Comment une Femme peut-elle être pédophile?

Comment une Femme peut-elle être pédophile?

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Revers de l’inégalité, les femmes sont souvent idéalisées, jugées incapables de commettre les mêmes horreurs que les hommes. Or, on découvre de plus en plus que c’est faux, en particulier quand il s’agit d’abus sexuels sur les enfants. Qui sont-elles, comment en arrivent-elles à agresser des enfants, et, la plupart du temps, les leurs ? Le phénomène est-il en hausse, quel rôle y joue Internet ? Enquête au cœur de l’impensable.

 

“UNE EXPLOSION DE LA PÉDOPHILIE FÉMININE”

Cindy, Gloria, Jennifer, Karla… Il suffit de cliquer sur les sites Internet -américains où sont fichés les délinquants sexuels pour tomber sur des centaines de noms de femmes condamnées pour viols sur mineur et attouchements sur leurs propres enfants.

En Grande-Bretagne, les portraits patibulaires de -Vanessa George continuent d’occuper la une des tabloïds. Puéricultrice à la -Little Ted Nursery de Plymouth, -Vanessa George a été jugée coupable d’agressions sexuelles répétées sur des enfants de 2 à 5 ans, de fabrication et d’échange d’images pédo-pornographiques par l’intermédiaire de Facebook.

Depuis cette affaire, le service d’assistance téléphonique ChildLine a enregistré une augmentation de 132 % des plaintes pour agression sexuelle -féminine et la presse anglaise s’est largement fait l’écho d’une « explosion de la pédophilie féminine ».

Pour démêler le vrai du faux et faire le point sur ce sujet tabou, rendez-vous à l’université de Montréal où la criminologue Franca Cortoni vient de conduire la première étude d’envergure sur les agresseuses sexuelles*. Avec un groupe de chercheurs et de thérapeutes spécialisés dans le suivi psychologique de ces femmes, elle a analysé l’ampleur réelle du phénomène et cherché à comprendre ce qui pouvait conduire une femme à commettre un crime sexuel.

« D’après les données que nous avons recueillies dans plusieurs pays, nous explique-t-elle, les femmes constituent 5 % de la population des délinquants sexuels. Ce chiffre est probablement sous-estimé. Les victimes d’abus féminins parlent encore moins que les victimes des hommes. Les services judiciaires et médico-psychologiques ne sont pas entraînés à repérer les agresseuses.

Je me souviens du cas d’une mère qui avait avoué à son généraliste qu’elle se livrait à des attouchements sur sa propre fille. Le médecin avait conclu qu’elle était délirante et l’avait envoyée chez un psychiatre. Dans nos représentations sociales, il est impensable qu’une femme, et a fortiori une mère, abuse d’un enfant. La violence sexuelle ne peut être que du côté des hommes ».

Franca Cortoni poursuit : « 92 % des victimes des femmes sont des enfants de moins de 9 ans, et le plus souvent, leurs propres enfants. Un tiers des agresseuses agissent seules, et les deux autres tiers, accompagnées par un homme avec lequel elles abusent, de leur plein gré ou sous la contrainte.

Lorsqu’elles sont seules, leur victime est le plus souvent masculine, tandis qu’elle est féminine lorsqu’elles co-agressent avec un homme. Les agressions peuvent être beaucoup plus graves, voire aller jusqu’au meurtre, lorsqu’elles sont perpétrées avec un homme ».

 

FEMMES PÉDOPHILES : DES ABUSEUSES… ABUSÉES

Que font les femmes qui abusent d’un enfant ? Réponse de Franca Cortoni : « La même chose qu’un homme : pénétration digitale ou avec un objet, attouchements imposés par la douceur ou la violence, ordre donné à l’enfant de satisfaire sexuellement la femme ».

Ces femmes peuvent-elles être qualifiées de pédophiles ? « La pédophilie est une attirance sexuelle partielle ou exclusive pour les enfants. Dans l’état actuel de nos recherches, nous supposons qu’il y a des femmes pédophiles mais la proportion est probablement bien inférieure à celle des hommes.

