Chinon | Une association piège un jeune pédocriminel sur internet
Un réseau à la chasse aux pédocriminels
Depuis plus de deux ans, les membres du collectif Team antipédocriminel 227 (TAP 227) traquent les pédocriminels sur Internet. Composé de dizaines de membres actifs sur la Toile, ce réseau a choisi de s’appeler ainsi en référence aux articles 227 du code pénal relatif aux atteintes aux mineurs.
Ils sont à l’origine de l’arrestation et de la condamnation du jeune Chinonais jeudi dernier par le tribunal correctionnel de Tours. Une satisfaction pour les membres du collectif, dont l’un avait déposé le dossier au commissariat, il y a un an et demi.
La mission qu’ils se sont donnée est de longue haleine puisqu’il leur faut d’abord monter un dossier, recueillir les preuves de la culpabilité puis ensuite tout transmettre aux policiers ou gendarmes.
« C’est long ! Donc, quand il y a une condamnation, on se dit qu’on n’a pas travaillé pour rien »
explique Monsieur P. (*).
Piéger le pédocriminel dans les règles
Pour monter ces dossiers, ces internautes postent sur les réseaux sociaux de faux profils de mineurs âgés de 13 à 14 ans. À chaque profil est attribué une photo créée virtuellement par un logiciel informatique.
Lorsqu’un adulte prend contact avec ces adolescents virtuels, les membres du collectif s’emploient à recueillir un maximum de preuves du délit tout en restant dans le cadre de la loi : captures d’écrans des échanges, stockage des vidéos et photos à caractère pornographique qu’envoient ces adultes.
« Mais attention, pas question de les piéger en les attirant par exemple avec des photos d’adolescents en maillot de bain »
explique Monsieur G (1).
« À aucun moment, l’avocat du possible pédocriminel ne doit pouvoir dire qu’on a poussé l’individu à la faute. On lui rappelle aussi régulièrement dans les discussions que l’adolescent avec qui il parle est mineur ».
Une somme de renseignements et de preuves obtenues dans un seul but : aider gendarmes et policiers.
« On cherche à savoir le lieu d’habitation de l’adulte, sa profession, s’il a une famille… pour qu’il puisse être identifié par les autorités. »
Recruter des troupes
Cette chasse aux pédocriminels demande de la prudence, du temps et un certain savoir-faire. Pour recruter de nouveaux membres, le collectif Team antipédocriminel 227 avoue faire passer de solides entretiens.
Monsieur P. explique :
« Pas question de se faire infiltrer par des personnes qui se prendraient pour des justiciers à la sauce Marvel et qui iraient eux-mêmes à la rencontre des suspects ; pas question non plus de laisser de possibles pédocriminels infiltrer notre réseau. Et puis, il faut aussi que les personnes qui partent à la recherche de ces suspects sur la Toile puissent tenir devant des images parfois très choquantes ».
Les candidatures sont les bienvenues tant la tâche devient de plus en plus ardue.
« Avec le confinement, on a noté une recrudescence des prises de contacts par de possibles pédocriminels et puis nous dépassons les frontières françaises et chassons aujourd’hui dans tout l’ouest de l’Europe, donc nous avons besoin de plus en plus de volontaires. »
Du côté des autorités, Monsieur G. affirme être généralement bien reçu lors des signalements dans les commissariats et les gendarmeries.
« Ce sont très souvent des femmes policiers ou gendarmes qui récupèrent nos dossiers et nous entendent en tant que témoin assisté. Elles comprennent bien que nous ne sommes pas là pour faire leur métier mais pour juste aider la justice. »
Seul regret :
« Une fois le dossier déposé, il nous est très difficile de le suivre pour savoir ce que ça a donné et si on a pu aider véritablement. »
(1) Monsieur P. et Monsieur G. sont les membres fondateurs du collectif et souhaitent rester anonymes.