3ème procès d’Outreau | Compte rendu Jour 11

3ème procès d’Outreau | Compte rendu Jour 11

Procès Outreau | Compte rendu du 03/06/2015

 

13« La théorie du faux souvenirs »

 

 

9h15
Témoignage par visioconférence du Docteur Jérôme Prizac (expertise de Daniel Legrand en Mai 2001)
Il attestera qu’il n’a pas relevé de tendance homosexuelle, ni perverse, absence totale de pathologie mentale, qu’il est polytoxicomane et accro au shit.

NDLR : Nous constaterons qu’à chaque fois que Me Forster (partie civile) prendra la parole, les avocats de la défense la lui couperons, feront des bougonnements et des réflexions à voix hautes, ce qui déclenchera la colère de Me Forster qui leur rappellera ce qu’est le respect d’autrui.

 

 

10h15
Lecture de l’expertise du Dr Michel Emirzé par le président de la cour, elle a été faite en Janvier 2002 sur la personne de Daniel Legrand fils.

Il expliquera que l’accusé est accro au cannabis et à l’héroïne depuis les années 2000 au moins. Il a décelé une débilité mentale légère, qu’il a des regrets envers les victimes et le docteur lui préconisera de ne plus s’approcher de mineur, il dit enfin qu’il n’aurait pas été victime d’abus étant plus jeune.

NDLR : Nous constaterons que les deux expertises pourtant effectuées à un an d’intervalle ne sont absolument pas cohérentes entre elles.

 

 

10h40
Témoignage d’Émeline Delay en visio-conférence (fille de Thierry Delay née d’une première union, demi-sœur des frères Delay)
Elle commença son audition spontanée : « J’ai jamais rien vu, rien entendu et j’ai jamais rien subi »

 

Une lecture de son procès-verbal de 2001 est effectuée par le président de la cour :

Dans cette déposition il est dit qu’Émeline se rendait quinze jours par an chez son père en été. En réalité elle n’ira que deux fois quinze jours en 12 ans et elle dira qu’elle était très fusionnelle avec sa mère et qu’elle ne voulait pas aller chez son père étant donné sa relation conflictuelle avec sa belle-mère, Myriam Badaoui. Cette dernière a essayé à plusieurs reprises de semer la zizanie entre la jeune fille et son père.

Elle voyait très rarement ses demi-frères et n’a plus de contacts avec eux depuis longtemps. En dehors de la période d’été, elle ne verra que très rarement son père, au cours de certains anniversaires chez sa grand-mère paternelle.

NDLR : Le président lui rappellera qu’elle pleurait beaucoup pendant son PV d’audition, elle se justifiera par des pressions émanant des policiers.

 

Elle affirmera qu’elle n’a subi aucunes violences, ni abus sexuels venant de son père.

– « Je ne l’aurais pas caché. »

Elle confirmera l’existence d’un caméscope et d’une vitrine, dans l’appartement, contenant des cassettes vidéos à caractère pornographique et précisera que le couple Delay/Badaoui attendait qu’elle soit endormie pour pouvoir les regarder.

Thierry Delay était très protecteur avec elle, Émeline se pose encore des questions concernant cette affaire et n’a jamais eu d’explications venant de la part de ses frères qui l’avait impliquée dans les scènes de viols et d’abus alors que d’après ses affirmations, elle n’aurait jamais subi quoique ce soit. D’ailleurs une expertise médicale attestera qu’Émeline n’a pas été victime d’agression sexuelle.
Avant la fin de la visio-conférence, elle dira :

– « Chérif était rejeté par Thierry Delay, il était mis à l’écart. »

 

 

11h23

 

Viens la lecture par le président de l’expertise de Jean-Marc Couvelard qui avait été faite à l’époque car il était mis en cause. Sur demande de sa mère, il ne se présentera pas à cette audience malgré la convocation.

