Herblay | Un pédo prend 12 ans en appel pour viol incestueux

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Un soulagement pour ses 17 autres victimes réduites au silence par la prescription
François C., un ancien cadre supérieur d’Orange, rejugé pour avoir violé son fils au domicile familial a été condamné vendredi en appel à Nanterre. Une affaire qui a permis de faire remonter de multiples témoignages d’enfants assurant avoir été victimes du même homme dans les années 1980.

Actualisation du 09 janvier 2026

Jusqu’au bout, il a tout nié.

Il n’a violé ou agressé sexuellement personne. Ni consulté les fichiers à caractère pédocriminel qu’on a retrouvés sur son ordinateur. Tout n’était qu’un complot orchestré par son fils, ses cousins ou par tous ces enfants dont il s’occupait dans les années 1980 et qui l’accusent maintenant d’actes odieux. Lui seul est resté honorable, fidèle à ses valeurs chrétiennes.

Cette version-là, François C., 67 ans, s’y accroche depuis des années comme à une bouée de sauvetage.

Sauf que personne, à part peut-être sa femme et sa fille, n’y croit.

En tout cas, pas les jurés de la cour d’appel de Nanterre, qui ont condamné vendredi soir à 12 ans de réclusion criminelle cet ancien cadre supérieur d’Orange. C’est deux ans de moins qu’en première instance.

« L’accusé a baissé la tête en entendant sa condamnation et ne l’a plus relevée avant de sortir »,

A-t-on observé dans le public.

Un « cas d’école » de « pédocriminel à l’état pur », avait résumé l’avocat général qui avait requis 14 ans à son encontre.

Comment la boîte de Pandore a été ouverte

Cette histoire sordide bascule en 2018 quand Loïc C. dénonce les viols incestueux dont il a été victime entre ses 5 et 12 ans notamment dans la maison familiale de Magny-les-Hameaux (Yvelines).

En tapant le nom du père, François C., les enquêteurs découvrent que cet homme a déjà été dénoncé quelques années plus tôt pour des faits remontant aux années 1980.

Cette procédure avait été vite classée, prescription oblige.

Mais en 2018, elle permet d’accréditer aussitôt la plainte pour viol déposée par Loïc C., qui, elle n’est pas prescrite. On ne le sait pas encore mais la justice ouvre alors une boîte de Pandore.

Car le quadragénaire qui avait déposé plainte « pour le principe » quelques années plus tôt est loin d’être le seul à se dire victime du même homme. Dans les années 1980, tous ces enfants habitaient la résidence cossue des Lions du Val à Herblay (Val-d’Oise). Un endroit « magique » où l’on pouvait accéder à une île par canoë.

C’est François C., âgé à l’époque d’une petite vingtaine d’années, qui « s’occupait » d’eux. Pourquoi lui ? Parce qu’il était le fils de celui qui gérait l’association nautique, parce qu’il était passionné par le milieu du scoutisme et parce qu’il présentait bien.

Sur place, à l’abri des regards, il agressait sexuellement les enfants regroupés au sein du club des “Sales Gamins”.

François C. les mettait en scène selon ses fantasmes fétichistes, en les obligeant à porter en particulier une culotte tyrolienne. Des faits dont il restera à jamais innocent puisqu’ils sont prescrits. Mais lors de l’enquête, 17 « sales gamins » ont témoigné avoir été victimes directement de « François » ou avoir assisté à une agression sexuelle de sa part.

Une foule de témoignages accablante.

« On avait quand même une crainte qu’il n’y ait pas de condamnation, nous confiait ce lundi matin l’un des enfants devenu quinquagénaire. Ce procès était vraiment hors du temps. Vendredi matin, un gars est venu me voir alors que j’étais dans la file pour accéder à la salle d’audience. On s’est reconnu tout de suite. C’était le plus brillant d’entre nous. Il est d’ailleurs devenu chercheur. Le jour où j’ai vu François contraindre un de mes camarades à le masturber, il était là lui aussi. Il avait complètement oublié cette scène et cela lui est revenu. Vous imaginez à quel point cela est perturbant ? Maintenant, ce drame nous a soudés à vie. »

« Ma mère est toujours sous l’emprise de mon père »

Pour Loïc C., la seule victime reconnue par la justice, cette peine de 12 ans infligée à son père est une « bonne décision ».

