Couverture du livre La guerre contre nos enfants
La guerre contre nos enfants
Plus qu’un livre, l’aboutissement de dix années de combat de terrain. Un guide accessible pour comprendre, prévenir, alerter et agir face à la pédocriminalité.

Oise | Une jeune fille de 15 ans victime de proxo retrouvée par ses parents

Le message reçu par les parents est terrible : une adolescente prostituée, ce ne serait pas si grave

Fin novembre 2025, Marie*, une adolescente de 15 ans, ne réintègre pas son domicile familial d'Île-de-France. Elle disparaît à proximité de son collège, où la jeune fille monte dans un VTC pour une direction inconnue. Ses parents signalent alors sa disparition dans un commissariat du département.

L’histoire de Marie*, digne d’un film dramatique, révèle comment une jeune fille de 15 ans peut échapper en quelques jours à la vigilance de ses parents, via les réseaux sociaux, alors même qu’ils lui avaient interdit de détenir un téléphone.

Puis, comment elle a fini par tomber dans un réseau de prostitution, contrainte d’effectuer entre 5 et 10 passes par jour. Des rapports parfois violents, avec des hommes, adultes, dont certains étaient “très âgés”, qui se livrent sur elle à des “viols sur mineur de plus de 15 ans“.

Une disparition qui vire à la prostitution

Tout commence lorsque la jeune fille fait la connaissance d’un jeune homme, majeur, sur Snapchat, grâce au téléphone d’une amie. Elle va accepter de le rejoindre, sur fond de jeu de séduction. Il lui envoie un VTC, Marie monte dedans, alors qu’elle devait se rendre à une sortie scolaire ce jour-là.

Le jeune individu, va, selon le récit de la famille de Marie, profiter d’elle et la confier à un autre individu. Puis, dans des circonstances que l’enquête devra déterminer, un troisième individu va finalement la contraindre à se prostituer.

Dès les premières heures de la disparition de la jeune fille, les parents comprennent qu’elle vient de tomber dans un réseau de prostitution. Car, alors qu’ils la cherchent, un message leur parvient : il indique laconiquement que la jeune fille “a déjà un mac”.

“Il a fallu 3 ou 4 jours sur Snapchat pour l’hameçonner. Le piège s’est refermé en quelques jours. Il n’y avait aucun signe avant-coureur”, témoigne Emilie en direct sur RMC Story ce lundi.

Elle est finalement localisée dans une ville de l’Oise via sa position GPS Snapchat. Les parents se rendent sur place. Une voiture est identifiée, dans laquelle la jeune fille a pu séjourner.

Les parents mènent l’enquête

La mère de famille précise à RMC que la police lui indique, à ce moment-là, ne pas disposer des effectifs nécessaires pour surveiller le véhicule. Il est alors convenu que le père de Marie reste seul en “planque” devant la voiture, tout en demeurant en contact téléphonique avec les forces de l’ordre et en les informant du moindre mouvement, dans l’espoir de voir sa fille revenir.

Mais elle ne reviendra pas.

Sollicitée, la police nationale n’a jusqu’ici ni confirmé ni infirmé cet épisode à RMC.

Les effectifs de police saisis de l’enquête parviennent finalement à géolocaliser la jeune fille ailleurs. Un téléphone, depuis lequel Marie a été brièvement joignable, a borné sur trois antennes-relais dans une ville en Indre-et-Loire.

Une nouvelle fois, les parents s’y rendent. Une avocate leur conseille de regarder les logements Airbnb dans cette ville, qui peuvent abriter de la prostitution adolescente. Ils vérifient des adresses, regardent par les fenêtres, arpentent la gare de la ville, collent des affiches, finissent même par mettre la pression à un groupe de jeunes pour recouper des informations.

Un travail qui va finir par payer : les parents obtiennent une adresse, celle d’un squat. La police se déplace. La jeune fille est retrouvée saine et sauve à proximité, mais dans un état de dénuement important, elle vient d’être prostituée pendant quasiment une dizaine de jours.

Sollicitée sur l’ensemble des faits et sur d’éventuels manquements dénoncés par les parents de Marie, une source policière précise à RMC que les enquêtes liées à la prostitution de mineures “prennent du temps”, et que les policiers doivent parfois intervenir en priorité sur “des urgences vitales”, ou il y a un “péril imminent”.

