Troyes | Un couple prend du ferme pour viols incestueux
Tout juste formées, les filles sont entrées dans la sexualité par les viols de leur père
Les mardi 16 et mercredi 17 juin, une affaire de viols incestueux et de violences intrafamiliales graves était jugée par la cour criminelle de l’Aube. Le père et la mère – acquittée pour les faits de viol – partent en prison pour 16 et 4 ans.
L’audience du mercredi 17 juin, au tribunal de Troyes, s’est ouverte avec la poursuite de l’audition de Stéphanie* dans une affaire sordide d’inceste et de violences commis dans le huis clos familial.
Si l’accusée nie toujours sa participation à un viol sur sa plus grande fille, Estelle, elle a finalement un peu reconnu sa responsabilité dans ce qui est arrivé à ses enfants.
« Si j’avais arrêté d’avoir peur de lui, j’aurais pu réagir avant. »
La présidente de la cour Émilie Philippe rétorque : « Se réfugier systématiquement derrière votre peur, c’est un peu facile. »
D’autant que cette peur est peu palpable dans le dossier, Stéphanie s’étant opposée à plusieurs reprises à son mari lors des violences commises sur ses enfants.
Les faits
Un père de famille aubois était jugé depuis ce mardi 16 juin par la cour criminelle de l’Aube pour des viols répétés sur ses deux plus grandes filles aujourd’hui âgé de 19 et 16 ans. Des faits révélés en février 2023. On lui reprochait également des agressions sexuelles sur ses deux plus jeunes enfants aujourd’hui âgés de 11 et 8 ans et des violences habituelles sur toute la fratrie.
La mère était jugée pour un fait de viol sur son aînée et pour ne pas avoir dénoncé les violences et les crimes incestueux commis par son mari. Ils encouraient vingt ans de réclusion criminelle, ce mercredi 17 juin, au deuxième et dernier jour du procès.
À la barre, Stéphanie témoigne avoir assisté à « de bonnes tartes », des « coups de poing », « de pied », « de ceinture », des punitions « qui durent trop longtemps ».
« Il y a d’autres agissements auxquels vous avez assisté et que vous auriez dû dénoncer », relève la présidente de la cour.
Estelle évoque notamment une scène d’acte sexuel infligé par son père en présence de sa mère. Olivia lui a rapporté qu’après un massage à son père, celui-ci lui avait montré son sexe.
« Mais ma mère ne m’a pas crue », témoigne-t-elle devant les gendarmes.
L’audience s’est déroulée à huis clos partiel, notamment en présence de la presse et des éducateurs des enfants.
La mère a ignoré les « voyants rouges »
« Il y avait pas mal de voyants rouges, est-ce qu’on peut dire que vous n’avez pas voulu voir ce qui se passait ? », questionne Émilie Philippe.
« Quand votre fille vous dit : “Papa m’a montré sa b***”, c’est là qu’il faut réagir, ça aurait peut-être évité le reste. »
Pour rappel, Olivia a dénoncé plusieurs viols ayant eu lieu par la suite. « Je regrette d’avoir été soumise et de ne pas avoir eu le courage de l’affronter », répond-elle inlassablement.
Interrogé en dernier sur sa personnalité et les faits, Marc, quant à lui, assume bien davantage. Certes, il nie les agressions sexuelles sur les deux plus jeunes mais reconnaît les violences sur la fratrie et, surtout, les viols sur Estelle et Olivia. Cela dit, il n’a pas véritablement d’explications à apporter sur son comportement, malgré les appels du pied de la présidente de la cour.
Émilie Philippe pointe ses recherches de vidéos pornographiques toujours en lien avec des rapports incestueux, entre un père et ses enfants.
« J’ai fait des recherches, c’est tout. À d’autres moments, j’étais focalisé sur autre chose », lance-t-il à la barre.
Ces vidéos n’auraient pas été source d’excitation. Mais, à force de questions, l’accusé finit par admettre qu’il a violé ses filles pour son propre plaisir….
Le père cherche encore à comprendre son passage à l’acte
Faut-il aller chercher des explications dans son passé, alors qu’il a révélé au cours de la procédure un viol subi autour de 9 ans de la part de son frère ? Il ne se cache pas derrière cela pour justifier ce qu’il a fait. L’a-t-il fait parce que ça se passait mal avec sa femme ? Marc cherche encore les réponses, avec son psy.
« Ce sont eux qui font les bêtises et c’est nous qui souffrons. » Me Malaussena à la partie civile rapporte les propos tenus dans son bureau par Antoine.
« Madame a permis que le climat de violence perdure pendant des années et permis que ses enfants soient marqués à vie », plaide-t-elle sans détour.
Elle rappelle comment « tout juste formées », Estelle et Olivia sont entrées dans la sexualité par les viols de leur père.
Pour l’avocate générale, le comportement de Stéphanie a bien été un « déclencheur des actes imputés au père », par « cette bénédiction donnée par la mère ». Isabelle Verissimo a évoqué « l’enfer » vécu par les enfants, « dans l’indifférence de leurs parents », « trop centrés sur leurs propres besoins ». La magistrate requiert 18 ans de prison pour le père et 8 ans pour la mère. Elle souhaite que le fait de viol soit reconnu pour cette dernière.
Des relaxes demandées pour certains faits
Au contraire, Me Drouilly, avocat de Stéphanie, demande l’acquittement pour le viol car il estime qu’il n’est pas caractérisé. Pour le reste, il consent : « Elle aurait dû réagir plus tôt. Pourquoi ne l’a-t-elle pas fait ? Je n’arrive pas à comprendre. Il lui faudra réaliser un long travail avec le psy ». Il espère qu’en cas de condamnation à de la prison ferme, la peine pourra être aménagée.
Me Scribe, avocat de Marc, plaide l’acquittement pour les agressions sexuelles contre les deux plus jeunes, estimant que l’enquête n’a pas permis de les objectiver. Pour le reste, il souligne la volonté de son client d’assumer.
« Il a compris qu’il allait partir en prison ce soir, il n’a pas fui ses responsabilités. Il a été libéré en février**, il aurait pu ne pas venir, il est là et il a tenté de s’expliquer. »
Les deux parents se sont ensuite présentés à la barre pour s’excuser avant que la cour ne se retire pour délibérer.
Marc a finalement été acquitté pour les agressions sexuelles et condamné pour les viols et les violences à 16 ans de prison. Il est reparti sous escorte.
Stéphanie a été acquittée pour le viol et condamné pour les délits de non-dénonciation à quatre ans de prison dont 18 mois avec sursis probatoire durant deux ans. Elle effectuera la partie ferme en prison.
*Tous les prénoms ont été changés pour préserver l’anonymat des victimes.
**Le délai maximum de détention provisoire était arrivé à son terme.