« L’important était qu’il soit condamné. En première instance, il avait dit qu’il n’avait pas pu être jugé équitablement. Cette fois, il a déclaré qu’il avait été bien jugé et bien défendu (l’avocate de la défense n’a pas donné suite à notre sollicitation), c’est donc qu’il reconnaît la légitimité de la cour. J’espère maintenant que ce procès servira à autre chose. Mon père a commencé en 1974 et les derniers faits seraient de 1998 et 1999. Que s’est-il passé après ? Je sais qu’il est allé souvent à des camps scouts… Il est probable qu’il ait fait d’autres victimes. »

De lui-même, Loïc C. n’évoque pas non plus l’attitude de sa mère et de sa sœur venues soutenir son père au procès.

« Ma sœur, je l’aime profondément. J’estime qu’elle est victime de ce qu’il se passe. Elle s’est murée dans quelque chose. Ma mère, c’est différent. Elle est toujours sous l’emprise de mon père. Ma femme est venue la voir en attendant le verdict. Quand elle lui a dit que je n’étais pas bien, elle lui a demandé si j’avais des problèmes au travail. Et quand mon épouse lui a montré des photos de nos enfants, elle l’a remerciée en lui disant qu’elle pourrait les envoyer à François. »

Sources

Le Parisien

Protection de l’Enfance

 

Article du 19 décembre 2025

En apparence, elle avait un petit goût de paradis, cette île sur la Seine. Une sorte de jardin d’Eden où les parents ne se rendaient jamais.

Pendant les années 1980, des dizaines d’enfants habitant la résidence cossue des « Lions du Val » à Herblay (Val-d’Oise), située au bord de l’eau, s’y rendaient chaque week-end et lors des vacances scolaires. On y construisait des cabanes, on y jouait aux cow-boys et aux Indiens et on y faisait même du canoë tout autour. Tout ça grâce au même homme.

François C. était le seul (jeune) adulte à goûter à tout ce bonheur. Âgé de quelques années de plus que les enfants, fils du résident qui chapeautait le club nautique, il encadrait tout ce petit monde tel un chef scout via l’association des « Sales gamins des Lions ». Un nom qui, avec le recul, fait grimacer.

Car François C., 67 ans aujourd’hui, comparaît depuis ce lundi et jusqu’à vendredi en appel à Nanterre (Hauts-de-Seine) pour avoir violé Loïc, son fils, entre 1991 et 1998 alors que ce dernier était âgé de 5 à 12 ans, au domicile familial à Magny-les-Hameaux (Yvelines).

Un crime pour lequel le père a été condamné en février 2024 à 14 ans de réclusion à la cour criminelle de Versailles (Yvelines). Mais un crime dont il est, à l’heure actuelle, innocent puisqu’il a fait appel.

L’accusé, qui nie être un pédocriminel et se dit victime d’une campagne de diffamation menée par son fils et son frère, comparaît libre. Dans le cercle familial, deux autres personnes jurent pourtant avoir été victimes de lui à une période, de toute façon, frappée par la prescription.

Quel rapport avec l’île d’Herblay ? La plainte déposée par Loïc C. en 2018 et l’enquête qui en a découlé ont permis de libérer la parole des enfants qui fréquentaient ce lieu dans les années 1980.

« Nous en avons entendu 26 », s’est souvenu ce lundi le militaire qui a enquêté. Sur les 26 « sales gamins » auditionnés, 17 ont couché par écrit avoir été agressés sexuellement par « François » ou avoir assisté à une agression sexuelle de sa part. Quasi exclusivement des masturbations imposées ou subies.

Issu d’une bonne famille, présentant bien, il rappelle volontiers qu’il a fait HEC

Ces actes sont dénoncés mais prescrits. L’accusé n’est donc pas poursuivi pour ces faits dont il est — et restera — innocent aux yeux de la justice. Toutefois, les « sales gosses » vont défiler à la barre toute la semaine car leur témoignage est susceptible d’éclairer la cour sur la personnalité de l’accusé.