Jean-Marc Couvelard
Jean-Marc Couvelard

Il ressortira de l’expertise de Mr Couvelard qu’il a un retard global de croissance ; qu’il ne sait pas parler normalement ; se déplace difficilement ; qu’il sait monter et descendre les escaliers ainsi qu’une grande dépendance envers sa mère, notamment pour sa toilette, préparer son repas, etc…

Concernant le quartier de la tour du renard, tout le monde le connaissait car, tous les jours pendant que sa mère partait travailler, elle l’obligera à rester dehors pour se « sociabiliser », il restera donc au pied des barres d‘immeuble du quartier de la tour du renard pour demander des cigarettes aux riverains.

Son audition de l’époque à la brigade de Boulogne-Sur-Mer ne donnera strictement rien étant donné qu’il ne sait pas s’exprimer librement.

 

 

11h40

 

Lecture par le président de la cour Philippe Dary, du PV d’audition de Dany Camporini de Septembre 2005 (après une demande d’information supplémentaire de la part de Me Delarue Fils au cours du procès en appel à Paris).
Il dira aux policiers de l’époque qu’il s’attendait à être interrogé et qu’il se tenait à leur entière disposition si besoin en était. Il expliquera son déménagement précipité dans le sud, chez ses parents, à cause de sa dépendance à l’héroïne. Il a suivi le procès car il connaissait certains des accusés/acquittés de l’époque.

Il rajoutera qu’il n’a rien à voir dans cette histoire et qu’il ne connaît pas Daniel Legrand.

Au cours du procès en appel, on écartera définitivement cette fausse piste.
Fin de la matinée.

 

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14h00

 

Cote D115
Diffusion des photos prises lors de la perquisition de l’appartement des Delay et des divers objets saisis.

Pour les photos prises à l’intérieur de l’appartement, on peut y voir une décoration très étrange. Dès l’entrée on y voit la fameuse vitrine abritant les cassettes pornographiques.

Dans la chambre des parents sur un des murs est peint en grand un couple nu enlacé et, dans la chambre des enfants, il y aussi un mur sur lequel on  trouve un loup. Mis-à-part cela, nous ne verrons aucune autre décoration dans cette chambre.

Concernant les objets, on y voit divers modèles de godemichés, un plug geisha, une main pour « fister » entre autre. Plus de 160 cassettes vidéos pornographiques et zoophiles contenues dans une dizaine de sacs poubelles, on y voit aussi une boite contenant des objets à caractère sexuel, boîte dans laquelle se trouve un petit papier avec le numéro de téléphone de François Mourmand. Il y a aussi des photos de Myriam Badaoui nue dans des poses très explicites.

 

33

14h30

 

Le président commence la lecture des PV des lettres de correspondance entre Daniel Legrand Père et Nadine via Peggy Legrand.

NDLR : Daniel est maintenant très attentif pour une fois.
Voici un extrait :

« J’espère que tu vas bien, moi ça pourrait aller mieux. Ça fait un mois que je n’ai plus de nouvelles, n’oublie pas de dire qui t’a entraîné dans cette histoire… »

NDLR : Un nom sera cité, celui de Pascal Mourmand.

 

 

15h00

 

Témoignage en visio-conférence d’Hubert Van Gijseghem, psychologue, « Expert » psycho légal, Professeur titulaire (retraité) à l’École de Psychoéducation Université de Montréal,  Belge vivant au Canada, ce témoignage est  très attendu par l’avocat général et les avocats de la défense.

NDLR : Tiens, tiens. Encore un « expert » belge…

 

Hubert Van Gijseghem
Hubert Van Gijseghem

Il parlera très rapidement de « l’effet Rosenthal », de la contamination du recueil de la parole de l’enfant victime et des reconstructions de faux-souvenirs.

