France | Les établissements du réseau catholique des Lasalliens pointés du doigt
- La Prison avec sursis... C'est quoi ?
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- 13/02/2026
- 16:59
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C’est une nouvelle affaire de violences dans l’enseignement catholique privé, qui vient s’ajouter à la longue liste des scandales de l’institution.
Une vingtaine d’anciens élèves d’établissements du réseau catholique des Lasalliens, réunis en collectif, dénoncent des «viols, des coups, des humiliations…» commis entre 1955 et 1985 et pour la plupart prescrits.
Dans un communiqué publié le dimanche 1er février, les anciens élèves, essentiellement âgés de 50 à 70 ans, accusent «un projet éducatif dévoyé, fondé sur un usage systématique» de la violence.
Les écoles Lasalliennes appartiennent à la congrégation des Frères des écoles chrétiennes, qui gère aujourd’hui 150 établissements privés sous contrat en France.
Par l’intermédiaire de son avocat, Me Matthias Pujos, l’organisation a assuré prendre ces signalements «très au sérieux» et explique avoir déjà indemnisé 70 personnes, pour 72 signalements reçus.
«Consciente […] de la responsabilité qui lui incombe», la congrégation a mis en place depuis 2014 une cellule d’écoute, chargée de recueillir des signalements, «d’accompagner» les victimes et de «mettre en œuvre des démarches de reconnaissance et de réparation», écrit Me Pujos dans un communiqué paru dimanche 1er février.
Les écoles concernées se situaient notamment à Quimper, Rouen, Mende, Langogne (Lozère), Rueil-Malmaison, Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), Grenoble, Igny (Essonne), Nantes ou Paris, a détaillé Philippe Auzenet, membre fondateur du collectif d’anciens de 73 ans. Certaines n’appartiennent plus aux Frères.
«J’avais une amnésie traumatique»
A l’école Lasallienne de Rouen :
«Entre 7 et 9 ans, j’ai été menacé de mort, violenté, ligoté, on me pendait par les pieds, ils avaient des couteaux de boucher et menaçaient de m’arracher les yeux. Cela a bousillé ma vie»
, témoigne Philippe Auzenet.
«J’avais une amnésie traumatique, et tout est remonté»
, au moment de l’affaire Bétharram, rapporte-t-il.
Philippe B., 62 ans, se dit, lui, victime «de violences et d’attouchements» entre 1969 et 1978 par des frères et enseignants laïcs, à Saint-Augustin, établissement de Saint-Germain-en-Laye (Yvelines).
«C’étaient des gifles, coups de poing, de pied», certains enfants «se faisaient rouer de coups par des frères, devant toute la classe, sur l’estrade», étaient «accrochés sur les portemanteaux» ou placés «dans des poubelles», décrit-il.
Au moment de la confession, le prêtre pouvait «questionner sur les pensées impures», demandant par exemple «est-ce que tu penses à jouer avec le sexe de tes copains ?» et avoir des gestes déplacés, témoigne-t-il.
«Les conditions idéales pour des prédateurs sexuels»
Dans son communiqué, le collectif d’anciens élèves reproche notamment à la congrégation d’avoir longtemps permis l’impunité des auteurs, en les «déplaçant simplement» d’un établissement à l’autre.
«En imposant une obéissance absolue, l’institution a créé les conditions idéales pour des prédateurs sexuels», accuse le collectif. Il réclame aujourd’hui que la congrégation reconnaisse «sa responsabilité» dans des violences qu’il juge «systémiques», qu’elle crée un fond de réparation doté de 100 millions d’euros, ouvre ses archives et lance un appel à témoignages.
A ce jour, les indemnités financières versées par la congrégation des Frères des écoles chrétiennes s’élèvent à «un montant total de 2 434 882 euros», conformément aux recommandations de la Commission reconnaissance et réparation (CRR) mise en place par l’Eglise, appuie Me Pujos.
Trois signalements en justice
Depuis 2022, la congrégation a également effectué «trois signalements en justice, dont le dernier date du 15 décembre 2025, auprès des procureurs de Besançon, Evry-Courcouronnes et Reims», comme elle le fait «systématiquement» lorsqu’un religieux de la congrégation mis en cause est encore vivant, assure l’institution.