Même s’il peut y avoir une gratification érotique dans le contact sexuel, les motivations et la dynamique psychologique sont beaucoup plus complexes qu’une simple recherche de satisfaction pulsionnelle ».

Des thérapeutes qui traitent ces femmes, en milieu carcéral ou en milieu ouvert, tentent de comprendre les ressorts psychologiques des agresseuses sexuelles.

C’est le cas de Monique Tardif, psychologue à l’Institut Philippe Pinel dans la banlieue de Montréal, un hôpital de psychiatrie légale spécialisé dans le suivi thérapeutique de criminels, qui au cours de sa carrière, a eu affaire à une centaine d’entre elles.

« Il faut d’abord souligner que les femmes abuseuses ont toutes une histoire très lourde de victimisation sexuelle ou émotionnelle, beaucoup plus que d’autres types de délinquantes.

Elles ont subi toutes sortes de sévices pendant leur enfance et elles arrivent à l’âge adulte avec une grande fragilité identitaire, un sentiment d’impuissance et une incapacité à nouer des relations saines.

Dans mon expérience clinique, j’ai observé que beaucoup de ces femmes placent un espoir fou dans leur relation de couple. Elles comptent sur l’homme pour les stabiliser et les valoriser, elles sont prêtes à tout pour maintenir cette relation.

Lorsque l’enfant apparaît comme un élément de rupture du couple, il va devenir un bouc émissaire, le responsable de la rupture.

Plutôt que de le frapper, ce qui risquerait d’entraîner une perte totale de contrôle de soi, la femme va manifester son ressentiment et son ambivalence par des contacts sexuels agressifs, par exemple des manipulations brutales des organes génitaux pendant la toilette.

Parce qu’elles estiment que l’enfant est responsable de leurs mauvaises relations avec le conjoint, certaines femmes vont l’instrumentaliser, le mettre à la place du conjoint en le forçant à leur donner du plaisir.

J’ai suivi une femme qui avait fait de son jeune fils le substitut de son conjoint, un objet à l’égard duquel elle éprouvait un mélange d’excitation érotique et de sentiment de vengeance. Parfois, c’est l’enfant de trop qui va écoper. ça se passe bien pour le premier et le deuxième, et c’est le troisième qui va être la cible de la violence sexuelle.

Certaines mères agressent leurs filles pour maintenir une fusion dans la victimisation. Comme elles ont été violentées pendant leur enfance, elles violentent leurs petites fillespour en faire un autre elle-même, pour se sentir moins seules. Lorsqu’elles observent que leur mari est attiré par leur fille devenue adolescente, certaines mères prennent les devants, conjurent leur terreur d’être abandonnées soit en agressant elles-mêmes leur fille, soit en l’offrant à leur mari. Elles organisent les évènements, plutôt que d’en être les victimes ».

C’est probablement ce type de motivation qui a poussé Monique Olivier à participer aux viols et aux meurtres commis par son mari, le tueur en série Michel Fourniret.

FEMMES PÉDOPHILES : UNE CONCEPTION INSENSÉE DE L’AMOUR

Sherry Ashfield, psychologue à la Fondation Lucy Faithfull, organisme anglais dédié à la prise en charge des victimes et des auteurs d’abus sexuels, a également une longue expérience des mères abuseuses.

« Beaucoup de mères attachent une grande importance à la maternité, non pas par rapport à l’enfant, mais au statut social que le fait d’être enceinte leur confère. Lorsqu’elles attendent l’enfant, elles ont l’impression d’exister davantage par rapport aux autres et d’être enfin respectées. Celles qui ont des conjoints violents échappent provisoirement aux coups pendant leur grossesse.

Après la naissance, certaines femmes perçoivent leur enfant comme l’extension d’elles-mêmes, un être sans autonomie sur lequel elles ont tous les droits et vers qui elles vont projeter leur agressivité ou leur conception insensée de l’amour.