« Cette résidence était exceptionnelle, contextualise un “sale gosse” en marge du procès. Nos parents avaient eu du nez en achetant un appartement là-bas. C’était dans la forêt. Il y avait deux courts de tennis, une piscine et surtout cette île. C’est François qui s’occupait de nous. »

À l’époque, le jeune homme fait grosse impression aux parents de la résidence. Issu d’une bonne famille, présentant bien et rappelant volontiers qu’il fait HEC, la grande école de commerce.

« Pour avoir le droit d’aller sur l’île, dont on ne pouvait pas accéder par la terre, François nous faisait passer un permis rames. C’était souvent le lieu de la première agression sexuelle. Il se mettait nu et se masturbait. Cela se passait en présence d’un parrain, c’est-à-dire un gamin comme nous. »

Le port de la culotte tyrolienne, sans rien dessous, imposé aux enfants

D’après les « Sales gamins », François avait fait de cette île son paradis de pédocriminel. Il avait imposé le port de la culotte tyrolienne, sans rien dessous, pour chaque enfant. Un fantasme fétichiste qu’on retrouve dans tout le dossier.

Loïc, la seule partie civile, a longtemps refoulé, d’après lui, les actes dont il assure avoir été victime. Les souvenirs lui seraient revenus en venant récupérer en catimini ses affaires personnelles dans la maison familiale. En tombant sur la culotte tyrolienne de son enfance, tout lui serait remonté à la surface.

Ce lundi après-midi, l’expert informaticien a par ailleurs relevé l’expression « culotte tyrolienne » dans les mots-clés recherchés sur l’ordinateur attribué par l’accusation à François C.

Il y avait aussi « scout nudisme », « scout naturisme » et autres fantasmes pédomanes, en plus de tout un tas de photos (mal) supprimées « de petits garçons », a relevé l’avocat général. « À de très nombreuses heures de ces consultations sur Internet, mon client dit qu’il n’est pas chez lui et c’est confirmé par des membres de sa famille, dont son fils », a contesté l’avocate de la défense.

Pantalon en toile beige, jambes croisées et valise posée à ses pieds comme s’il risquait de partir en prison à tout moment, l’accusé reste imperturbable durant cette première journée, noircissant frénétiquement son carnet de notes.

« Tout commençait sur l’île par une photo, se souvient un sale gosse, toujours en marge du procès. Il nous photographiait nu. Puis il nous expliquait que nous étions une société secrète. » En clair, tout ce qu’il se passait sur l’île devait rester sur l’île. D’après l’accusation, François C. menaçait de rendre publique la photo si le secret était éventé.

Comme ces séances, relevées par les « sales gosses », où ils étaient attachés à un poteau. Les « chatouilles » devenaient des attouchements. Près d’une dizaine d’enfants auraient témoigné de masturbations imposées.

Des scènes sordides en pleine retransmission d’un match de foot

« Il n’y avait pas que sur l’île, insiste un autre enfant devenu quinquagénaire. On allait aussi chez François qui vivait chez ses parents dans la résidence. »

Beaucoup d’enfants se rappellent son « train électrique » et « ses BD ». Mais ils se souviennent aussi d’avoir assisté à des scènes sordides.

« Je me souviens d’un match de football qu’on avait vu chez lui. Quand la France a marqué, il n’y avait plus personne dans la pièce. J’ai vu que François était dans sa chambre et qu’un de mes copains le masturbait. C’est la première fois que je voyais un homme en érection. Il m’a demandé si je voulais remplacer mon copain. Je suis sorti de la chambre tout de suite. Je ne m’en suis pas rendu compte mais ma vie aurait pu basculer à ce moment-là. Avec le recul, je ne comprends pas pourquoi je n’en ai pas parlé autour de moi », dit-il.

Ce lundi, le cousin de l’accusé a raconté en détail les masturbations que son aîné, qui l’impressionnait tant, lui imposait. Des faits que François C. nie également. À partir de ce lundi soir, les « sales gosses » doivent s’exprimer.

Source(s):

Le parisien