 

Déposition spontanée :

« J’ai un mandat pour venir représenter la parole de l’enfant en justice. Des enfants qui ont parlé d’abus ou qui ont été abusés, et de définir s’il y a eu autre chose à la base de cette dénonciation. Pour éviter la pollution des informations. Il existe l’effet « Rosenthal », l’enfant est très suggestif, il faut des conditions particulières pendant l’enquête et les auditions. Il faut tenter de percevoir la célérité, le dévoilement des abus. Il faut que l’enfant abusé se rende seul au commissariat pour faire sa déposition dans les 24 heures et éviter ainsi la pollution de sa déposition. »

Il expliquera que « plus l’enfant sera entendu de façon non officielle, plus son discours sera pollué avec des questions suggestives et sera donc forcément déformé. »

Au cours du recueil de la parole de l’enfant, on doit lui laisser le récit libre, ne pas l’informer des déclarations de ses parents ou d’autres personnes impliquées pour éviter au maximum « l’effet Rosenthal ». On doit faire en sorte de n’avoir qu’une seule déclaration de la victime et qui sera considérée comme la plus fiable.

Il expliquera que certains récits d’enfants qui parlent d’abus rituels, de cannibalismes, de crimes sataniques sont incroyables et qu’on ne sait pas d’où vient cette imagination. Il indiquera aussi s’être beaucoup penché sur les problèmes de comportements (pipi au lit, violences, etc…) et que cela n’a rien à voir avec les abus subis par l’enfant, ces troubles peuvent provenir de n’importe quoi.

Avec le temps, les souvenirs s’effilochent et s’entremêlent. L’expert parlera d’une multitude de recherches qu’il a effectué mais sera incapable de citer les noms et de dire de quelles recherches il parle exactement ?!

NDLR : L’avocat général (c’est d’ailleurs lui qui a réclamé que cet « expert » témoigne) acquiescera chaque fois qu‘il évoquera les questions suggestives et leur impact sur la suite de la procédure.

Fin de la déposition spontanée.

 

Me Forster lui demande quel est le nom de la thèse du doctorat qu’il a passé ?

– « Euh…. Je ne me souviens pas. »
– « Vous indiquez de nombreux mythes venant des enfants, pouvez-vous développer ? »

– « La recherche le démontre, mais je ne me base pas que sur ces recherches »

NDLR : Nous ne saurons jamais de quelles recherches et études il parle. Surtout que les recherches évoquées par cet « expert » se corroborent entre elles ! CQFD.

 

– « Si un enfant cite un nom que personne ne connaît et qu’on sait qu’il n’y a pas eu « contamination », est-ce une information à prendre en compte? »

– « Absolument ! »
Le président interroge à son tour : « Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est  la pédophilie secondaire ? »

– « C’est une attirance quasi exclusive qui ne changera jamais, c’est ancré »
– « Avez-vous déjà connu des affaires où il y a des groupes d’hommes et de femmes qui violent ? »

– « Oui »
– « Donc, ça existe ? »

– « Oui. »
– « Les adultes peuvent-ils avoir un récit mensonger ou reconstruit ? »

– « Sûrement »
– « Pouvez-vous développer ? »

– « Les adultes nieront là où il y a moins de preuves, tandis que les moins construits parlerons.»
L’avocat général déclarera qu’on a vingt ans de retard sur les États-Unis en matière de recueil de la parole d’enfants abusés, puis il interroge l’expert :

– « Est-ce que l‘assistance maternelle est un bon endroit pour interroger un enfant ? »

– « Les enfants ne doivent pas rester dans un cadre confortable, mais ils doivent être dans un cadre d’autorité. »

 

Il sera dit que des recherches nord-américaines stipulent que 5 à 8 % des enfants mentent avant l’adolescence.

 

L’avocat général : « Quand un enfant ne parle des abus qu’il a subi qu’à l’âge adulte, quel force y apporter ? Pouvez-vous développer ? »

– « Je ne peux pas parler d’Outreau, car je n’ai pas travaillé dessus »

 

NDLR : Ça ne l’a pas empêché à l’époque de faire un colloque, en Suisse, sur cette affaire.

 

Suspension d’audience.

 

A la reprise le président prendra la parole pour indiquer que les avocats de la partie civile vont entamer leurs plaidoiries, et qu’à ce propos il ne tolérera aucune réaction, et qu’au moindre incident, il prendra les mesures nécessaires.

