Couverture du livre La guerre contre nos enfants
La guerre contre nos enfants
Plus qu’un livre, l’aboutissement de dix années de combat de terrain. Un guide accessible pour comprendre, prévenir, alerter et agir face à la pédocriminalité.

Mulhouse | Un prétendu chasseur de pédophiles condamné pour images pédopornographiques

Il disait traquer les pédophiles : près de 5 000 images pédopornographiques saisies chez lui

Cet habitant du sud de l’Alsace détenait près de 5 000 images ou vidéos pédopornographiques. Il affirme qu’elles servaient à une « chasse aux pédophiles ». Une défense qui n’a pas convaincu le tribunal de Mulhouse : le 8 octobre, il a été condamné à deux ans de prison, dont un avec sursis.

Il y a quatre ans, les gendarmes de Draguignan, dans le Var, avaient découvert des images à caractère pédopornographique chez un habitant de leur secteur, alertés par l’épouse de ce dernier qui était tombée sur ces contenus sur lesquels apparaissait notamment une fille mineure du couple.

Le mis en cause nourrissait des échanges, via les réseaux sociaux, avec plus de 70 profils et derrière l’un d’eux sera identifié un habitant du territoire de la communauté de communes de Thann-Cernay.

Le parquet de Mulhouse a été saisi de ce volet de la procédure.

En juillet 2023, le Haut-Rhinois a été placé en garde à vue et une perquisition chez lui a conduit à la découverte, sur ses supports informatiques, de près de 5 000 photos et vidéos à caractère pédopornographique.

Les enquêteurs ont aussi découvert dans un carton un préservatif usagé et des sous-vêtements de tailles allant du 10 au 14 ans portant des traces de sperme.

Le prévenu : « Je n’ai aucune attirance physique pour les mineurs »

Jeudi 8 octobre, le mis en cause, aujourd’hui quadragénaire, était jugé au tribunal correctionnel de Mulhouse pour enregistrement, détention et transmission d’images à caractère pédopornographique sur une période allant de septembre 2019 à juillet 2023.

Et il a gardé face aux juges la même ligne de défense qui est la sienne depuis le début de l’enquête.

Il soutient avoir détenu ces images et échangé avec des hommes qui en sont consommateurs dans le cadre d’une « chasse aux pédophiles » à laquelle il se serait livré.

Il relate être allé dégrader les voitures de trois d’entre eux (ce que rien n’atteste).

Quant au contenu du carton, il aurait servi, toujours selon les explications de l’Alsacien, à faire des photos partagées avec ses cibles sur les réseaux sociaux pour contribuer à leur faire croire qu’il était des leurs.

Quand on veut traquer de telles personnes, à un moment donné, il faut se justifier, dit à la barre le quadragénaire.

Un peu plus tôt, en préambule, ce technico-commercial, qui a été sapeur-pompier volontaire, qui vit avec sa compagne et n’a aucun antécédent judiciaire, l’assurait :

Je n’ai aucune attirance physique envers les mineurs.

La procureure : Une position de déni total

Le discours ne convainc nullement le tribunal.

Tiffany Gamain, la présidente d’audience, évoque, entre autres, les discussions à caractère pédopornographique que le quadragénaire contribuait à alimenter sur les réseaux sociaux.

Vous écriviez des horreurs, des choses immondes, souligne-t-elle.

C’était l’abjection la plus totale, abonde la procureure, Carine Greff.

La magistrate du parquet relève que si le Haut-Rhinois avait été un « justicier » comme il le prétend, il aurait pu dénoncer aux gendarmes de son secteur les pédophiles avec qui il échangeait.

Pour elle, les explications du prévenu témoignent « d’un déni de sa propre pédophilie » et de sa « volonté d’échapper aux conséquences pénales de ses infractions ».

Au regard, notamment, de « cette position de déni total » dont elle s’inquiète, Carine Greff requiert à titre principal deux ans de prison ferme avec un mandat de dépôt et cinq ans de suivi sociojudiciaire.

Un bracelet électronique pour la partie ferme

Côté défense, Me Nicolas Gantzer considère que son client « ne mérite absolument pas » une telle peine.

Il n’a jamais varié d’un iota dans ses explications […]

On ne peut pas présumer qu’il ait des pensées pédophiles […]

Il a lui-même des enfants et il a encadré des jeunes, personne n’a jamais évoqué le moindre comportement déplacé […].

Je ne pense pas qu’il présente la moindre dangerosité, plaide notamment l’avocat.

Je veux vous redire que je ne suis pas une personne qui veut faire du mal, conclura le prévenu.

Le tribunal condamne ce dernier à deux ans de prison dont l’un ferme, qui pourra être purgé sous bracelet électronique, et l’autre assorti du sursis.

En peine complémentaire, comme l’avait sollicité le parquet, interdiction définitive est faite au Haut-Rhinois – qui sera inscrit au fichier des auteurs d’infractions à caractère sexuel – d’exercer toute activité impliquant un contact habituel avec des mineurs.