France | Un oubli de la justice permet à un pédocriminel de retrouver la liberté

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La justice de notre pays ne fonctionne vraiment pas
Condamné à dix-huit ans de réclusion pour des viols incestueux d’une rare gravité il se présentera libre à son procès en appel devant la cour d’assises d’Ille-et-Vilaine. La faute un oubli du parquet général de Rennes de demander la prolongation de sa détention provisoire.

Il ne s’est pas évadé.

Il n’a pas bénéficié d’une décision de clémence.

Il a simplement été oublié.

Pendant la période des fêtes de fin d’année, un père de famille condamné pour des viols sur l’un de ses fils, a quitté la prison par la grande porte.

Parce que le parquet général de Rennes a « omis de saisir la chambre de l’instruction d’une requête en prolongation exceptionnelle de détention provisoire de l’intéressé », admet Ronan Le Clerc, son secrétaire général, confirmant une information de Mediapart.

Cet homme est pourtant un multirécidiviste, décrit par les magistrats et les enquêteurs comme profondément ancré dans les réseaux pédocriminels du darkweb.

Cet oubli administratif va permettre à cet informaticien de 39 ans, installé dans le nord de Nantes, de se présenter libre à son procès en appel, programmé du 21 au 23 janvier 2026 à Rennes.

« En espérant qu’il sera là », grince Me Mathias Darmon, avocat de l’association Innocence en danger, constituée partie civile.

Dès la remise en liberté, des mesures ont été « requises immédiatement par le parquet de Nantes pour en limiter les effets, et le juge des libertés et de la détention de Nantes a ordonné un strict contrôle judiciaire en ce sens ».

« Un manque de considération »

Connu depuis plusieurs années sous différents pseudonymes, membres de plusieurs réseaux d’échange d’image à caractère pédocriminel, cet homme avait commis une erreur en laissant des coordonnées GPS dans une image de sa production personnelle.

Les services états-uniens avaient transmis l’information à Europol et aux enquêteurs de l’Office mineurs qui ont fini par l’identifier et le localiser.

En décembre 2024, il a été condamné à dix-huit ans de réclusion criminelle par la cour d’assises de Loire-Atlantique.

« Le voir libre à son procès, ça change les contours du dossier, craint Me Darmon.

En tant que partie civile, nous prenons cette erreur comme un manque de considération car nous sommes face à quelqu’un de réellement dangereux.

C’est vexant et blessant. Une vraie aberration ! »

Contactée, Me Stéphanie Recasens, l’avocate nantaise de l’accusé, n’a pas souhaité faire de commentaire.

« Un dysfonctionnement pris en compte »

Thierry Pocquet du Haut-Jussé, procureur général de Rennes, a donné mission à un magistrat « d’analyser les causes de cette omission et de proposer rapidement toute mesure visant à en éviter le renouvellement ».

Mais ce « dysfonctionnement, pleinement pris en compte, doit être mis en perspective avec l’accroissement très important de la charge pesant sur les juridictions criminelles et leur ministère public, notamment à l’égard de ces prolongations de détention provisoire à titre exceptionnel qui, naguère très rares, ont augmenté de manière considérable avec l’allongement des délais d’audiencement ».

En 2025, les magistrats de la chambre de l’instruction ont traité 1 879 nouvelles affaires, rendu 1 431 arrêts et 370 ordonnances.

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