France | Inceste : Séverine Durand contrainte de confier son enfant à son père

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En France 1% des personnes poursuivies pour inceste sont condamnées par la justice
Les députés ont voté mercredi 28 janvier la création d’une commission d’enquête sur le traitement judiciaire de l’inceste et la situation des parents protecteurs, en particulier des mères, qui sont plusieurs centaines à se battre face à la justice pour obtenir la protection de leur enfant.

Le témoignage poignant de Séverine Durand, obligée par les juges à confier son enfant à son père, pourtant soupçonné d’inceste.

“En 2025, en France, protéger son enfant d’un danger avéré est un crime”, fustige Séverine Durand, la mère d’une victime présumée

Du jour au lendemain, l’univers de Séverine Durand a volé en éclats.

Une vie de famille heureuse, pleine de projets. Mais au fil du temps, elle s’inquiète du comportement de son mari avec leur nourrisson de quatre mois, et commence à avoir de graves soupçons (Nouvelle fenêtre).

“Ça a été une succession de choses que je remarquais qu’il n’allait pas. Il voulait constamment lui changer les couches, au point où on se disputait à cause de ça, parce qu’il en devenait même presque agressif”, raconte-t-elle.

Jusqu’au jour où, dans le téléphone de son mari, elle dit découvrir l’inimaginable :

“Les photos de mon bébé qu’il envoyait sur des groupes entre deux vidéos pornographiques à d’autres hommes.

Je lui avais carrément posé la question : est-ce que tu agresses notre fille sexuellement ?

Et il me dit non.

C’est tellement dur d’accepter la réalité, parce que la réalité elle est immonde. Et donc je pense qu’on a besoin aussi de le voir pour le croire, et c’est tout le problème de l’inceste.”

Les analyses scientifiques ont révélé la présence de l’ADN de la fillette sur deux sextoys (…)

Le 15 avril 2022, Séverine place deux caméras espions dans leur chambre. Elle laisse seul son mari avec leur fille alors âgée de six mois. Sur des images que l’équipe de France Télévisions a visionnées, on voit le père, son bébé dans les bras, se saisir de plusieurs sextoys, sortir du champ des caméras, puis revenir.

“On bascule dans l’horreur. Moi à ce moment-là, c’est mon mari, je l’aime. Que ce soit cet homme, c’est-à-dire son père, qui était censé la protéger en fait, qu’il lui fasse vivre cette horreur-là ?”

, interroge Séverine.

Séverine Durand appelle les gendarmes qui interviennent à leur domicile, saisissent les sextoys et placent l’homme en garde à vue. Elle dépose plainte pour viol incestueux aggravé. Le couple ne vivra plus jamais sous le même toit.

L’examen médico-légal du bébé n’exclut pas l’hypothèse d’une agression sexuelle, et les analyses scientifiques révèlent la présence de l’ADN de la fillette sur deux sextoys. Pourtant, en octobre 2022, l’affaire est classée sans suite.

“En 2025, en France, protéger son enfant d’un danger avéré est un crime”

Pour l’avocat de Séverine Durand, maître Bernard Boulloud, qui a depuis relancé la justice et l’enquête en se constituant partie civile, c’est une aberration. “D’un côté, on place sans suite. D’un autre côté, le parquet a dit qu’effectivement, il y avait des éléments graves et concordants qui laissaient penser que l’infraction avait pu être commise. Allez comprendre“, lance-t-il.

Un choc pour la mère de famille, d’autant que son mari a entre-temps obtenu d’un juge aux affaires familiales un droit de visite en présence d’un tiers. “Dans ce genre d’affaires, on nous dit tout le temps qu’il n’y a pas de preuves, c’est parole contre parole. Et puis quand on a des indices graves et concordants, on classe quand même, et on détruit les scellés de preuves ? Il est hors de question que cet homme, dont je n’ai aucun doute sur ce qu’il a fait à ma fille, puisse recommencer. Donc je vais me mettre hors la loi. Je ne vais pas suivre les jugements et je vais refuser de lui laisser ma fille. Et donc là, tout va se retourner contre moi”, déplore la mère de Séverine.

En février 2025, Séverine Durand est en effet assignée par son mari en justice pour non-présentation d’enfants. Le tribunal correctionnel la déclare alors coupable. Elle a fait appel de la décision. “Le message qu’envoie la justice aux femmes comme moi est terrible, mais limpide. En 2025, en France, protéger son enfant d’un danger avéré est un crime”, commente-t-elle.

Chaque année en France, seules 1% des personnes poursuivies pour inceste sont condamnées par la justice

Par la voix de son avocat, le père réfute toutes les accusations portées à son encontre, estimant que ce serait le produit d’une fragilité psychique de la mère et qu’aucun élément objectif de la procédure ne les corroborerait, que ce soient les constatations médicales, les vidéos ou les messages.

En juillet 2025, le père a été mis en examen, placé sous contrôle judiciaire avec interdiction d’entrer en contact avec leur fillette, aujourd’hui âgée de quatre ans. Il a fait appel, est présumé innocent, et l’instruction est toujours en cours. Chaque année en France, seules 1% des personnes poursuivies pour inceste sont condamnées par la justice.

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