Hérault | Le procès hors-norme depuis lundi 6 janvier d’un inceste massif

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Jugé dans la même salle que son père, 15 ans après
Tribunal Judiciaire d'Angers
Les trois encourent vingt ans de réclusion devant la cour criminelle de l’Hérault pour avoir abusé de plusieurs enfants de leur entourage, dans une enquête familiale commencée à Pézenas et devenu tentaculaire.

Jugé dans la même salle que son père, 15 ans après.

John a 46 ans, un père condamné en 2009 à Montpellier à 20 ans pour des viols aggravés sur des enfants, et il est jugé à son tour depuis ce lundi 5 janvier, quinze ans après et dans la même salle, pour des faits identiques.

“Vous avez été contraints d’avoir des relations sexuelles avec votre sœur ?”

demande le président.

“C’était chez ma grand-mère, dans l’Aveyron, on dormait mon père et moi dans le lit et ma sœur à côté, et mon père me disait, va dans le lit avec ta sœur pour lui faire des choses. Je devais avoir entre huit et dix ans, ma sœur douze ans.”

À ses côtés dans le box, son neveu Yan, 28 ans, qui comparait pour les mêmes actes, en partie dénoncés aux gendarmes de Pézenas en novembre 2019, et qui ont pris depuis une dimension tentaculaire.

Karen, 25 ans, complète le trio : cette mère de trois enfants, qui se présente libre, est notamment jugée pour avoir violé une petite voisine. Des faits qu’elle conteste en partie :

“À chaque fois que je faisais des choses avec elle, je lui demandais son avis, et elle disait oui, mais les pénétrations, elle disait non, j’ai peur que ça me fasse mal.”

Le président de la cour criminelle de l’Hérault s’agace.

“Vous pensez qu’une petite fille de neuf, dix ans est capable de donner son avis ?”

Karen :

“Avant, oui, je le pensais. Mais depuis que j’ai été en détention provisoire, je me suis dit que j’avais un problème.”

“À tous les niveaux, la violence est présente”

Elle n’est pas la seule à en avoir, dans cette famille nombreuse, aux branches recomposées entre cousins, oncles et frères et sœurs, et où chaque cellule semble touchée par l’abus sexuel.

“Un huis clos, où auteur et victimes se côtoient”

a noté une enquêtrice de personnalité.

“Les frontières générationnelles et intrafamiliales sont complètement banalisées, effacées voire piétinées. À tous les niveaux la violence est présente qu’elle soit infligée par des mots des coups ou par des viols”.

Karen le dit à sa façon :

“Par rapport à tout ce qui est oncle, nièce, mère, c’est comme si chaque personne avait plusieurs rôles en même temps. Et mon oncle, du coup, c’est le papa de mon fils”.

Karen était adolescente quand elle a demandé à son oncle John, qui a passé des années à squatter chez sa sœur, d’être son premier homme, “pour ne pas avoir mal”. Elle arrête sa terminale parce qu’elle découvre être enceinte “après un déni de huit mois.” Dans la famille, on la voit amoureuse, et tout le monde se doute que John est le père.

“Vous saviez qu’ils couchaient ensemble ?”

demande le président à Manon, la sœur de Karen.

“J’avais des doutes” dit la jeune femme.

Deux questions plus tard, Manon avoue ce que les gendarmes ont établi en examinant leurs messages : elle aussi a eu alors des relations sexuelles consenties avec tonton John.

“Personne ne l’a dénoncé, c’était un secret, comme l’inceste l’est” souligne une autre enquêtrice. “C’est très compliqué de rendre lisible un fonctionnement familial aussi ambigu”.

Elle a fait un arbre généalogique pour s’y retrouver, “avec Yan au centre, traversé par tous les liens incestueux.” Le cousin Yan, qui a aussi couché avec Karen :

“Il considère que ce n’était pas de l’inceste puisqu’ils étaient tous les deux mineurs et consentants”.

Deux petits frères abusés par les deux hommes
Yan, comme tonton John, nie avoir abusé pendant des mois, dans l’Hérault, de deux frères d’une dizaine d’années à peine et souffrant de troubles de la personnalité et du développement.

“Ça faisait mal, ça durait un quart d’heure, vingt minutes” maintient le premier, qui a 16 ans aujourd’hui. “Yan me demandait de me mettre dans toutes les positions possibles, comme si c’était lui le chef.”

Son petit frère hurle de peur, avant de trouver le courage d’entrer dans la salle. Il confirme les faits en hochant la tête aux questions du président.

“Ce sont des enfants très abîmés, qui reviennent de très loin, mais qui sont très méritants”

souligne leur assistante maternelle. Leur administratrice nuance :

“Ces six derniers mois, l’aîné a eu des crises très fortes, il a tout cassé dans sa chambre, il a fugué. Il y a dernièrement un retentissement sur leur puberté, le cadet a tenté de se couper le sexe avec des ciseaux d’école.”

Mardi à la mi-journée, l’audience a du être suspendue après le malaise à la barre de Karen, 25 ans, en plein interrogatoire.

Elle a été évacuée apparemment inconsciente par les pompiers et hospitalisée aux urgences du CHU.

“Je suis content de vous voir de retour”,

a déclaré à l’ouverture de l’audience le président Eric Emmanuélidis, qui avait commis un médecin légiste pour examiner l’accusée à l’hôpital, lequel a rapporté une certaine simulation de sa part et écarté tout problème médical, hormis le stress.

“Que vous soyez stressée c’est normal, si ça ne va pas, vous le dites, mais ne refaites pas ce coup-là, surtout en feignant la perte de conscience lourde.”

Verdict vendredi soir.

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