Elle regrette toutefois n’avoir pu effectuer à ce jour de «recensement complet» des signalements réalisés à l’égard d’enseignants laïcs du réseau Lasallien car ceux-ci sont directement effectués par les établissements.
«Chaque situation» portée à la connaissance de l’institution «fait l’objet d’une attention rigoureuse, dans un souci constant d’écoute, de discernement et de responsabilité», écrit Me Pujos.
«La congrégation regrette» que l’un des représentants du collectif, «à qui un rendez-vous avait été proposé, ait finalement annulé cette rencontre» : elle «demeure toutefois pleinement ouverte» au dialogue, ajoute l’avocat de la congrégation.
Huit jours après le lancement d’un appel national à témoignage, le collectif de victimes au sein des écoles catholiques lassaliennes recense 40 établissements où des faits de violence ont été identifiés, selon un communiqué transmis à Radio France. Il y en a quatre en Bretagne.
“Le nombre d’établissements identifiés est passé de 18 à 40“, écrit le collectif. Cette progression “vient corroborer le constat d’une défaillance systémique, ayant marqué l’institution.” Les faits recensés “interviennent depuis les années 1950 à nos jours“, précise le collectif, qui s’appuie sur les nombreux témoignages de victimes reçus ces derniers jours et sur des informations parues dans la presse.
Les témoignages recueillis décrivent “un climat de terreur et de violence“, des violences physiques, psychologiques et sexuelles. “Le silence des responsables de l’époque a laissé prospérer” ces actes pour protéger l’institution plutôt que les enfants, dénonce le collectif.
Quatre lycées en Bretagne
Le collectif dénonce la stratégie d’indemnisation de la congrégation, particulièrement les “clauses de silence“, des clauses de confidentialité signées que le collectif aimerait voir levées. Il demande également que la congrégation reconnaisse sa responsabilité et appelle l’état à déclencher des inspections “dans tous les établissements lassaliens de France“.
Dans la liste de 40 établissements, quatre figurent en Bretagne, dans le Finistère. Il s’agit du Likes et Saint-Corentin La Salle à Quimper, Jean-Baptiste de La Salle de Plouguerneau et Saint-Antoine La Salle de Lannilis.
En mars 2025, un collectif d’anciens élèves du lycée Saint-Pierre du Relecq-Kerhuon, dans le Finistère, dénonçait des violences physiques de la part des enseignants de ce collège privé dans les années 1960-1970.
“Le frère nous attirait dans sa chambre” : une nouvelle victime de Jean-Baptiste-de-La-Salle, sous clause de confidentialité, sort du silence
Les témoignages d’anciens élèves du groupe scolaire catholique Jean-Baptiste-de-la-Salle, à Rouen (Seine-Maritime), s’accumulent en ce début février 2026. Tous relatent des faits de violences physiques ou sexuelles au sein de l’établissement.
Un pensionnaire dans la fin des années 1960, sous clause de confidentialité, raconte pour la première fois son combat pour la vérité.
L’affaire est tentaculaire. Depuis le 1er février 2026, de nombreux anciens élèves des instituts catholiques Lasalliens — dont ceux du pensionnat Jean-Baptiste-de-La-Salle, à Rouen — prennent la parole dans les médias pour dénoncer les violences physiques et sexuelles subies pendant leurs études.
Après Philippe Auzenet, co-fondateur du collectif, c’est au tour de Jacques* de nous livrer son douloureux récit, malgré une clause de confidentialité signée avec la Congrégation. Il témoigne pour la première fois sur France 3 Normandie.
Entré en 6e au pensionnat dans la fin des années 1960, ce n’est que l’année suivante, en classe de 5e, qu’il subira viol et agression sexuelle de la part d’un religieux.
“Il mettait sa main dans les culottes de pyjama”
“Le frère chef de division, qui surveillait les 6e et les 5e, nous attirait les uns et les autres dans sa chambre. Elle était contiguë au grand dortoir, qui comptait entre 70 et 80 lits”
, se souvient Jacques.
“En plus, nous étions prépubères, donc c’était odieux. Et après plusieurs semaines comme ça, il essayait de nous mettre dans son lit“
, ajoute l’ancien élève rouennais, expliquant que le frère essayait alors d’inverser l’acte en demandant aux jeunes garçons de le masturber.
Par chance, le petit garçon qu’il était à l’époque a “réussi à se sauver” de la chambre de l’homme religieux.
