LA COMMISSION D’ENQUÊTE PARLEMENTAIRE SUR LE TRAITEMENT JUDICIAIRE DE L’INCESTE .
Sans aucune surprise, après la conclusion des travaux approfondis, passionnants et sans concessions de la Commission, les attaques ne tardent guère. Comme dans cet article de Causeur du26 mai assez infâme et mensonger (on en a pris l’habitude) où les auteurs (Paul Bensussan et Agathe Denis, avocate) rigolent sur les « larmes de la Présidente » Maud Petit.
L’article est titré : « L’intelligence à l’arrêt ». Carrément. Larmes étant pour nos deux auteurs un signe très sûr de faiblesse, voire de bêtise donc, surtout chez les femmes, qui pleurnichent comme on sait, pour un oui, pour un non. Voire qui « surjouent » opportunément la compassion. A court d’invectives originales, les conclusions des travaux de la Commission sont qualifiés sans surprise par l’article de “militants” sinon de « complotistes ». Bienvenus au club !
Dans l’article toutefois, et de façon peu attendue ici, l’histoire d’Outreau revient même en force, sans que l’on sache pourquoi, et alors que l’on nous raconte sans cesse qu’il ne faut plus en parler, parce qu’elle est terminée… Sans doute constitue-t-elle depuis 20 ans un « argument d’autorité » ?
Bien entendu, en démocratie, les réactions négatives aux travaux de cette Commission pouvaient être écoutées. Mais, pour nos adversaires, ne rien dire, ne rien faire, ne pas réagir à chaud reste politiquement dangereux et inimaginable. Au risque en effet de laisser le champ libre à celles et à ceux qui disent la vérité. Ou alors réagir au coup par coup, mais en n’utilisant jamais aucun argument valide. Parce qu’il n’y en a pas… Sinon invectives habituelles et mensonges… Comme ici, dans l’article de Causeur.
Redevenons sérieux. Maintenant que les travaux de la Commission sont achevés, il faudra que chacun comprenne enfin que la triste affaire d’Outreau constitue bien l’origine et la matrice de la terrible régression que connut notre pays en matière de protection de l’enfance. Ce n’est pas un hasard si Bensussan et Denis y font référence, encore aujourd’hui.
Pour être concrets et formels : si la Commission a entendu beaucoup de monde, dont l’ancien Ministre Dupond-Moretti, dont ce fameux et génial psychiatre Paul Bensussan (celui qui expertise les enfants victimes de viols sans jamais les rencontrer), la Commission n’invitera pas (ne pourra inviter ?) Marie-Christine Gryson, psychologue experte auprès des tribunaux, et spécialiste reconnue de ces questions spécifiques. Pas en odeur de sainteté, sans doute. D’autant plus qu’elle officia pour Outreau. Pas plus que ne sera invitée la Présidente de l’association Innocence en Danger Homayra Sellier, dont le travail à la pointe de la question est remarquable et indispensable. Mme Sellier s’en étonne. De même que s’en étonna le journaliste Jacques Thomet, très au fait de ces questions lui aussi. Son audition initiale du 13 mai fut reportée pour « impondérable » (!). Au final, il fut entendu par la Présidente Maud Petit , mais seul avec elle. On précisa alors à Jacques Thomet que, dans ces conditions, il ne bénéficiait plus de l’immunité. Les propos qu’il tenait pouvaient être retenus contre lui ! Pas banal.
Les pressions venues de haut (ou de très haut) sont donc ici évidentes. Mais pourquoi donc ?
Beaucoup voudraient certes que la lourde page d’Outreau soit tournée. Même si les incidences en sont encore multiples, tant la version officielle est fermée, encore aujourd’hui, à triple tour.
Pourtant , la misérable stratégie des avocats de la défense de l’époque (dont Dupond-Moretti) et de leurs commanditaires avaient été mises à nu: communication jusqu’à l’asphyxie, articles, livres, documentaires partisans, séries, films… Tous allant dans le même et unique sens absurde de l’erreur judiciaire du siècle.
Communication s’apparentant à de la pure propagande. Ce qui pourrait, dans un pays dit démocratique, étonner les plus naïfs, ou honnêtes d’entre nous. Ajoutons les falsifications, les mensonges, la disparition de scellés compromettants, les illégalités dans le traitement judiciaire de l’affaire, invraisemblablement et exceptionnellement nombreuses.
L’affaire et son traitement ont donc constitué une terrible mise entre parenthèses de la vie démocratique du pays, ainsi qu’une tragique régression dans la protection de l’enfance. C’est sans doute pour cela qu’il fallait mieux éviter d’en parler, même dans une commission dédiée justement à ces questions. Pittoresque !
OMERTA sur toute la ligne, comme dans les mafias ?
Il nous faudra donc continuer à rendre les coups à chaque fois. Sans concession. Sans faiblesse. Avec aussi un peu de hauteur, même quand les coups, particulièrement comme ici, sont bas.