J’ai rencontré le cas d’une femme victime d’inceste qui tripotait le sexe de sa fille en lui disant : “Petite princesse, c’est comme ça que je t’aime”, répétant exactement ce que lui avait dit son père. Beaucoup de ces femmes sont incapables de concevoir l’intimité et la tendresse autrement que dans une expression sexuelle.

Pour elles, les contacts sexuels avec l’enfant sont la seule manière qu’elles ont d’exprimer ce qu’elles appellent l’amour. Pour d’autres, l’enfant devient rapidement un persécuteur, surtout s’il ressemble au conjoint violent ou s’il est né d’un viol. Lorsque ces femmes arrivent dans le système judiciaire et que leurs enfants sont placés, elles le vivent comme une catastrophe. Elles ne regrettent pas tant leur enfant que d’avoir perdu leur statut de mère ».

Au cours des longues séances de thérapie qu’elle conduit avec ces femmes, Sherry Ashfield a parfois beaucoup de mal à leur faire prendre conscience de la nature de leurs actes. « Elles me donnent toutes sortes de justifications : “Il n’y a rien de mal avec le sexe, au contraire”, “J’ai ouvert mon petit garçon à cet univers excitant et agréable…”, “De toute façon, il ne s’en souviendra pas”, “C’était mieux que ça soit moi qui lui fasse plutôt que mon mari, qui lui aurait vraiment fait du mal. En le faisant moi-même, je l’ai protégé…”

Il y a aussi les justifications romantiques, en particulier chez les femmes qui ont des relations avec de très jeunes adolescents. Elles le dépeignent souvent comme un prince charmant avec lequel elles se sentent en confiance, contrairement à l’homme adulte qui est perçu comme dangereux. D’une manière générale, la relation sexuelle avec l’enfant ou l’adolescent donne à ces femmes le sentiment de contrôler quelque chose ».

Pour Sherry Ashfield, Internet joue désormais un rôle dans la criminalité sexuelle féminine. « La rapidité et la facilité avec laquelle les images circulent sur Internet contribuent probablement à normaliser la déviance sexuelle. Depuis l’affaire Vanessa George, on sait qu’il y a des femmes qui téléchargent des images pédo-pornographiques et qui s’en servent comme adjuvant érotique dans leurs relations sexuelles adultes ».

FEMMES PÉDOPHILES : ACCUSÉES À TORT PAR LEURS MARIS

Franca Cortoni, Monique Tardif et Sherry Ashfield s’opposent toutes trois à l’idée d’une explosion de la criminalité sexuelle féminine. Pour Monique Tardif, « on dirait aujourd’hui qu’il y a une satisfaction revancharde à dire que les femmes commettent autant d’agressions sexuelles que les hommes, ce qui est complètement faux ». Sur des sites Internet créés par des associations de pères divorcés, on commence à tomber sur des accusations vengeresses du style : « mon ex-épouse est pédophile!»

Il y a fort à parier que de plus en plus de pères luttant pour la garde de leur enfant vont accuser leur ex d’attouchements sexuels. Le sujet est suffisamment grave et délicat pour ne pas tomber dans le sensationnalisme et la paranoïa généralisée.

Aux Etats-Unis et au Canada, plusieurs assistantes maternelles ont déjà été accusées à tort d’agressions sexuelles sur des enfants. Entre tabou et furie médiatique, il faut s’en tenir à une réaliste vigilance, écouter les victimes et concevoir des programmes thérapeutiques adaptés aux agresseuses.

 

(*) « Female sexual offenders : theory, assessment and treatment », Franca Cortoni et Theresa Gannon, éd. Wiley-Blackwell.

A lire aussi : « L’ultime tabou, femmes pédophiles, femmes incestueuses », d’Anne Poiré, éd. Patrick Robin.
Et «
 Je suis debout », le livre-témoignage de Chérif Delay, l’aîné des enfants d’Outreau, éd. Cherche-Midi.

Source: http://www.marieclaire.fr/

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