Couverture du livre La guerre contre nos enfants
La guerre contre nos enfants
Plus qu’un livre, l’aboutissement de dix années de combat de terrain. Un guide accessible pour comprendre, prévenir, alerter et agir face à la pédocriminalité.

Ariège | Un père condamné pour agressions sexuelles sur son fils de 3 ans 

Après un 2ème classement, la plainte avec constitution de partie civile permet de rouvrir le dossier

Le tribunal de Foix a condamné un père, ancien circassien, à quatre ans de prison, dont deux avec sursis probatoire, pour agressions sexuelles sur son fils âgé de trois ans. La décision intervient après des années de procédures et d'expertises confirmant les accusations du garçon.

Parfois, une image vaut mille mots.

Le dessin que Maître Andrieux tend à la présidente Chaulet, ce mardi 13 octobre, en témoigne : un clown, le sexe en érection, dessiné par le petit Thibaut*.

Le clown fait-il écho à son père Théo*, ancien circassien, qui aurait commis des agressions sexuelles sur son fils ?

C’est ce que pense la pénaliste, qui a longuement bataillé pour amener la parole du petit garçon devant la justice.

Alors que la nuit tombe sur le tribunal de Foix, dans une salle vide, les mots de la présidente résonnent d’autant plus fort, plongeant dans ce dossier poisseux aux longues et complexes étapes.

Il faut remonter à une plainte déposée en septembre 2019 pour que la machine judiciaire se lance.

Julie* en est à l’origine, après le comportement anormal de son fils.

Des comportements sexualisés à 3 ans

Le garçonnet est né de son union avec Théo en 2016, peu de temps après qu’ils se sont rencontrés.

Une première rupture survient, et le juge aux affaires familiales décide d’une garde classique : le week-end et la moitié des vacances chez le père, le reste du temps chez la mère.

S’ils se remettent ensemble temporairement, cela ne dure qu’un temps et Julie refait alors sa vie avec Kévin*.

C’est avec son nouveau compagnon qu’elle observe le premier comportement inquiétant de Thibaut, qu’il répète devant sa tante : à 3 ans, il demande un massage de son sexe, en érection.

Questionné, le garçonnet montre alors ses fesses, les soulève et dit qu’avec son père, lorsqu’il “fait l’étoile”, ce dernier met son sexe au niveau de son derrière.

“Il a mis son kiki”, rapporte l’enfant à sa mère.

Quand ils insistent pour qu’il s’explique, le petit se renferme, puis leur met un coup de pied.

Un premier classement sans suite

Mais un peu plus tard, auprès de son beau-père avec lequel il semble avoir un lien de confiance, Thibaut confie : “Daddy fait des bisous sur les fesses”, qui sont “agréables” pour lui.

Appelé par Julie, Théo nie tout et lui jette à la figure :

“T’es folle !”

Une ligne de défense qui ne variera pas tout au long du processus judiciaire.

Après des auditions de Thibaut compliquées, où le garçonnet ne veut pas trop parler, un examen médico-légal, sans traces mais qui ne permet pas d’exclure qu’il y a eu agression, et une audition de Théo où il explique que faire l’étoile, c’est quand ils sont sur la balançoire et qu’il dit à son fils qu’il va si haut qu’il va toucher les étoiles, un classement sans suite survient.

Des expertises qui appuient la parole du petit garçon

Une réouverture du dossier amène de nouveaux éléments.

C’est d’abord la psychothérapeute qui suit Thibaut qui signale ces dessins inquiétants de clowns en érection.

Une nouvelle expertise de la famille permet au petit garçon de réitérer ses accusations contre son père, chez qui il ne veut plus aller car il lui touche les parties intimes.

À cela s’ajoutent des visites médiatisées, décidées par le juge aux affaires familiales et qui se déroulent en présence d’associations dans un endroit neutre, qui se passent mal : le fils devient apeuré, anxieux, et le père entre dans des crises de colère en constatant ce rejet.

Après un deuxième classement, la plainte avec constitution de partie civile de Julie permet de rouvrir le dossier.

Et d’y verser de l’eau au moulin, Thibaut confirmant les agressions devant un juge d’instruction avec un discours “authentique”.

Théo, appuyé par ses parents, clame quant à lui l’aliénation parentale, que Julie “s’acharne pour consolider son mensonge”.

Tant pis pour les experts qui décrivent son “attitude nonchalante et sa tendance antisociale”, sa “désinhibition”, son “image lisse de lui-même” et sa croyance que “toutes les difficultés qui lui arrivent sont exogènes” et non de son fait :

“Ils sont mauvais”, ou alors Julie est “tellement forte et manipulatrice qu’ils sont pris dans ses mensonges”

, tranche-t-il.

“Il hurle au mensonge et ne se présente pas pour se défendre”

Et au milieu de ce champ de bataille, il reste Thibaut, avec son anxiété, son énurésie tardive et son souhait de porter des couches “pour ne plus être touché”, son syndrome de stress post-traumatique.

Un “parcours du combattant”, allègue Maître Andrieu, n’ayant pas épargné le petit garçon, qui a eu besoin de 6 ans de suivi thérapeutique et dont deux experts, à 4 ans d’écart, ont confirmé les séquelles psychologiques.

Ces derniers ont tous dit “que la mère ne manipule pas”, qu’elle représente “un cadre nécessaire pour le garçon”, poursuit-elle.

Et l’avocate de rejeter toute aliénation parentale, évoquant au contraire l’entourage de Théo qui aurait menacé Julie pour voir Thibaut, les crises de rage du père pendant les visites médiatisées, son acharnement contre Julie avec 13 plaintes, toutes classées.

4 ans de prison et mandat d’arrêt

La substitut du procureur ne dit pas autrement sur les accusations de Thibaut, qui sont constantes de ses 3 à ses 10 ans, appuyées par les expertises et ses symptômes.

Surtout, et âprement, elle dénonce Théo, ce père “qui n’apporte aucune explication mis à part des versions changeantes”, sa “recherche constante de la responsabilité de la mère”, son “rejet de la faute sur l’autre”.

Devant la salle vide, elle gronde :

“C’est inacceptable que devant de telles dénonciations de son fils, il hurle au mensonge et ne se présente pas pour se défendre.”

La cour va dans son sens en condamnant Théo à une peine plus lourde que requise : 4 ans de prison, dont 2 de sursis probatoire, avec mandat d’arrêt, une obligation de travail et de soins et une inscription au Fichier judiciaire automatisé des auteurs d’infractions sexuelles ou violentes (Fijais).

Il n’y aura pas non plus de contact avec Thibaut, sur lequel il perd toute autorité parentale.