d’appréhender ce phénomène », veut croire l’élu, qui, s’il concède une forme de naïveté dans le passé nous assure que dans sa ville « les pratiques ont changé ».

Au grand dam de l’opposition conservatrice, qui réclame une grande enquête indépendante comme celle menée à Rotherham.

En 2014, elle avait fait de cette cité en déclin industriel à l’est de Manchester la honte du pays, en révélant 1 400 cas d’abus sciemment ignorés par incompétence, incurie, corruption et peur de réveiller les tensions raciales.

 

Des victimes récentes

De l’autre côté de la 4 x 4 voies qui traverse la ville de Telford, agrégat de petites localités rurales accolées à un centre-ville moderne, peu s’aventurent à commenter l’affaire.

« Nous déplorons ces agissements, mais ils sont le fait d’une minorité.

Et les victimes sont de toutes origines, y compris la nôtre »,

insiste Nazakat Khan, père de famille de 36 ans dont le garage automobile fait face à la mosquée.

A son image, la petite communauté indo-pakistanaise installée dans ces quelques rues typiquement british du quartier de Wellington dénonce la stigmatisation, mais avec méfiance.

Ici, on se souvient des vitres brisées et des commerces ciblés par des activistes d’extrême droite dans le sillage de l’opération Chalice.

Au pied du centre commercial de Telford, prisé des ados après l’école, le sujet est loin en revanche d’être tabou.

C’est même une réalité.

« J’ai une amie à qui c’est arrivé, révèle Megan, 15 ans, lèvres rouge vif, créoles aux oreilles et portable dernier cri.

Elle n’est allée porter plainte que parce qu’elles étaient six victimes.

Seule, elle craignait de ne pas être crue ».

« Les profs sont censés nous sensibiliser au « grooming », mais c’est évacué en trente minutes au milieu d’un cours sur la drogue et les MST »,

regrette quant à elle Caitlin, 18 ans, à tel point que la prévention est finalement assurée par les élèves eux-mêmes.

Un livre témoignage, celui d’Holly Archer – pseudonyme d’une victime de l’opération Chalice – passe de main en main dans son école depuis des années.

La jeune fille y raconte elle aussi avoir été menacée de « finir comme Lucy Lowe ».

 

Ne pas céder à la peur

Une méthode d’intimidation qui a brutalement resurgi dans la vie de George Lowe, à la faveur de ses interventions critiques dans la presse.

La police a reçu plusieurs appels anonymes concernant l’ancien ouvrier, qui ne se déplace plus sans un boîtier d’appel d’urgence, et dont la maison a été dotée d’une alarme.

Edna, elle aussi sous surveillance, refuse pourtant de céder à la peur.

« Si personne ne prend la parole contre ces sauvages, s’emporte-t-elle, ça va continuer ! ».

Son inquiétude comme son admiration vont plutôt à sa petite-nièce : Tasnim, le bébé de Lucy, est aujourd’hui une jeune femme épanouie de 18 ans qui réclame justice et une véritable enquête sur les agissements de son père :

« Ma mère n’a jamais pu s’exprimer, a-t-elle courageusement témoigné à la BBC.

Le moins que je puisse faire, aujourd’hui, c’est de porter sa voix. »

Source : Le Parisien

 

Abus sexuels sur mineures : à Telford,

«la police savait et n’a rien fait»

L’avocat David Greenwood défend deux jeunes filles qui se plaignent d’avoir été victimes d’abus sexuels à Telford.

David Greenwood, avocat spécialiste des questions d’abus sexuels sur mineurs, défend deux adolescentes de Telford.

La ville anglaise est secouée par un scandale qui s’est étiré sur plusieurs décennies.

Dans la ville de Telford, en Angleterre, un millier de jeunes filles auraient été agressées, violées et exploitées, pendant quarante ans.

Un scandale d’abus sexuels sur mineures que le « Sunday Mirror » considère comme le « pire jamais dévoilé ».

 

Êtes-vous surpris par les révélations du « Sunday Mirror » montrant qu’à Telford, de très jeunes filles ont été sexuellement exploitées par des gangs ?

Non. Ce phénomène, dont on peut dater l’apparition au début des années 1990, est très largement répandu dans les villes, grandes et petites, de notre pays.

On l’a constaté notamment à Oxford, Rochdale, Rotherham

Les scandales se répètent mais c’est un problème plus global, auquel la police a encore du mal à répondre correctement.

 

A Telford, ses responsables affirment pourtant qu’aucun cas récent n’a été répertorié et que les pratiques ont changé…

Je représente pourtant deux très jeunes filles de Telford qui se sont tournées vers moi il y a quelques mois, après avoir été victimes d’abus perpétrés par des gangs pratiquant le « grooming », mode opératoire commun à toutes ces affaires.

Ces deux amies ont été ciblées parce qu’elles vivaient en foyer, par des hommes qui habitaient juste en face…

Sans dévoiler les détails de cette affaire, nous pouvons affirmer que la police savait ce qu’il se passait, et qu’elle n’a pas agi.

 

Comptez-vous, comme à Rotherham, poursuivre la police et les services sociaux pour leur inaction ?

Tout à fait. Ces deux institutions sont censées garantir le bien-être de ces enfants et les protéger.

Or elles ont fermé les yeux pendant des années : à Rotherham, sur les 75 jeunes filles que nous représentons, huit ont d’ores et déjà obtenu réparation pour 100 000 livres en moyenne (NDLR : environ 115 000 €).

La police et la mairie (NDLR : dont dépendent les services sociaux) ont préféré passer des accords financiers plutôt que de risquer de perdre au tribunal.

 

Comment expliquer une telle inertie ?

Nous n’avons pas encore toutes les réponses à cette question…

Il faut rappeler que la pédophilie, en général, n’est pas le fait d’une communauté en particulier, de même que les victimes, y compris des garçons, peuvent être d’origines ethniques diverses.

Quand ils se déroulent dans la sphère familiale, ces faits sont plutôt bien traités par la police.

Mais c’est sur ce phénomène que j’appelle « l’exploitation de rue », des jeunes filles visées par des gangs, qu’il y a encore un problème de traitement.

 

On évoque souvent des préoccupations électoralistes, les autorités locales craignant d’être accusées de racisme…

A Rotherham, il faudra sans doute attendre les conclusions de l’enquête de la National Crime Agency (NDLR : Agence nationale du crime, l’équivalent du FBI américain), dans trois ou quatre ans, pour étayer les soupçons de corruption dans la police.

En tout cas, lors d’un procès, des accusés ont clairement évoqué des pots-de-vin versés à un agent.

Mais pour moi, le vrai problème est surtout culturel : la police s’est toujours plus intéressée à ce qu’elle considérait comme de « vrais » problèmes – la violence, les cambriolages – sans considérer ces enfants, souvent des fugueuses, comme des victimes.

Les services sociaux semblent avoir évolué sur le sujet.

Mais on ne pourra endiguer ce phénomène qu’à condition que la police accepte de mener ces enquêtes, par essence, ardues.

C’est un travail de très longue haleine.

Source : Le Parisien

Le chef du gang a été libéré après seulement 8 ans de prison.

 

Vidéo cliquez ici.

 

Ces réseaux existaient dans de nombreuses villes au Royaume-Uni avec chaque fois les mêmes schémas d’impunité et les viols à échelle industrielle de mineures.

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