Chambéry | Accusations d’agression sexuelle au pôle France du hockey sur glace
"Je le referai plus aujourd’hui"
L'entraîneur a couché avec deux filles du pôle, il aurait caressé les cuisses des joueuses lors des déplacements en bus, l'une d'elles l'accuse, il pinçait les corps, aucune barrière.
Vendredi 2 avril, au tribunal correctionnel de Chambéry en Savoie, un jeune entraîneur de hockey sur glace devait répondre d’agressions sexuelles sur deux espoirs, mineures, qu’il avait sous sa responsabilité. Il nie en bloc.
Quatre heures d’audience et le prévenu n’a pas bougé d’un cil, bien campé sur son axe de défense.
Il faut dire qu’il est un expert en la matière, habitué depuis l’âge de sept ans à défendre sa ligne de but sur la glace. Le trentenaire était jugé ce vendredi au tribunal correctionnel de Chambéry en présence de la principale accusatrice qui avait 17 ans à l’époque des faits présumés.
Le coach des gardiens, ancien professionnel brillant, conteste les faits qui auraient eu lieu il y six ans.
“Taquin”, “tactile”, “dragueur”, adepte des sextos rigolos, le beau gosse admet être “un bon gros lourd”.
“J’ai entraîné trop tôt, trop jeune. J’étais encore joueur dans ma tête”.
Immature, c’est son bouclier de défense qu’il oppose sans cesse. Il avait 26 ans. Et ses ouailles entre 15 et 17 ans.
Le prévenu entonne ce refrain du moment :
“Je le referai plus aujourd’hui.”
Au terme de cinq ans d’instruction, 24 témoins ont été entendus.
Le portrait borderline du prévenu se dessine à gros traits. Visage également positif : très investi, super formateur. Conscient du travail à faire sur lui-même, il a depuis suivi une thérapie par l’hypnose. Le reste, il le conteste.
Aller au domicile de sa pépite de 17 ans, fragile mentalement, déracinée, lui demander soudain de coucher, glisser ses mains dans sa culotte… Ça n’a jamais eu lieu, à l’entendre.
Par deux fois, elle aurait dit :
“Non” avant qu’il cesse ses agissements.
Six ans après, celle qui le considérait comme son grand frère protecteur vient redire, cliniquement, à la virgule près, ce qu’elle a enduré cette nuit de mars. Elle qui a quitté à 14 ans ses parents et Paris pour toucher le Graal – le pôle d’excellence de Chambéry – croyait avoir trouvé refuge auprès de ce roc à peine plus âgé.
Le défenseur de la fédération française de hockey sur glace, partie civile, résume :
“Ce comportement du coach, c’est tout ce qu’on ne veut pas”.
Après avoir passé deux diplômes, le reconverti a signé un contrat d’Etat. Sa responsabilité devait être sans failles.
Or, l’entraîneur a couché avec deux filles du pôle, il aurait caressé les cuisses des joueuses lors des déplacements en bus, l’une d’elles l’accuse, il pinçait les corps, aucune barrière.
“Ambiguïté constante”, selon la procureure.
Après la plainte déposée par la jeune fille, le directeur technique national le met à pied, mais ne le vire pas. Le jeune mentor démissionne l’année d’après pour accepter un job en or. Assistant manager de l’une des équipes les plus célèbres de France.
Un boulot qu’il va perdre s’il est condamné, rappelle son avocate, très incisive, qui met en garde contre l’air du temps contempteur.
“L’excès n’est pas la justice”.
L’apprenti gardienne a porté plainte en 2015, bien avant les scandales du patinage, sans jamais changer sa version. La procureure salue son courage.
Soutenue lors du procès par son groupe de copines et sa famille, la jeune femme rêve toujours de faire du hockey son métier :
“De cette trahison, je veux faire une force.”
La procureure a requis deux ans de prison dont la moitié avec sursis, une interdiction de cinq ans d’entraîner et d’encadrer des mineurs. L’avocate de l’entraîneur a plaidé la relaxe. Le jugement sera rendu le 30 avril prochain.