 

16h45

 

Plaidoirie Me Yves Moneris (Avocat de Chérif Delay)

 

Me Yves Moneris (Avocat de Chérif Delay)
Me Yves Moneris (Avocat de Chérif Delay)

Extrait :
« J’ai l’honneur de défendre Chérif, je le connais depuis quelques temps pour l’assister dans des procédures où il est mis en cause.

Vous allez devoir débattre, le code de procédure pénal dit que vous devez délibérer en votre intime conviction, vous forger, façonner cette intime conviction à propos d’un procès qui a failli ne jamais venir.

J’appartiens à ce qu’on a appelé les révisionnistes, je l’assume parce que je suis auxiliaire de justice, je crois en la séparation des pouvoirs.

La balance de la justice c’est votre cour qui en son âme et conscience, doit délibérer sur ce procès, non pas parce que j’en ai décidé mais parce que la genèse de tout cela c’est un arrêt, pas celui du juge Burgaud parce qu’il n’était plus en poste à l’époque, mais un arrêt de la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Douai.

La chambre de l’instruction, c’est l’organe qui juge des recours contre les décisions du juge d’instruction.

Entre cet arrêt de 2003 et aujourd’hui, il s’est écoulé un temps déraisonnable, parce que vous avez un procureur de la République, le procureur général de Douai en son temps, qui est venu nous expliquer qu’il avait pris la décision avec un quatuor d’avocats, de ne pas audiencier cette affaire.

Je n’ai pas à faire grief aux avocats de la défense d’être entré dans ce jeu-là, c’est leur rôle, c’est leur job ! On a eu envie de faire un enterrement de première classe à ce procès.

Heureusement, par le courage d’un autre procureur général, Olivier de Baynast, ce procès a été audiencé. Voilà dans quelles conditions nous sommes aujourd’hui réunis, voilà dans quelles conditions nous avons eu quelques chamailleries, nous avons pu mener des débats sous l’égide de monsieur le président.

Aujourd’hui, vous allez devoir retrouver une virginité pour prendre votre décision. Ayez conscience qu’il va falloir briser ce lac gelé qui est en vous, pour décider si celui qui est ici dans le box est coupable des faits qui lui sont reprochés ou pas…

Sur la base du dossier d’instruction, nous devons faire avec les faiblesses de ce dossier. Je ne vais pas vous dire qu’il est la perfection judiciaire, il est ce qu’il est, nous devons faire avec.

Le juge, est-ce qu’il était aveugle ? Est-ce qu’il était violent ?

Je ne suis pas nécessairement en accord avec la méthodologie de certaines confrontations, néanmoins, il va falloir faire avec.

Ces gens, ils ont été assistés, ils ont eu des avocats. S’agissant de Daniel Legrand, il a eu des défenseurs, charge à ces défenseurs d’exercer des requêtes en nullité s’ils n’étaient pas d’accord. Daniel Legrand, oui, vous auriez dû vous retrouver en liberté à un moment de cette procédure et ça n’a pas été le cas.

Mais pour autant, vous aviez des éléments matériels, vous aviez les éléments de la police. Ces éléments quels sont-ils ?

Ces éléments c’est la parole des enfants : c’est Dimitri, c’est par lui que tout interviendra. Qu’interviendra l’évocation de Dany Legrand.

Alors on vient nous dire Legrand, c’était la taille ! Mais sa tata, quand elle vient déposer, elle vous dit que c’est bien d’un nom qu’il s’agit.

Ensuite, vous avez Jonathan…

Jonathan c’est plus particulier parce qu’effectivement ses propos peuvent prêter à confusion, mais vous avez vu ce jeune enfant dans la vidéo ? Il faut rapporter les choses à ce qu’elles sont.

Lorsque Chérif est, à son tour, dans le bureau du juge d’instruction, le juge lui pose des questions, on lui demande s’il connaît Daniel Legrand père et Daniel Legrand fils. Que répond-il ? Il parle de Daniel Legrand père, il dit que c’est un bon ami de son père, mais il ne parle pas de Daniel Legrand fils.