“Je n’étais pas le seul, ça, j’en suis sûr. On en parlait entre nous, ça se savait et ça se redoutait”
, affirme-t-il.
En effet, il explique que certains noms circulaient entre les élèves, comme un certain professeur de latin, qui occupait aussi la fonction de sacristain.
La “loi du silence”
Avait-il eu l’occasion d’alerter un adulte de la situation ?
“Impossible d’en parler, c’était complètement inaudible, répond Jacques. Ce qui était frappant, c’était la loi du silence, comme partout, c’était l’époque et c’était tout un système.”
“On savait qu’on ne serait pas entendu et on pressentait bien que cela se retournerait contre nous. C’est un procédé classique : l’agresseur devient la victime.”
“J’ai notamment entendu le témoignage de Pierre [diffusé chez nos confrères et consœur d’Ici Normandie], un ancien pensionnaire qui avait fait une fugue. Je me souviens très bien de cette fugue. On se demandait tous ce qui avait piqué ce garçon très bien intégré, qui avait des copains. Maintenant, je comprends. Et c’est lui qui a fini par se faire engueuler.”
“Interdiction de critiquer les Lasalliens dans la presse”
Contrairement à d’autres victimes souffrant d’amnésie pendant de longues années, Jacques est hypermnésique :
“je me souviens de tout : des odeurs, des gestes, des visages, de l’heure exacte“.
Cela ne rend pas son parcours de reconstruction plus aisé pour autant.
“On se sent tout à fait honteux, on n’a pas envie d’en parler. Je me suis construit, j’ai fait ma vie, j’ai fait avec. Je ne dis pas que je ne suis pas affecté, mais j’ai trouvé les moyens pour regarder ça en face“
, analyse-t-il.
Depuis la fin du Covid, Jacques a décidé de témoigner devant les commissions de la CIASE (qui n’existe plus aujourd’hui), de la Commission Reconnaissance et Réparation (CRR) , et devant la cellule d’écoute de la Congrégation des frères des écoles chrétiennes. Il se dit “moyennement satisfait” de ce dernier processus.
“Ce qui est insupportable c’est que les Lasalliens ont cherché à maintenir cette loi du silence encore aujourd’hui, notamment avec la clause de confidentialité“
, que les victimes comme lui sont obligées de signer afin de recevoir une compensation financière.
“Un document de huit pages, qui autorise à parler des abus du passé mais impose la confidentialité sur l’accord d’indemnisation et interdit de critiquer les Lasalliens dans la presse, sous peine de poursuites judiciaires“
, dévoile France Inter ce lundi 9 février.
Jacques ajoute que la cellule “propose systématiquement des montants d’indemnisation inférieurs aux recommandations de la CRR“.
Cette commission indépendante a par ailleurs mis fin à sa collaboration avec la cellule d’écoute de la Congrégation en mars 2023, en raison de “leur attitude envers les victimes“, selon France Inter.
Depuis sa création en 2014, la cellule d’écoute a été saisie à neuf reprises au sujet de faits qui se seraient produits dans la région rouennaise, dont deux précisément à Jean-Baptiste-de-La-Salle.
“À ce stade, entre 2022 et 2025, cinq protocoles ont été conclus entre la Congrégation et les plaignants au titre de faits prescrits survenus dans la région de Rouen”
, détaille Maître Pujos, représentant la Congrégation. Les réparations atteignent un montant total de 130 000 euros.
“La réputation passe avant les victimes”
Dans un second communiqué publié jeudi 5 février, la Congrégation écrit que :
“les dérives et manquements de quelques individus, aussi condamnables soient-ils, ne peuvent en aucun cas justifier un amalgame généralisé jetant le discrédit sur l’ensemble des établissements du réseau Lasallien“.
“Ils mettent les problèmes sous le tapis, ils font tout pour que ça reste secret. C’est insupportable qu’en 2026 leur ligne de défense soit encore la réputation de l’institution qui passe avant les victimes.”
Même la reconnaissance de violences lors d’une célébration de l’école rouennaise, évoquée par Mgr Lebrun sur notre plateau vendredi dernier, ne le satisfait pas.
“La déclaration a été lue par un laïc et n’a fait l’objet d’aucune publicité ensuite. Les victimes n’étaient pas invitées, et les personnes présentes étaient triées sur le volet. Ils ont fait le service minimum dans un entre-soi complet“
, s’agace-t-il.
