Couverture du livre La guerre contre nos enfants
La guerre contre nos enfants
Plus qu’un livre, l’aboutissement de dix années de combat de terrain. Un guide accessible pour comprendre, prévenir, alerter et agir face à la pédocriminalité.

Hérault | Gilbert Cardoso, jugé pour de multiples viols sur des enfants dont les siens

Le patriarche incestueux faisait des enfants pour leur imposer ses pulsions

Gilbert Cardoso, 60 ans, comparaît à partir de ce lundi devant la cour d’assises de l’Hérault pour des abus sexuels sur six mineurs dont sa belle-fille et des enfants qu’il a eus avec elle. L’ accusé a fait régner la terreur dans sa famille pendant près d’un quart de siècle.

C’est une sordide affaire d’inceste qu’examine à partir de ce lundi la cour d’assises de Montpellier (Hérault).
Près d’un quart de siècle d’abus commis dans un étouffant huis clos familial, façonné et régenté par un patriarche tout-puissant, obsédé par la procréation d’enfants auxquels il imposait ses pulsions.

Huis clos familial pervers et incestueux

Gilbert Cardoso, 60 ans, est jugé pour des viols et agressions sexuelles commis sur sa fille, son beau-fils, sa belle-fille, deux des enfants qu’il a eus avec celle-ci et un voisin alors âgé d’un an.

Un homme aux capacités intellectuelles limitées, selon les experts, qui a toutefois su déjouer la vigilance des services sociaux et de la justice en déménageant pas moins de douze fois dans cinq départements différents.

Une errance qui a pris fin le 24 novembre 2016 à Cazouls-lès-Béziers (Hérault), grâce à la rébellion de Sophie (Les prénoms ont été modifiés, les victimes étant mineures au moment des faits), sa fille âgée de 18 ans qui réussit ce jour-là à s’échapper après avoir été séquestrée et rouée de coups par Gilbert Cardoso.

Prévenus, les gendarmes finiront par l’interpeller, courant dans un champ et hurlant aux militaires de lui tirer dessus.

Une attitude de quasi-forcené : sur la route, il les avait appelés pour les menacer de se suicider en fonçant dans un camion.

Son père entre les mains des gendarmes, Sophie va alors révéler les abus sexuels subis depuis sa plus tendre enfance et décrire une cellule familiale complètement dysfonctionnelle, passée sous les radars depuis près de 25 ans.

Marié à sa belle-fille

D’autres paroles vont se libérer et venir révéler une histoire incroyable. Séparé de sa première femme, Gilbert C., à partir de 1992, fréquente Danièle, une voisine de palier.

Le couple vit à Neufchâteau, avec Sabrina et Samuel, les deux enfants de Danièle, issus d’une précédente union, se marie en 1995 et a un enfant – Emma – en 1998.

Rien de très bizarre jusque-là mais l’affaire prend une autre tournure en 2000 quand Gilbert C., 39 ans, se met en couple avec Sabrina, sa belle-fille, alors âgée de 16 ans…

Danièle accepte la situation, reste même au domicile familial, au fil des déménagements.

A Saint-Dié, Rambervillers ou encore Etival-Clairefontaine.

Gilbert et Sabrina convolent en justes noces en 2005 et auront cinq enfants, nés entre 2001 et 2014.

C’est à cette date que le couple s’installe dans le Sud. A Cuxac-Cabardes, dans l’Aude, puis, en 2016, à Cazouls-les-Béziers.

«Record à battre»

Durant l’enquête, Delphine dira en réalité avoir fait plusieurs fausses couches en raison des violences de son époux, et son sentiment d’avoir été réduite à une « machine à faire des enfants » par Gilbert Cardoso, qui de son côté, revendique un « droit » à être père.

Lui-même issu d’une fratrie de neuf enfants, il aurait ainsi répété à sa jeune épouse qu’il s’agissait pour lui d’un « record à battre » et entendait, au moment de son arrestation, procréer à nouveau.

Outre son obsession de la lignée, l’appétit sexuel du patriarche ne semblait pas non plus pouvoir être rassasié…

Cible à son tour d’agressions sexuelles dans son enfance, Sophie affirme avoir été violée à trois reprises à l’âge de 17 ans, son père ayant introduit des somnifères dans son assiette au souper.