Est-ce à dire qu’aujourd’hui quand il vient dire « j’ai des souvenirs très précis et circonstanciés », il ne serait pas dans la sincérité ? Il dit « lui il était là». Il est très prudent dans sa parole, ce serait facile pour lui de dire « il m’a violé », mais il dit « il était là et il m’a fait des choses », vous aurez compris l’importance de sa parole.

Parce que lui, la détention, il sait ce que c’est ! Je ne suis pas là pour refaire le procès de St-Omer, le procès de Paris, mais parlons-en !

Lorsque le Robespierre de la soutane, c’est-à-dire l’abbé Wiel vient dire « moi je considère qu’à St-Omer ces gamins n’étaient pas en mesure de s’exprimer » ces propos sont importants pour comprendre ce qu’était l’enfer de ces gamins.

Quand on s’interroge pour savoir si ces enfants ont bien été victimes de leurs parents, on ne frise pas l’indécence… On l’a dépassée.

Cette parole, il faut lui donner une valeur, vous avez vu que la valeur de la parole des enfants nous a considérablement occupé. Il faut admettre que pour que le recueil de la parole des enfants ne soit pas si catastrophique, il faut donner du crédit à la parole des enfants.

Mr Cantero, vous êtes sorti de la route. Car j’ai découvert que vous aviez écrit par mail à un témoin, c’est de la subordination de témoin ! Vous aviez expliqué ce pourquoi vous vouliez l’inviter.

(NDLR : Il fait référence à l’expert Van Gijseghem et sa théorie du faux-souvenirs.)

On me serait tombé dessus si j’avais fait ça ! (NDLR : en se retournant vers Stéphane Cantero)

On a des aveux, on a des mises en cause, on a quelques éléments matériels et c’est sur cet ensemble que vous allez vous déterminer.

On a fait venir le patron du sex-shop : « il vous a dit, je ne le connais pas ! »

On a fait venir Monsieur Brunet : il vous a dit « je ne le connais pas, je ne peux rien en dire ! »

On a fait venir le journaliste belge, on a essayé de vous emmener sur la piste de Dany.

L’avocat général de Paris nous a dit « c’est une fausse piste ».

Thierry Dausque, qu’est-ce qu’il vous dit ? « J’en sais rien, je ne connais pas Daniel Legrand »

Lavier ! Rendez-vous compte qu’il en vient à contester la qualité de victime de sa propre fille, qui a été violée ! C’est la vérité judiciaire.

On a aussi Karine Duchochois, la journaliste-témoin, elle connaît tellement bien le dossier, qu’elle vous dit je vais tout vous expliquer.

Je peux entendre, parce que j’ai également des enfants, qu’elle souffre du placement de son enfant. Mais ce qui a déclenché son placement, ce n’est pas sa mise en cause dans ce dossier, mais parce qu’elle était incapable de prendre en charge son enfant.

Monsieur Marécaux ? « Je ne connais pas non plus », il vous dit.

Est-ce qu’ ils ne se sont pas, dans une vertu thérapeutique, livrés à une reconstruction de l’esprit.

Des mises en cause, il y en a eu, alors aujourd’hui, effectivement, des mises en cause il n’y en a plus.

On a vu Myriam Badaoui, Thierry Delay, David Delplanque, Aurélie Grenon qui vous disent « Daniel Legrand, il n’y a rien à faire là-dedans », mais je m’interroge sur Myriam Badaoui, sa vérité acquise et certaine, comment on peut considérer aujourd’hui la parole de Myriam Badaoui ?

Il faut voir comment Myriam Badaoui décrit les scènes de torture, comment dans ces scènes de torture, elle nous dit que celui-ci était présent. Ces éléments sont le socle de la culpabilité, ces éléments, mis bout à bout sont une réalité qui va même conduire Daniel Legrand à passer aux aveux.

Ces aveux sont essentiels, ces aveux construisent la dernière pièce de l’édifice de la culpabilité de Daniel Legrand.