À ce jour, Jacques n’a pas déposé plainte. Mais il ne s’interdit pas une action commune avec le collectif des anciens élèves de la Congrégation à l’avenir.
*Le prénom a été changé pour garantir l’anonymat de la victime
“J’ai tout fait pour me faire virer” : Vincent révèle comment il a échappé à 3 tentatives de viols au pensionnat Jean-Baptiste-de-La-Salle
On ne peut pas dire que Vincent est un homme à se laisser marcher sur les pieds. Si la bienveillance est sa boussole, l’homme d’une soixantaine d’années tient l’injustice en horreur.
Un caractère influencé par les premières années de sa vie, après son passage au pensionnat Jean-Baptiste-de-La-Salle à Rouen, en 1975-1976.
Trois fois, lui qui est un petit garçon à l’époque, il subit des tentatives de viols de la part de laïcs. Trois fois, il s’échappe. Le début de son cauchemar a une date précise : “Noël 1975“.
Deux petits mots si lourds dans sa mémoire, chargés d’un traumatisme qui le suivra jusqu’à aujourd’hui.
Un professeur de latin mis en cause
“L’histoire est assez simple“, pose Vincent en préambule, dimanche 8 février.
“Je suis un garçon doué, ma maîtresse m’adore. Plus tard, on m’a raconté qu’elle m’appelait ‘mon petit génie’ mais je ne m’en souviens pas. Je suis un bon élève, gentil, heureux, bien éveillé. Je n’ai jamais compris pourquoi en récompense on m’envoie dans ce grand lieu triste et gris“.
Il est âgé de “dix ans tout juste” lorsqu’il fait son entrée au pensionnat catholique Jean-Baptiste-de-La-Salle, à Rouen, sous l’égide de la Congrégation des frères des écoles chrétiennes.
Le premier trimestre se déroule normalement pour le fils de paysans normands.
“Bien sûr, comme beaucoup de petiots, j’ai beaucoup pleuré sur mon lit le soir parce que ma maman me manquait“
, raconte-t-il.
Vient le fameux Noël de l’année 1975. Son premier agresseur est un professeur de latin (évoqué par d’autres victimes dans leurs témoignages), également sacristain, soit la personne responsable de l’entretien matériel de l’église et de sa sacristie.
“Je ne me rappelle pas exactement de quelle manière je le suis, librement ou s’il m’entraîne dans la salle”, essaye de se souvenir Vincent.
“Lorsque je me retrouve avec lui, il m’installe sur ses genoux et commence à me caresser les parties intimes… J’ai un réflexe et je lui met un grand coup dans l’estomac, je réussis à me dégager.”
“Et en passant la porte, je me retourne”, ajoute l’ancien pensionnaire.
“J’ai ce souvenir précis qu’en le regardant c’est comme si je surveillais un chien méchant, enchaîné, dont il fallait se méfier.“
Après cette première agression, il retourne au dortoir et se cache sous les draps pour pleurer.
“Il sort son sexe en érection”
La deuxième tentative de viol met en cause un autre élève en classe de 3e :
“Un grand au faciès reconnaissable, très dur. Un jour, il m’entraîne dans un coin qu’on appelait le parking à vélo, là, il sort son sexe en érection et il essaye de me le faire toucher… Je me débats et j’arrive à me barrer“.
Vincent sait qu’il y a eu une troisième agression sexuelle lors de sa scolarité, mais avec qui ? Où ? L’ancien élève ne s’en souvient plus précisément.
Puisqu’il a osé mettre son professeur de latin en échec, ce dernier le frappe et le gifle “copieusement” pendant les cours. Mais les agressions sont aussi verbales, psychologiques.
“Mon professeur de musique aussi m’humilie constamment, alors que j’adore la musique et j’adore chanter, encore aujourd’hui”.
, Vincent, ancien pensionnaire de Jean-Baptiste-de-La-Salle à Rouen.
Pour échapper à ce climat incessant de violences, le petit garçon se réfugie sous la grande nappe de l’autel lors des cours de musique.
Là, caché à la vue de ses agresseurs, introuvable, il trouve enfin un peu de tranquillité.
“Il fallait être des super-nuls pour se faire éjecter”
Mais pour avoir enfin la paix, Vincent sait qu’il n’a qu’une seule solution : se faire exclure de l’école.