Ce dernier poussera le vice, dira-t-elle, jusqu’à lui glisser qu’il l’avait possédée la veille « avec un sourire jusqu’aux oreilles ».

Il la contraindra aussi à des actes sexuels contre la promesse de ne plus frapper sa mère, ou pour obtenir un téléphone portable. Et lui parlera même de concevoir un enfant avec elle…

C’est donc par crainte que Gilbert Cardoso ne s’en prenne, après elle, à ses demi-frères et sœurs (les enfants de Delphine) que Sophie décide, ce 24 novembre 2016, de mettre un terme à cette malédiction familiale.

Alors qu’ils étaient placés depuis 2013 en raison de carences éducatives graves, de problèmes d’hygiène et d’absentéisme scolaire, Sophie craignait alors qu’ils ne reviennent sous le toit familial :

Gilbert Cardoso leur avait en effet intimé de fuguer de leur famille d’accueil et de faire des tentatives de suicide pour convaincre le juge des enfants.

Un jeune voisin agressé également

Depuis ce lundi, Gilbert C. comparaît pour des viols et des agressions sexuelles sur Emma mais aussi sur Samuel, des faits commis en 1992 et 1993, quand l’enfant était âgé de 13 à 14 ans.

Il devra aussi répondre d’atteintes sexuelles sur Sabrina, sa belle-fille, commises avant qu’ils se mettent ensemble en 2000, mais aussi sur deux de leurs cinq enfants, à partir de 2011 et sur une durée de 2 ans.

Les victimes avaient alors 8 et 9 ans. Enfin, il devra aussi expliquer cette scène de 2016, quand Danièle l’a surpris en train de masturber le fils d’un voisin, âgé d’un an, dans son bain.

Sexualité « sans inhibition » et « sans limite »

Malgré le courage de Sophie, l’enquête révélera que son demi-frère et sa demi-sœur avaient effectivement subi des agressions sexuelles avant leur placement, en plus d’un voisin, filleul de Gilbert Cardoso, alors qu’il était encore bébé.

Des faits que l’intéressé a nié en bloc, parlant de Sophie comme d’une « pourriture » et de l’affaire comme un complot. A peine a-t-il reconnu quelques violences sur Dominique Bertin, justifiées selon lui par le fait qu’elle exécutait mal les tâches ménagères.

Handicapé à 80 %, lui-même placé à l’âge de deux ans en raison de graves carences familiales et de suspicions d’inceste, Gilbert Cardoso a refusé de travailler jusqu’en 2012, se contentant de vivre des minima sociaux. Un homme atteint de « troubles psychopathiques » pratiquant une « sexualité sans inhibition » et « sans limite », ont relevé les experts psychologues.

« Ce qui frappe c’est cette façon chez lui d’assouvir ses désirs par tous moyens, cette fixation sur la procréation, passant d’une femme à une autre, tels des objets, en usant d’une emprise très forte, souligne Me Mikaël D’Alimonte, avocat des parties civiles. C’est une sorte de Joseph Fritzl français (NDLR : un Autrichien ayant séquestré sa fille dans sa cave durant 24 ans et avec qui il a eu sept enfants), à la différence que l’enfermement ici, est psychique. »

Delphine, détaille l’avocat, a ainsi longtemps été incapable d’expliquer si elle était consentante ou non aux rapports sexuels avec son beau-père.

« Elle se positionne aujourd’hui pleinement comme victime et voit ce procès comme le point de départ de sa reconstruction »,

poursuit-il, regrettant des loupés de la justice dans cette affaire, qui « ont eu pour conséquence de voler l’enfance de tous ces gamins ».

Le casier de Gilbert C. porte trace de 13 condamnations, prononcées entre 1988 et 2014.

En 1990, il avait été reconnu coupable par le tribunal correctionnel de Saint-Dié d’attentats à la pudeur sur mineurs et avait écopé d’une peine d’un an ferme, avec mandat de dépôt.

Contacté, l’avocat de Gilbert Cardoso, qui encourt jusqu’à vingt ans de prison, n’a pas souhaité s’exprimer. Le verdict est prévu jeudi.