Saint-Barthélemy | Un oncle condamné à 10 ans pour violences sexuelles incestueuses
Il a été reconnu coupable de violences sexuelles sur son neveu et ses nièces, âgés de 7 à 10 ans
Le 14 octobre, après trois jours de débats à huis clos, la cour criminelle de Basse-Terre a condamné un homme de 75 ans à dix ans de réclusion criminelle pour tentative de viol incestueux et agressions sexuelles aggravées sur trois mineurs de moins de 15 ans, dont deux de sa famille.
Au téléphone, l’une des trois victimes, qui avait 7 ans au moment des faits, raconte le poids des années qui s’allège enfin.
Je suis soulagé parce qu’enfin la justice a fait son travail.
Pendant trois jours, nous avons dû écouter les témoins de l’accusé venus déposer à la barre.
Ils nous ont humiliés nous, les victimes.
L’accusé a tout nié jusqu’au bout.
Ça a été très dur, ces trois jours ont été très intenses.
Le verdict est tombé mercredi 14 octobre, au terme de trois jours de débats à huis clos devant la cour criminelle départementale de la Guadeloupe, à Basse-Terre.
Ancien conducteur de bus scolaire à Saint-Barthélemy, l’accusé, âgé de 75 ans, était jugé pour tentative de viol incestueux et agressions sexuelles aggravées sur trois mineurs de moins de 15 ans, dont un neveu et une nièce.
Il a été condamné à dix ans de réclusion criminelle.
Comparaissant libre sous contrôle judiciaire, il a été placé en détention à l’issue du verdict.
Le sentiment est ambivalent parce que c’est lui qui a détruit la famille par ses actes, et pourtant, c’est moi qui subis les reproches pour avoir brisé le silence.
Pendant ces trois jours, je suis passé par toutes les émotions : la colère, la tristesse…
déclare une des victimes jointe par téléphone
Une autre victime, extérieure à la famille, qui a connu l’accusé dans le cadre de son activité de chauffeur de bus, s’est elle aussi confiée par téléphone :
Ça a été compliqué mais je suis contente d’avoir témoigné. Malheureusement, on n’a pas eu d’aveu, pas eu d’excuses, rien. Dans les affaires de pédophilie, en tant que victime, on a du mal à parler et souvent, on parle trop tard.
On vit sur une petite île, tout le monde se connaît et c’est la double peine pour moi parce que je le croise très souvent. C’est pour ça que c’est compliqué et que je n’arrive pas à passer à autre chose.
déclare une autre victime, jointe par téléphone
Ce qui m’a vraiment choquée, c’est que tous les témoins à la barre du côté de l’accusé ont tout fait pour protéger la réputation familiale.
Pour eux, ce qui leur importait, c’était que leur nom ne soit pas traîné dans la boue, peu importe ce que nous, nous avions subi
, déplore-t-elle.
Plus de six ans de procédure
Selon l’accusation, les premiers faits remontent à 1991-1993, alors que le neveu avait 7 ans.
Ils se seraient poursuivis entre 1994 et 1996 sur une nièce, âgée de 7 ans au début des faits, puis entre 1999 et 2001 sur une fillette extérieure à la famille, de 8 ans à l’époque.
L’accusé avait une quarantaine d’années au moment des premiers faits.
Les faits ont pu être jugés dans les limites des délais de prescription applicables aux crimes sexuels commis sur des mineurs.
Il a fallu attendre janvier 2020 pour que la parole se libère.
La mère, alors âgée de 56 ans et deux des victimes, devenus adultes, se rendent à la brigade territoriale autonome de Saint-Barthélemy pour déposer plainte, près de trente ans après les premiers faits.
L’accusé, marié et père de deux enfants, n’avait aucune mention à son casier judiciaire.
L’instruction s’achève en 2023 par son renvoi devant la juridiction criminelle.
Mais le procès n’a pas suivi : l’accusé et son avocat ont engagé une bataille judiciaire qui a retardé l’audience de plusieurs années.
Près de sept ans se sont écoulés entre la plainte et le verdict.
L’une des victimes dénonce par ailleurs des pressions et des menaces qu’elle affirme avoir subies pour la dissuader de parler.
“Leur parole a été crue et écoutée”
Pour Me Julie Martinez, avocate des parties civiles, la décision referme un long chapitre :
C’est un véritable soulagement après une procédure très longue, après des années d’angoisse et de souffrance.
Ça leur fait du bien que leur parole ait été crue et écoutée.
Ce que je retiens, c’est que les victimes ont eu le courage de parler pour protéger éventuellement d’autres victimes, et que ça leur a été bénéfique.
C’était un dossier pesant, extrêmement éprouvant pour les parties civiles puisque c’est une procédure qui a pris plus de six ans avant de pouvoir être audiencée.
Ils ont obtenu justice. Elles craignaient de ne pas être crues mais la cour criminelle a cru leurs déclarations.
déclare Me Marion Tillard, avocate des parties civiles
Du côté de la défense, la déception est totale.
Me Pascal Luciani, avocat de l’accusé, avait annoncé son intention d’interjeter appel :
La décision a été rendue et elle me déçoit énormément à plus d’un titre. D’abord parce qu’il y a un principe fondamental : le doute doit profiter à l’accusé et ce principe a été foulé aux pieds.
Ensuite, tant au niveau de l’instruction qu’à celui de l’accusation, et donc des réquisitions, il n’y a aucune rigueur, aucune démonstration. Nous n’avons que des allégations, et allégation ne vaut pas démonstration.
Je vais interjeter appel, je vais faire libérer mon client et je pense que la cour d’assises d’appel me permettra de le faire acquitter. J’en suis même persuadé.
déclare Me Pascal Luciani, avocat de l’accusé
Selon nos informations, l’appel a bien été formé ce jeudi 15 octobre au matin, ainsi qu’une demande de mise en liberté.
La chambre de l’instruction dispose de deux mois pour statuer sur cette dernière requête.