France | Des candidats aux élections municipales 2026 mis en cause
- La Prison avec sursis... C'est quoi ?
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- 10/03/2026
- 10:52
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A une poignée de jours du premier tour des municipales, les pétitions se succèdent.
A l’encontre d’Edgar Moulin, maire de Saint-Ellier-les-Bois (Orne), candidat à sa réélection, mis en examen pour viol sur des prostituées mineures ; à l’encontre de Jean-Michel Baylet, l’ex-ministre candidat à la mairie de Valence-d’Agen (Tarn-et-Garonne) visé par une plainte pour viol et d’agressions sexuelles sur mineure déposée en 2020 et classée sans suite en 2022 en raison de la prescription des faits ; ou encore à l’encontre de Robert Ménard, maire de Béziers, accusé par l’association Mouv’Enfants, qui lutte contre les violences faites aux enfants, de banaliser ces violences après ses prises de parole concernant les fessées ou les claques.
Evoquant un devoir d’exemplarité des édiles en matière de lutte contre les violences sexuelles et contre la pédocriminalité, Suzanne Frugier, secrétaire générale et porte-parole de l’association Mouv’Enfants, à l’origine des pétitions, revient sur ce travail de recensement.
Son interview :
Vous avez dressé une liste de candidats aux élections municipales mis en cause dans des affaires de violences et de violences sexuelles, en particulier sur des enfants.
- Combien sont-ils et quelles sont vos recommandations sur le sujet ?
A ce jour, on a listé seize candidats. On imagine malheureusement que ce n’est pas exhaustif. On a ensuite lancé une pétition pour chacun d’entre eux et c’est un travail que l’on souhaite continuer après le 22 mars [date du second tour des municipales, ndlr]. Il s’agit d’une question morale : un maire représente l’autorité publique, il doit être intègre et digne de confiance.
Pour nous, c’est inentendable qu’un élu visé par une plainte, mis en examen ou condamné pour violences conjugales, viols ou agressions sexuelles, en particulier sur mineurs, puisse se présenter à une élection municipale.
C’est pourquoi on demande que tout élu accusé de tels faits qui se présente ou qui détient un mandat ne puisse pas se présenter ou soit démis de ses fonctions.
De la même manière, nous souhaitons que les partis politiques prennent des mesures dans ce sens.
C’est une question d’exemplarité. Un élu accusé de pédocriminalité ne peut pas représenter la République française.
Au même titre que la demande du président de la République, Emmanuel Macron, il y a quelques semaines, de rendre inéligible toute personne tenant des propos racistes et antisémites, on exige que l’inéligibilité, qui est une peine complémentaire en cas de condamnation, soit systématique dans le cas de violence faite aux enfants.
Sinon c’est minimiser le sujet alors que, selon le rapport de la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (Ciivise), 160 000 enfants sont victimes de violences sexuelles chaque année, et que 11% de la population est victime d’inceste.
On parle de crimes massifs et systémiques.
Concernant la méthodologie, certains cas font l’objet de plaintes classées sans suite, d’autres ont été mis en examen, d’autres encore ont été condamnés.
- Opérez-vous une distinction entre ces différents cas de figure ?
Nous distinguons en effet les plaintes des mises en examen et des condamnations.
Mais, malgré les différences, nous les listons tous parce que les procédures sont la plupart du temps classées sans suite : en France, seules 3% des personnes mises en cause pour viols ou agressions sexuelles sur mineurs sont condamnées.
Dans le cas de l’inceste, c’est moins de 1%. Et le classement sans suite ne veut pas dire que la personne est innocente.
La plupart du temps, c’est que les faits ne sont pas suffisamment caractérisés.
Nous recensons également ceux qui sont ou ont été en possession de contenus à caractère pédocriminel. Parce qu’on sait malheureusement que ce sont des personnes qui peuvent passer à l’acte.
- Vous militez pour que la question de la protection des enfants soit au cœur de la campagne des municipales. Est-ce, à vos yeux, un sujet oublié ?
Nous saisissons les responsables politiques pour que la lutte contre la pédocriminalité, l’inceste et les violences sexuelles soit au centre du débat politique.
C’est systématiquement le grand absent des programmes.
Certes, la protection de l’enfance relève du département mais une partie du sujet relève aussi de la compétence d’une commune.
Déjà parce que c’est l’échelon de proximité par excellence des habitants.
Mais aussi parce qu’un maire gère les crèches, donc la petite enfance, le périscolaire, les équipements culturels, sportifs, les centres sociaux, donne accès à ses équipements aux associations locales….
En clair, une commune assure l’encadrement des enfants.
On fait partie des 54 associations qui demandent la création systématique d’une délégation aux droits des enfants dans chaque mairie.
Mais on est allés plus loin en créant une charte à destination des candidats et candidates, leur demandant de s’engager à mettre en place des actions concrètes.
On a fait des propositions sur le repérage des cas de violences, sur la formation des élus, des professionnels, sur la mise en place de procédures d’alerte, de signalements…
Le maire est aussi un employeur et le personnel au contact des enfants, salarié ou bénévole, doit être exemplaire.
On demande à cet égard que la municipalité procède à une vérification systématique du profil en amont du recrutement, puis de manière régulière pendant le contrat de travail.
On voit malheureusement dans beaucoup de territoires que ce n’est pas le cas et que ça a des conséquences dramatiques.
- Combien de candidats et candidates sont déjà signataires de cette charte ?
Ils et elles sont près de 80, un peu partout en France et dans les outre-mer.
C’est le cas de plusieurs candidats à Paris avec Emmanuel Grégoire (union de la gauche hors LFI, mairie de Paris), David Belliard (Les Ecologistes, XIe arrondissement) ou Geoffroy Boulard (union droite), mais aussi à Bordeaux avec Nordine Raymond (LFI) ou Thomas Cazenave (union centre) ou à Lille avec Violette Spillebout (union centre).
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