Toulouse | Condamné à 10 ans de prison, vingt ans après le premier viol

Entre Anna, 30 ans aujourd’hui et l’homme qui devant la cour d’assises de la Haute-Garonne est resté enfermé dans son mutisme, la rencontre remonte à bien longtemps, sur l’île de la Réunion.

L’accusé, poursuivi pour des viols commis de 1996 à 2007 avait rencontré la mère d’Anna ; la petite fille venait, elle, de fêter ses dix ans.

La fillette s’est peu à peu tournée vers ce nouveau beau-père. Elle voulait des conseils pour séduire son «amoureux», à l’école. Cet adulte, adepte de la magie noire, décrit comme «pervers» par les experts, a fini par coucher avec elle !

«Je pensais que c’était normal, presque naturel», a expliqué la victime aux jurés.

Une relation «d’emprise», dénoncée par Me Hélène Chayrigues, avocate de la jeune femme qui vit désormais à Toulouse mais également par l’avocat général Chantal Firmigier. La magistrate avait requis de 12 à 15 années de prison.

Pour l’avocat général, cette emprise «comparable à celle d’une secte» explique comment l’enfant, devenue adolescente puis femme, est restée avec son bourreau, jusqu’à élever deux enfants dont cet homme était le père. Une relation qui s’est «construite» loin de l’océan Indien, en Aveyron où l’accusé s’était installé où il avait fait venir la mère, compagne «officielle» et la fille en 1998.

«L’arrestation de cet homme en 2007, soupçonné puis condamné pour viols a servi de révélateur, estime Me Chayrigues. Cette femme a alors compris que ce qu’elle avait vécu enfant n’appartenait en rien à la normalité».

Anna a expliqué jeudi «avoir beaucoup réfléchi sur elle-même lors d’une psychothérapie». Elle a déposé plainte en 2012, au commissariat de Toulouse.

Pour la défense d’un accusé «qui reconnaît les faits mais ne veut pas se défendre», Me Aimé Diaka a surtout plaidé la personnalité de son client Et les mœurs d’une île «où dans un milieu socialement très défavorisé, personne n’est choqué qu’une adolescente soit en couple à 14 ans».

Cet avocat a convaincu les jurés de limiter les viols à la période de 1996 et 2003. Lors du verdict, le président Roussel a expliqué que la cour avait considéré qu’après 2003, il n’existait plus de contraire. La victime avait d’ailleurs déclaré à la barre : «Cela peut paraître fou mais nous nous sommes aimés».

L’accusé, âgé de 60 ans, a été condamné à 10 années de réclusion.

«Pour Anna, l’important était d’être reconnue enfin victime, de mettre des mots sur cette enfance difficile», estime son avocate Me Hélène Chayrigues.

La jeune femme a obtenu 15 000 € de dommages et intérêts. L’accusé ne devrait pas faire appel.

Source : http://www.ladepeche.fr/

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