Selon les informations de RMC, la police nationale a traité, pour l’année 2023, 6.558 fugues. Et pour l’année 2024: 6.887.

Le récit du calvaire

Selon nos informations, Marie a livré un récit terrifiant des jours passés sous l’emprise de ses proxénètes. La jeune fille indiquera par exemple avoir été droguée: cannabis, protoxyde d’azote, PTC, pour “pète ton crâne”, ainsi que de l’alcool en grande quantité.

Puis contrainte à se prostituer, donc, via une annonce publiée sur le site Sexmodel. Site sur lequel la justice enquête depuis peu, justement soupçonné de relayer des annonces de prostitution adolescente.

L’annonce en question, particulièrement odieuse, précisait par exemple: “30 euros de plus pour un rapport nature”, c’est-à-dire des rapports sexuels sans préservatif, selon les pratiques ou les demandes des clients.

Toujours selon nos informations, la jeune fille a aussi indiqué qu’elle devait remettre l’argent issu des passes à deux personnes, en échange de quoi elle avait de quoi manger une fois par jour.

La jeune fille sera finalement rapatriée à son domicile par ses parents. Une plainte est aussi déposée sur les faits de proxénétisme et de viols dénoncés. Le parquet de Senlis nous a confirmé qu’une enquête était ouverte et qu’elle se poursuivait, sans mentionner si des suspects avaient été interpellés.

“Plainte en décembre 2025, police judiciaire saisie en juin 2026. Six mois de renvois d’un service à l’autre, pendant lesquels ce sont les parents qui ont cherché, trouvé et ramené leur fille. Le message reçu est terrible: une adolescente prostituée, ce ne serait pas si grave. Les victimes et leurs familles sont laissées bien seules”

, indique l’avocate de la famille de Marie à RMC, Me Juliette Chapelle.

Prise en charge par une association, elle est agressée sexuellement

La terrible histoire aurait pu s’arrêter là, mais elle va hélas se poursuivre. Car, en février 2026, la jeune fille va finalement être prise en charge par une association sur recommandation de l’ASE.

Cette association nommée “l’Arche de l’avenir” va mettre en place avec la jeune fille un voyage au Sénégal, dans le cadre d’un séjour dit “de remobilisation, de rupture” destiné aux adolescents en difficulté.

Selon nos informations, sur place, la jeune fille est confiée à plusieurs autres structures partenaires. Dont une pouponnière située au sud du Sénégal. Et c’est dans ce contexte que la jeune fille va indiquer avoir été agressée sexuellement par un employé de cet établissement tenu par des religieuses.

“Un formulaire d’événement indésirable grave (EIG) a été réalisé. L’ASE a été informée. Des temps d’écoute, une vigilance renforcée et des mesures de protection ont été mis en place. Le protocole de L’Arche relatif aux suspicions de violences sexuelles a été activé. L’Arche de l’Avenir a mobilisé l’ensemble des moyens dont elle disposait pour l’écouter, la protéger et l’accompagner, au Sénégal en lien avec les professionnels et les services de l’Aide sociale à l’enfance”

, précise l’avocate de l’association “l’Arche de l’avenir”, Me Ines Davau, à RMC.

Une nouvelle plainte bientôt déposée en France

Selon nos informations, l’association à l’origine du séjour, une fois avertie des faits, a lancé en France une information préoccupante auprès des autorités. L’homme suspecté a depuis été mis à pied, et le partenariat avec la pouponnière rompu.

“À chaque étape, la parole de Marie a été prise au sérieux et considérée avec toute l’attention qu’elle exigeait. Dès que les faits ont été rapportés, les dispositifs de protection et d’accompagnement ont été activés, les autorités compétentes informées et les mesures nécessaires prises pour assurer sa sécurité et son suivi”, précise Me Ines Davau à RMC.

La plainte contre cet homme n’a pas encore été déposée, mais la famille précise à RMC qu’elle compte le faire prochainement. Aujourd’hui, Marie vit chez ses parents et est suivie psychologiquement.

Sa mère précise à RMC que :

Marie “reste fragile face aux traumatismes qu’elle a traversés. Mais elle est aussi résiliente et déterminée à s’en sortir. La reconstruction prendra du temps, tant les épreuves qu’elle a subies sont lourdes, mais elle avance, entourée de ses proches, avec la volonté de reprendre peu à peu le cours de sa vie.”

*Le prénom a été modifié.