France | Un dirigeant de foot japonais condamné à Bobigny 

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Un jugement qui ne sert a rien
Masanaga Kageyama, 58 ans, a été condamné ce lundi à 18 mois de prison avec sursis. Ce directeur de la fédération de foot japonais, chargé des jeunes talents, a visionné des images pédopornographiques lors d’un vol à destination de Paris, où il a été interpellé.

Ce dirigeant du football japonais avait été surpris en train de visionner des images à caractère pédocriminel sur sa tablette.

« It’s art » (c’est de l’art), s’était défendu un peu honteusement ce passager nippon d’un vol Air France en provenance du Japon et à destination du Chili, avec une escale à Roissy.

Interpellé le 2 octobre à sa descente d’avion à Paris, le prévenu était jugé ce lundi en comparution immédiate par le tribunal correctionnel de Bobigny pour importation, détention et enregistrement d’images à caractère pédocriminel d’un mineur de moins de 15 ans.

Plusieurs hôtesses étaient tombées en arrêt devant ce voyageur confortablement installé en business qui faisait défiler sur son laptop les images obscènes d’une « fillette d’environ 10 ans dévêtue et penchée en avant, avec derrière elle, un homme le sexe en érection », relate la présidente Olivera Djukic.

En l’espace de quelques heures, cet illustre ressortissant japonais est donc passé de l’ambiance feutrée de la First class à 48 heures de garde à vue, puis d’un crochet par le dépôt du tribunal.

Il a ensuite passé le week-end en détention provisoire.

Amateur d’images hypersexualisées d’enfants

L’homme de 58 ans, bien mis, en veste gris clair et aux propos policés, se tient dans le box des prévenus encadré de deux policiers.

Il semble errer dans la quatrième dimension.

La présidente Olivera Djukic nous apprend que cet amateur d’images hypersexualisées d’enfants est un homme marié depuis 30 ans, au casier vierge.

Il a aussi une certaine notoriété dans le milieu sportif.

Les plus avertis auront reconnu Masanaga Kageyama.

Celui-ci décline ainsi ses fonctions au tribunal :

« Je suis directeur de l’association japonaise de football. Ancien footballeur professionnel. »

« L’équivalent de la fédération nationale ? », demande la présidente.

L’interprète acquiesce.

Plus exactement, depuis 2022 il officie comme directeur du développement des jeunes.

De 2017 à 2021, il avait occupé les fonctions de sélectionneur de l’équipe nationale japonaise des moins de 20 ans qu’il avait hissé jusqu’aux qualifications pour la Coupe du monde des moins de 20 ans.

L’ancien défenseur se rendait justement au Chili pour assister à un match dans le cadre de la Coupe du monde U 20, (des moins de 20 ans), où l’équipe nippone est toujours en lice.

Devant les hôtesses japonaises durant le vol, qui s’étaient émues de ces images, il avait invoqué une pseudo-démarche artistique.

« Il n’avait pas l’air de comprendre que c’était grave », avaient-elles souligné.

« Des photos générées par l’intelligence artificielle », se défend-il

À l’audience, le prévenu, qui a reconnu les faits, nuance.

Lors de ce long courrier, il avait trompé son ennui en regardant ces clichés prohibés.

Il l’avait fait « par curiosité ».

« Ce sont des photos générées par l’intelligence artificielle », se défend-il.

Développant l’idée que ces productions issues de l’IA n’incarneraient pas des personnes réelles.

« Vous consultez et vous fabriquez ces images ! », objecte le tribunal.

Elle cite des libellés peu équivoques :

« jeune fille avec des hommes qui la dévêtissent » ou encore « fille japonaise cheveux courts jambes écartées ».

Passées par la moulinette de l’IA, immanquablement des images à caractère pédocriminel tombaient sur son écran.

Au total, 1 621 vues produites par l’IA seront recensées dans ses fichiers.

Les investigations policières plus fouillées permettront de découvrir que des personnes en chair et en os figuraient dans les recherches du quinquagénaire.

Il invoque « une curiosité pour ce genre d’images », notamment « pour savoir si une petite fille pouvait avoir des relations sexuelles ».

« Vous avez l’air de prendre ça pour une curiosité classique », enchaîne la magistrate.

« Non j’ai vraiment honte », se répand en excuses le prévenu.

« Je ne savais pas que c’était interdit en France »

Il brandit aussi l’excuse culturelle.

« Je ne savais pas que c’était interdit en France. Au Japon, ça ne l’est pas quand c’est à titre personnel. Je ne voulais pas échanger ces images », se récrie le quinquagénaire.

Il s’abrite derrière un flou juridique.

Au Japon, les représentations très sexualisées de petites filles dans les mangas ou les films d’animation ne sont pas prohibées.

Même si la législation, qui a évolué ces dernières années, punit la détention d’images à caractère pédocriminel.

Au terme de cette démonstration, le procureur a fustigé celui qui avait fait « le choix délibéré d’aller chercher ces images et d’abaisser les critères d’âge dans ses requêtes ».

Le tribunal l’a condamné à 18 mois de prison avec sursis, assortis de dix ans d’interdiction du territoire français, dix ans d’interdiction d’exercer une activité en lien avec des mineurs et une inscription au Fijais, le Fichier des auteurs d’infractions sexuelles.

Le citoyen japonais est reparti menottes aux poignets avant sa rapide remise en liberté et son retour au Japon, où aucune de ces sanctions ne sera applicable.

La fédération japonaise de football a rompu son contrat

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