Couverture du livre La guerre contre nos enfants
La guerre contre nos enfants
Plus qu’un livre, l’aboutissement de dix années de combat de terrain. Un guide accessible pour comprendre, prévenir, alerter et agir face à la pédocriminalité.

Beauvais | Il impose et filme une fellation à une ado de 13 ans et sort avec un bracelet

"Tu aimes ça te faire baiser, dommage que je ne l’ai pas fait une dernière fois"

Toujours en liberté

En octobre 2025, Killian L., alors âgé de 20 ans, a piégé une ado de 13 ans attirée via les réseaux sociaux, à Beauvais (Oise). Il a notamment filmé et partagé sur TikTok des images à caractère sexuel. Condamné ce jeudi 15 octobre à un an de prison ferme, il n’a pas été placé en détention.

Une agression sexuelle filmée et envoyée en vidéo sur TikTok. C’est l’horreur subie par Clara* (le prénom a été changé) le 5 octobre 2025, alors qu’elle n’était âgée que de 13 ans. Une vidéo mise en ligne par Killian L., originaire de Creil (Oise), qui du haut de ses 20 ans avait séduit la jeune fille sur Instagram.

Quasiment un an après les faits, Killian L. était jugé ce jeudi 15 octobre, au tribunal de Beauvais (Oise) pour agression sexuelle sur mineur de moins de 15 ans  et  diffusion de l’image d’un mineur présentant un caractère pornographique en utilisant un réseau de communication. Pour cela, le jeune homme encourrait dix ans de prison.

Le procureur n’a pas manqué de rappeler que les faits auraient pu être qualifiés de  viol  et jugés par la cour criminelle, si la famille et la victime avaient refusé la correctionnalisation de l’affaire. La peine encourue aurait alors pu être de 20 ans, mais la procédure aurait pris des années.

Un faux compte TikTok avec des photos nues

Arrivé libre à l’audience, Killian L. a été reconnu coupable et condamné à trois ans de prison, dont deux avec sursis, ce qui rend son année de prison ferme aménageable, notamment avec un bracelet électronique. Ce dernier a donc pu quitter la salle sans escorte, dans l’attente de son passage devant le juge d’application des peines.

Le jour des faits, après quelques échanges sur Instagram, Clara accepte de se rendre dans la chambre occupée par Killian L., au foyer des jeunes travailleurs de Beauvais. Lors du premier rapport, le jeune homme force Clara à lui faire une fellation qu’il filme.

Il lui explique que c’est « pour se masturber ultérieurement » mais il diffuse les images instantanément sur TikTok.

Leur « relation » durera dix jours et se terminera avec la publication de plusieurs clichés dénudés de la jeune adolescente sur Snapchat et sur la création d’un faux compte TikTok où Clara est identifiée avec le commentaire suivant :

« Ajoutez-moi, je suce et en privé je régale. »

Alertée, la victime tente de convaincre son tortionnaire de retirer ces vidéos. « Ça me rend malade », lui déclare-t-elle. Une supplique qui restera vaine. La réponse du jeune homme sera d’une violence inouïe.

« Tu aimes ça te faire baiser, dommage que je ne l’ai pas fait une dernière fois. »

À la barre du tribunal, le prévenu, conseillé par son avocat, adopte un discours policé où il multiplie les excuses.

« Pour moi c’était juste un coup d’un soir, explique-t-il. J’ai pris la vidéo pour l’envoyer à un ami. On fait ça quand on a un plan cul, c’est commun. Je reconnais que c’était horrible. Sur le coup, je n’ai pas pensé aux répercussions. »

Sur la différence d’âge, Killian L. déclare que Clara lui avait dit avoir « 18 ans ».

« En la voyant, j’ai pensé qu’elle en avait 17, indique-t-il. Elle s’habillait assez court, je lui ai laissé le bénéfice du doute. Quand j’ai su qu’elle avait 15 ans, ça m’a mis en colère. »

Lui se voyait alors comme victime…

Cela entraînera néanmoins le retrait de la publication des clichés dénudés sur Snapchat et du faux profil TikTok.

« J’avais supprimé la vidéo mais j’ai voulu l’embêter en lui faisant croire que je refusais de le faire, assure-t-il. Ce n’est pas moi qui ai créé le faux compte mais un ami. Il a voulu lui faire payer ce qu’elle m’avait fait en mentant sur son âge. »

Visiblement dans l’incapacité de réaliser que l’adolescente est sa victime, et non l’inverse, Killian L. avait même été beaucoup plus virulent lors de sa garde à vue, allant jusqu’à la qualifier de « salope » devant les forces de l’ordre.

« Ce sont des propos déplacés et je m’excuse auprès d’elle, déclare-t-il à l’audience. Je me suis senti agressé. »

« Pourquoi avoir voulu la salir ? », interroge le magistrat.

« Je ne comprends pas pourquoi j’étais comme ça, répond le prévenu. Je ne peux pas vous dire ».

« Vous n’avez pas pensé avec votre cerveau, commente le procureur de la république, en montrant le visage juvénile de la victime affiché sur grand écran. Sur ces photos, elle ne fait pas 17 ans, ni 15 ans. »

Présente dans la salle d’audience, la mère de la victime nous confiera que « ma fille se remet doucement » de cette épreuve.

« Cela a été un traumatisme, explique-t-elle. Elle ne pouvait plus prendre le train et aller au collège à Beauvais de peur de croiser quelqu’un qui aurait vu la vidéo. On a été obligé de l’inscrire dans un autre établissement. Aujourd’hui, elle est en internat. »

L’avocat de la partie civile a, lui, parlé de « festival accablant sur les faits comme sur les déclarations » déplorant que le prévenu soit même allé jusqu’à « menacer la famille de porter plainte pour diffamation ».

Malgré le casier judiciaire vierge, le procureur a expliqué avoir hésité à demander « un mandat de dépôt » pour accompagner la peine de trois ans de prison requise.

« Dans cette affaire, on a une bonne idée de la culture du viol avec un homme qui ne pense qu’à lui, qu’à son plaisir. Il se moque de son âge, ne s’intéresse pas ce qu’elle pense ou ressent. »