Lorsque Daniel Legrand passe aux aveux, est-ce que on l’a forcé, on l’a poussé ?

Soyons raisonnables un instant.

Est-ce que, dans une stratégie un peu compliquée, qui m’échappe totalement, je vais parler du meurtre de la petite fille (NDLR : Que Daniel Legrand avait évoqué lors de ses aveux), Comment pour sauver ma peau, je vais aller accuser un autre ? Comment pour sauver ma peau, je vais faire des déclarations stupéfiantes et néanmoins circonstanciées ? C’est contraire à la logique.

La dernière question est de savoir pourquoi Daniel Legrand ne donne aucun élément précis et circonstancié pour le mettre hors de cause ? Ce faisceau d’indice est suffisant pour que vous puissiez entrer en voie de condamnation. 

En garde à vue, il (Daniel Legrand) est dans le déni, mais il y a quelqu’un qui le reconnaît, c’est peut-être ce qui a conduit Legrand à se dire:

« Je suis acculé, il faut peut-être que je m’exprime, que je dise ce quil s’est passé. »

 

 

17h50

 

Plaidoirie de Me Léon Lef Forster (Avocat de Dimitri Delay)

 

Me Léon Lef Forster (Avocat de Dimitri Delay)
Me Léon Lef Forster (Avocat de Dimitri Delay)

Extrait :
Je tiens à remercier le président d’avoir tenu des débats objectifs, qui ont donné la parole à tous.
L’avocat est la parole des oubliés…Si les acquittés ont pu avoir une souffrance (
NDLR : indemnisés quand même), ce n’est rien par rapport à la souffrance des enfants…


On a vu des enfants (
NDLR : sur les vidéos de la procédure Mélanie dans laquelle ils racontent leurs sévices), ils s’exprimaient comme ils le pouvaient, alors on peut disserter sur la parole de l’enfant !
C’était impressionnant de voir ce gamin, tout petit, raconter des choses innommables.

Dans ce procès, en dehors des effets de manche dont je suis en partie responsable, il y a la déchirure de gamins pénétrés par des sexes d’adultes et des objets multiples et pendant des années.


L’aveu n’est pas la reine des preuves…
Par contre, faut voir la nature de l’aveu ! Et les précisions, et les détails… Parce que vous avez quand même des coupables qui ont le droit d’avouer, le fait qu’ils avouent ne les fait pas innocents…

« On m’a proposé de faire ça pour l’argent… » On peut reconnaître sans donner ces détails, on peut dire: « J’y étais », et si on ne sait pas ce qui s’y passait, on peut reconnaître sans donner d’honoraires…
Si vous avez un doute, vous acquitterez Daniel Legrand parce que c’est la règle fondamentale de la République, s’il y a un doute, il doit profiter à l’accusé …


Je vais vous expliquer néanmoins pourquoi pour moi il n’y a pas de doute, il y a une certitude. Cette certitude va reposer sur quelques éléments nets, peu nombreux. On a fait le procès de l’enquête, le procès du procès, mais vous n’êtes pas là pour juger du procès, vous êtes là pour juger de la culpabilité ou de l’innocence.

(NDLR : En effet, au cours de ce procès on aura parlé de tout, sauf de Daniel Legrand !)


Chérif, Dimitri et Jonathan Delay, ont en outre tous les trois, pour la première fois, lors du procès de Rennes, désigné Daniel Legrand comme ayant participé aux agressions sexuelles et viols, dont ils ont été victimes enfants. Leurs parents et un couple de voisin ont été condamnés en 2004 pour ces viols.
Je ne dis pas que la parole de l’enfant est sainte, mais entre rien ne doit être retenu et tout doit être retenu, il y a quand même un fossé !

Alors, dans ce qui doit être retenu, mesdames, messieurs les jurés.


