Attablées dans la salle à manger, Mélanie* et sa fille Sofia* (les prénoms ont été modifiés) ont du mal à se replonger dans l’enfer des deux dernières années qu’elles viennent de vivre. La mère de famille est en combat depuis des mois pour permettre à sa fille de retourner étudier au collège.
Depuis le mois d’avril, Sofia refuse de retourner dans son établissement scolaire. Elle y a subi des agressions sexuelles répétées durant sept mois de la part de son professeur principal, alors qu’elle était âgée de 12 ans. Mélanie l’a appris grâce à une lettre du commissariat reçu chez elle.
Des mois d’attouchements
C’est en septembre 2024 que le calvaire de la jeune adolescente, harcelée à l’école primaire, commence.
“J’allais bien, ça allait mieux, je me suis fait des amis au collège. Au début, c’était pas explicite dans ces gestes, il me frôlait à peine les fesses et la poitrine. J’ai même pas fait attention”
, confie naïvement la jeune fille.
Sofia parle de son professeur principal, un “professeur apprécié par tout le monde” selon elle. Rapidement, les actes déplacés de l’enseignant se répètent et s’accentuent.
“Plus le temps passait, plus il passait sa jambe sur ma poitrine et mes fesses”
, se livre-t-elle, confuse.
Au début, j’étais dans le déni
, Sofia*, victime présumée d’agression sexuelle
La jeune fille se mure alors dans le silence.
“Ça me trottait dans la tête mais je n’ai pas su le dire tout de suite, je ne voulais pas rajouter des problèmes à ma famille.”
Jusqu’en avril 2025, Sofia subit les attouchements de son professeur et se renferme sur elle-même. Sa mère, alors loin de se douter que sa fille est une victime de violences sexuelles, remarque un changement de comportement.
Il y avait beaucoup de signes : ses colères, ses excuses pour pas aller à l’école. J’aurais dû comprendre
, Mélanie*, maman de Sofia*
“J’ai essayé d’en parler à ma mère mais je n’y arrivais pas. C’était compliqué de vivre avec ça.”
“Ma fille m’avait déjà prévenue qu’il y avait des problèmes avec un professeur, qu’il était accusé de choses très graves. Et moi je lui ai dit que ce n’était peut-être que des rumeurs. Pourquoi j’ai dit ça ?”
“Ça m’a libérée d’un poids”
Un an après, en avril dernier, Mélanie reçoit un courrier du commissariat l’informant que l’enseignant est mis en examen pour agression sexuelle et viol sur quatre mineurs, des élèves du collège. Sofia saisit l’opportunité pour tout avouer à sa mère.
“Ma fille a dit “enfin, je peux parler, on va me croire”. C’est un coup de massue, elle a commencé à me raconter. Elle m’a dit qu’au début elle ne s’était pas rendu compte, elle s’est dit qu’elle était un peu folle.”
Pour la mère, c’est le choc.
“J’en ai vomi, je suis sortie pour prendre l’air. J’ai eu une colère envers moi parce que je trouve que je n’ai pas été assez à son écoute.”
“Pourquoi nous n’avons pas été prévenues avant par le collège ? C’est incompréhensible”
, Mélanie*, maman de Sofia*
Commence alors un long combat pour la famille. La jeune fille est entendue par les enquêteurs puis une juge d’instruction la fait suivre par un psychiatre. Son secret révélé, Sofia décompense et réalise ce qu’elle a subi.
“Elle parlait de suicide. Elle a voulu se mettre la corde au cou pour arrêter en fait. Je la surveille la nuit, je la retrouve à dormir par terre en position fœtale.”
, témoigne Mélanie, qui a dû arrêter de travailler pour prendre soin de sa fille.
La famille se sent abandonné par l’établissement scolaire qui n’a jamais prévenu de la présence d’un agresseur dans son enceinte et refuse les demandes de rendez-vous. Sofia ne veut plus y mettre un pied.
“J’ai l’impression que je paye plus que lui”
Depuis le mois d’avril et la plainte déposée par la famille, Mélanie se bat pour que sa fille soit changée de collège rapidement. Car la jeune fille ne veut plus se rendre là où elle a été réduite au rang de victime.
“Même s’il n’est plus là, je revoyais sa salle de cours, là où ça se passait”
, révèle Sofia, en pleurs.
Une demande de dérogation est donc faite par sa mère.
“J’avais envoyé un mail à l’inspection académique pour dire qu’elle n’y retournerait pas, c’était inimaginable. On m’a dit que c’était au collège de faire le suivi scolaire. J’ai fini ma demande de changement d’établissement, ça a été accordé.”
La jeune fille s’apprête alors à faire sa rentrée dans un nouveau collège, mais la décision est suspendue, sans plus d’explications. Sofia désespère : depuis quatre mois, elle reste chez elle, et attend patiemment de retrouver ses cahiers d’école.
“J’ai juste l’impression que là c’est un luxe d’aller à l’école. Pour moi ce qui est impardonnable, c’est le fait, même s’il est encore innocent aux yeux de la justice, qu’avec tout ce que j’ai vécu, on veuille me mettre quelque part où je ne suis pas bien et où je n’arrive plus à apprendre.”
Finalement, la jeune fille fera sa rentrée dans un nouveau collège ce vendredi 2 octobre.
“Les principaux des deux établissements ont échangé pour permettre le meilleur accompagnement et suivi particulier de l’élève”
, affirme le Rectorat d’Amiens.
Mélanie et Sofia s’en réjouissent, mais la jeune fille doit encore apprendre à vivre avec son traumatisme. Et peut-être le rouvrir lors du procès de l’enseignant mis en examen. L’enquête est toujours en cours.