“J’ai tout fait pour me faire virer. En 5e, je ne fous plus rien du tout. Avec un camarade on se dit qu’il fallait être des super-nuls pour se faire éjecter.“
Après de nombreuses bêtises et mauvaises notes, le plan fonctionne. Viré. “Soulagé“.
Vincent intègre un collège d’enseignement général et redevient un bon élève.
“J’avais des professeurs sévères mais justes. Il y avait beaucoup de femmes et pour moi ça a été une libération”
, expose-t-il.
Malgré tout, il indique qu’il ne retrouvera jamais une pleine confiance envers le corps enseignant.
Sauvé de ses pensées suicidaires
Vincent n’a jamais essayé de parler des agressions jusqu’à ses 37 ans. Il explique venir d’une famille “très bienveillante” mais aussi “croyante” avec “un fort sens de la hiérarchie“.
“Mon père n’était pas un idiot, c’était une force de travail extraordinaire avec une ferme superbe. Mais il faisait plus confiance à la parole des figures d’autorité qu’à celle de ses enfants… C’était dingue !“
, s’exclame-t-il.
“J’aime mon papa, mais je lui aurais bien mis deux baffes pour lui dire : ‘mais dis, tu pouvais pas voir que ton gamin n’allait pas bien’ ?”
La boîte de Pandore s’ouvre à nouveau un beau jour, par surprise. Un collègue en déplacement professionnel apprend que lui aussi “a fait JB”.
Il sort une photo de classe de son blouson, avec des insultes écrites sous certains visages. Lui, a subi des viols.
“Et là, vous avez deux petits garçons qui se tiennent les mains et qui pleurent“
, s’émeut Vincent.
Toute “la bouillasse” lui revient alors en pleine figure.
“J’ai mis très longtemps à guérir, j’ai pensé au suicide, plusieurs fois”
, confesse-t-il.
Un cousin, qui ne lui tirera jamais les vers du nez, l’amenait en promenade chaque semaine quand il était plus jeune.
“Il ignore qu’il m’a sauvé du suicide”, souffle Vincent, qui refuse catégoriquement d’être étiqueté comme une victime.
“J’ai toujours cru que j’étais un imposteur, pas fait pour ce monde sale, j’ai toujours éprouvé un sentiment de trahison envers les adultes. À quoi ça sert d’être bon si personne ne le remarque ?”
, s’interroge-t-il.
“Il ne faut pas que ça recommence”
Vincent le comprend aujourd’hui, les violences de son enfance ont eu des conséquences sur sa vie entière. Jusqu’à exprimer un malaise à l’idée d’une proximité physique avec ses filles adolescentes, terrifié par la peur irrationnelle de “faire un geste déplacé“.
“J’avais l’impression d’avoir un venin en moi. Comme lorsqu’un vampire vous mord, vous craignez de devenir vampire à votre tour…“
, illustre l’ancien élève.
Avec l’aide de sa femme, dans la confidence de ses traumatismes, il est à présent certain de ne plus avoir de venin en lui.
Vincent, qui se définit comme croyant, tient à préciser qu’il n’a jamais subi de violences sexuelles de la part de religieux.
Il se souvient particulièrement d’un frère, “un grand bonhomme à lunettes cerclées, au regard bienveillant. Lui, je pense qu’il était prisonnier de sa hiérarchie. Oui, il était un peu lâche mais qui pouvait lutter à l’époque ?”
Vincent est en contact avec le collectif de victimes des écoles lasalliennes, cofondé par Philippe Auzenet. Il va porter plainte, pour lui, mais aussi pour son collègue, et tous les autres.
Longtemps, l’ancien pensionnaire rouennais ne pouvait se résoudre à contacter l’institution lasallienne et ses anciens bourreaux.
“Si je les voyais je les aurais tués. Ma haine aurait explosé“
, lâche-t-il sans détour.
Aujourd’hui, la haine a fait place à “un immense mépris” face à un système broyant des vies innocentes.
“Moi tout seul je suis Terminator, je m’en fous. C’est pour prévenir les gens que ça peut arriver que je le raconte. Tous ces abus sexuels et physiques, il ne faut pas que ça recommence”
, assène-t-il.
La détermination de Vincent se ressent au travers du téléphone. Il est enfin prêt à demander réparation de son injustice.
Source : France 3 – France Info
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