Aux jeunes avocats, on dit « il ne faut pas lire trop, c’est lassant pour les jurés et les magistrats » mais moi je tiens à faire savoir que ce n’est pas ma parole que je veux faire entendre… C’est la parole des enfants.
Moi je ne vous dis pas que tout est vrai, qu’il n’y a pas des images qui se superposent, mais ce n’est pas parce que l’enquête n’a pas été adaptée que cela doit nuire aux victimes, parce que les victimes sont les premières victimes, c’est l’élément essentiel du dossier.


À vrai dire, je pourrais arrêter de plaider, mais ne vous inquiétez pas je vais continuer.


Ils sont brisés, chacun s’exprime comme il peut.


Mais au moins, si ce procès avait une raison d’être, cela a été la possibilité pour eux d’exprimer, d’essayer d’exprimer.
Et quand Chérif a dit à son père : « je n’ai plus peur de toi ! » cela n’a pas été repris, cela a été très peu repris…

Mais en ce qui concerne le père et la mère, ils n’ont pas menti.


« La vérité des enfants, on veut la gommer, ils ont été reconnus victimes, mais on ne l’a pratiquement pas dit… »


Chérif, c’était un cri.


Dimitri a eu du mal à commencer à parler, peu à peu sa parole venait…
« Pour la première fois depuis des années il a dormi une nuit entière, alors messieurs et mesdames les jurés, vous n’avez pas été là pour rien. »
Dany Legrand, d’où il le sort Dimitri ? Comment pourrait-il donner le nom de quelqu’un qu’il n’a jamais vu ? C’est élémentaire, on peut tourner autour du dossier, cet élément est insurmontable.


Un mot simplement, parce que ça me pèse…
Comment peut-on imaginer, quand une personne est envoyée devant une juridiction, comment peut-on décider qu’elle comparaisse ou ne comparaisse pas ?


C’est la destruction de l’état de droit. C’est l’arbitraire. La règle n’est pas élastique, on n’est pas dans une loterie, on est dans un état de droit. Ce qui est incroyable c’est que certains ont pu croire qu’on ne pouvait pas audiencier cette affaire !


Nous avons eu un expert, une vedette médiatique de l’expertise ! Moi je suis un avocat comme les autres, extrêmement modeste.
Qu’il n’ait pas entendu parler de Pinel, fondateur de la psychiatrie de l’enfant, il nous prend pour des incultes complets ! Vous nous faites venir quelqu’un qui ne sait même pas ça !
Tout cela, monsieur l’avocat général, pour faire douter de leur parole !


J’ai presque terminé, c’est pour rassurer tout le monde.


Comment peut-on dire qu’il n’y a pas des charges sérieuses ? Sérieuses !
Il y a la lettre de sa sœur Peggy à Daniel Legrand, c’est pas une preuve irréfutable, c’est pas une preuve absolue, mais quand même !
Peggy écrit : “Ils ont fait une perquisition chez moi et Laurence et ils n’ont rien trouvé. De toute façon, je ne m’en inquiète pas car je savais que c’était une connerie.»


Moi, je ne vais pas écrire à quelqu’un d’innocent : « ils n’ont rien trouvé ».


Je vais résumer quand il y a une suspicion d’abus sur un enfant, on doit rapporter à la hiérarchie, qui le rapporte à son supérieur qui le rapporte à son chef etc… On n’avance jamais !
Les parents ont été prévenus de la perquisition à venir, comme ça, ça a permis de faire le ménage et on nous a bassinés avec le docteur Dickes… Il n’a rien fait ! Une ligne dans son rapport !


Je suis honoré de leur confiance, parce qu’ils ont toutes les raisons de douter du monde des adultes. Les parties civiles n’ont pas à demander de sanctions et les années passent.


Il ne faut pas détruire un être humain parce qu’un être humain est toujours une espérance, mais leur certitude sur la culpabilité est ma certitude.

Je demande la condamnation !

Actualisation du 23/07/2015:
Nous apprenons de sa bouche même que Lef Forster est un “ami de 50 ans” du fameux Jean-Pierre Rosenczveig


Fin de la 11ème journée.

Palais de justice de Rennes
Palais de justice de Rennes

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