Moyenmoutier | 16 années de réclusion pour le père violeur des Vosges

L’avocat général avait requis le maximum prévu par le code pénal, soit 20 ans. Entre 2011 et 2016, Claude R., Vosgien de 75 ans, avait abusé sexuellement de sa fille, une quadragénaire déficiente mentale. Il pourrait de nouveau être jugé pour des faits commis sur un autre de ses enfants.

Il n’a pas bronché au moment du verdict. Ce vendredi, après trois heures de délibéré, la cour d’assises en appel de Meurthe-et-Moselle a condamné Claude R., 75 ans, à 16 années de réclusion. Il avait écopé de cette même peine l’an passé, à Épinal (Vosges), en première instance. Entre janvier 2011 et janvier 2016, ce septuagénaire de Moyenmoutier avait abusé sexuellement de Cécile, l’une de ses filles, une quadragénaire déficiente mentale à laquelle il administrait des médicaments et de l’alcool.

Au terme de ses réquisitions, Christophe Amunzatéguy, l’avocat général, a réclamé le maximum par le code pénal pour le crime de « viol sur personne vulnérable », 20 ans. Le magistrat n’a trouvé « aucune circonstance atténuante » à l’accusé, notamment confondu par son ADN, qui avait fait de sa fille, dans ce milieu extrêmement défavorisé, « une chose, une esclave sexuelle ».

Libérer l’âme de Cécile

Conseil de la victime, Me Bentz a pointé le « huis-clos », l’isolement dans lequel ce père prédateur a délibérément placé Cécile.

« Comme il s’occupait d’elle pour tout, elle était dans un état de soumission affective. Il pouvait ainsi en faire ce qu’il voulait et a transgressé ce tabou fondamental qu’est l’inceste. Il a volé la dignité de ma cliente, son humanité ».

L’avocat relève les multiples versions de Claude R., qui s’est adapté aux avancées de l’enquête, puis s’adresse, solennel, aux jurés :

« L’incarcération de son père a libéré le corps de Cécile, votre condamnation va libérer son âme ».

Me Béatrice Founès avoue n’éprouver « aucune sympathie » pour son client, « un rustre qui doit cependant être défendu ».

L’avocate, qui n’aborde pas les faits – contestés depuis toujours par son client -, n’a pas la partie facile, surtout depuis la veille, quand les jurés ont appris qu’un nouveau procès se profilait. Émeline, l’une des sœurs de Cécile, a en effet révélé qu’elle avait aussi été violée par son paternel, entre 2009 et 2016.

Et une instruction est actuellement en cours à Épinal… La robe noire insiste sur l’enfance « cabossée » de son client, « dévastée par un père violent, alcoolique. Il y a une échelle des sanctions, un sens de la peine. Mon client n’est ni Heaulme, ni Paulin ».

Source : EstRépublicain

« Il a une sorte de rapport utilitaire aux femmes. Il ne parle pas d’amour. Il ne supporte pas que l’on entrave son désir. »

Moyenmoutier

Reconnu coupable par la cour d’assises des Vosges pour avoir commis des viols et des violences sur sa propre fille, un septuagénaire de Moyenmoutier a été condamné à seize années de réclusion criminelle.

« Vous êtes le dernier à prendre la parole, avez-vous quelque chose à dire », interroge la présidente Catherine Hologne. « Non », répond l’accusé présumé.

Quelques heures plus tard, le temps du délibéré, il ne sera pas plus prolixe. Alors que le verdict vient de tomber, qu’il vient d’apprendre que la cour d’assises l’a condamné à seize ans de réclusion criminelle, l’accusé ne bronche pas. Pour la cour et les jurés sa culpabilité ne fait aucun doute.

La multiplication des témoignages, les différents rapports d’expertise, qui ont rythmé les trois jours d’un procès à la fois poignant, sordide et rebutant n’avaient finalement pas laissé planer de doutes.

Ce jeudi matin, un expert psychiatre ajouta une nouvelle ligne dans la case débit du septuagénaire.

« Il a une sorte de rapport utilitaire aux femmes. Il ne parle pas d’amour. Il ne supporte pas que l’on entrave son désir. »

Avocat de la partie civile, donc de la victime, âgée aujourd’hui de 52 ans, Me Laurent Bentz écarta d’emblée un drame de la misère sociale.

« C’est un dossier qui se construit autour d’un huis clos familial. »

Une famille tyrannisée par ce père tout-puissant qui, durant les deux premiers jours du procès, n’a cessé de crier au complot.

« Vous devez être prudent »

« Ma cliente », enchaînait Me  Bentz « aime son père. Lui ne voit en elle qu’un objet sexuel à qui il donne de l’alcool et des médicaments et qui peut lui rapporter de l’argent. C’est argent qui est au cœur de tout. J’aimerais que cette femme retrouve sa dignité, son humanité. »

Dans le sillage de Me Bentz, l’avocat général, Lucile Bancarel fut tout aussi catégorique.

« Je n’ai pas de doute sur la culpabilité de Monsieur. Il nie les faits mêmes lorsqu’ils sont évidents. Au point d’arriver dans le mensonge. Son ADN retrouvé à côté du lit de la victime constitue une preuve matérielle irréfutable. »

«En plus, il savait parfaitement que sa fille est handicapée. Il exerçait son emprise sur tout son petit monde. Et rien ne le fera changer. Je requiers donc une peine de 18 ans de réclusion criminelle. »

A partir de tout ça, la tâche de Me  Gary Lagardette, conseil de la défense, apparaissait presque insurmontable. Mais il ne lâcha pas prise. Au contraire.

« On est dans un dossier de misère sociale. On ne peut se satisfaire de rumeurs. Vous ne jugerez pas sur l’émotion qu’a pu susciter la victime. Vous devez être prudents. Très prudents parce qu’il y a des questions qui restent en suspens. Je vous demande de mettre de l’humanité dans votre décision. »

Une décision que l’on connaît et qui ne devrait pas motiver d’appel. Pour Me Bentz:

« c’est clair et net, il était important qu’il y ait un verdict de culpabilité. »

Source : vosgesmatin

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