Couverture du livre La guerre contre nos enfants
La guerre contre nos enfants
Plus qu’un livre, l’aboutissement de dix années de combat de terrain. Un guide accessible pour comprendre, prévenir, alerter et agir face à la pédocriminalité.

Paris | Violences sexuelles dans le périscolaire Paris mérite la médaille de l'omerta

« On lui redonne une chance, on le remet à l’épreuve dans un autre cadre »

Un animateur de l'école Saint-Dominique soupçonné de violences sexuelles suspendu mais décoré par la Ville, des parents à qui l’on ment, un responsable éducatif tenu dans l'ignorance et un avertissement délirant de Rachida Dati complètement dépassée…Le scandale ne fait que commencer.

Dans le sordide dossier du périscolaire parisien, les familles ne sont pas au bout de leurs surprises.

Dernière découverte en date : le 14 juillet 2025, dans la liste estivale des médailles d’honneur communales, figurait le nom du chef des animateurs de Saint-­Dominique (VIIe arrondissement), l’une des écoles au cœur du scandale.

Deux mois plus tôt, le 6 mai, ce « responsable éducatif ville » (REV) avait pourtant été suspendu après le dépôt d’une plainte contre X par les parents d’une petite fille, pour des « violences sexuelles ».

L’équipe de la mairie d’arrondissement (de Rachida Dati) avait, à l’époque, été informée, tout comme la mairie centrale (d’Anne Hidalgo) et le service départemental à la jeunesse, qui dépend de l’Etat.

Un signalement avait également atterri au parquet de Paris. Tout ce petit monde, qui savait et n’a rien fait, mériterait aussi une médaille…

Bobard est là

Un an plus tard, le 20 mai dernier, l’animateur se trouve dans le bureau de la brigade des mineurs : il est interrogé comme témoin sur sa suspension, dans le cadre d’une autre enquête visant deux de ses petits copains accusés de pédophilie.

Tombé dans le bec du « Canard », le ­procès-verbal de son audition confirme la légèreté avec laquelle les champions de la Caspe 7/15, la circonscription des affaires scolaires et de la petite enfance, qui dépend de la Ville de Paris, ont traité son cas :

« [La Caspe] a mis fin à ma suspension au bout de deux mois. Ils ont dû voir qu’il n’y avait rien. Pendant ces deux mois, personne ne m’a interrogé, ni la Caspe, ni la Dasco (direction des affaires scolaires de la Mairie de Paris), ni Jeunesse et Sports, ni vous-mêmes (les policiers). »

La bienveillance est telle que Maud Guillerm, la cheffe de la Caspe, lui propose de revenir travailler tranquillou au mois d’août 2025. La farce est annoncée aux parents par la direction de l’école.

Entre-temps, l’entreprise de dissimulation a tourné à plein régime. A la rentrée suivante, alors que le gugusse, finalement, ne revient pas à Saint-Dominique, une explication lapidaire est donnée aux familles inquiètes :

« Il est en arrêt maladie. »

Un bobard similaire est claironné trois mois plus tard, lorsqu’un autre animateur de Saint-Dominique est exfiltré à son tour pour « violences éducatives » (des cris).

En guise de sanction, la Caspe le recase, après un simple « recadrage oral », dans une autre école – celle de Volontaires, dans le XVe arrondissement.

« Il débute dans le métier, il est stagiaire »

, expliquent benoîtement les représentants de la Ville lors d’une rencontre houleuse organisée le 2 décembre 2025 avec les parents et Emmanuelle Dauvergne, l’adjointe de Dati à la mairie du VIIe.

Aucune enquête administrative n’est ouverte à l’encontre de cet individu, car « il ne faut pas porter atteinte à sa carrière »… Ce serait dommage, en effet !

A Volontaires, la « carrière » du type se poursuit. Le 11 février dernier, lors d’une nouvelle réunion tout aussi surréaliste dont « Le Canard » a récupéré deux enregistrements, la cheftaine de la Dasco balance à des parents éberlués :

« On lui redonne une chance. On le remet à l’épreuve dans un autre cadre. »

Le « chanceux » a fini en détention provisoire, soupçonné notamment de deux viols sur des enfants de petite section de cette école…

Dati exonérée

Le 18 mars, lors d’une énième rencontre enregistrée en présence d’un aréopage d’officiels, le responsable éducatif de Volontaires se lâche, furieux :

« J’ai demandé, avant qu’on m’affecte cet animateur de force, d’avoir le rapport (sur les faits qui lui avaient été reprochés à Saint-Dominique), qui ne m’a jamais été remis. »

Et le malheureux de poursuivre :

« Pas question que je porte les défaillances d’une administration qui nous demande de plus en plus d’écrits mais qui, elle, communique en permanence à l’oral, entre deux portes ou dans un bureau sans témoin… »

Au passage, on apprend de ces échanges à huis clos qu’un premier signalement, effectué dès 2024, à l’école Rapp, dans le VIIe arrondissement, avait été passé sous silence par la mairie d’arrondissement et par la Caspe.

Et qu’il est régulièrement demandé aux représentants des parents d’élèves des écoles concernées de la boucler, voire de mentir.

Sans parler de ces situations absurdes où les plaignants et les psychologues scolaires qui alertent se voient reprocher par les élus municipaux de vouloir « régler des conflits internes ».

Cet été encore, certains parents ont eu à subir des envolées délirantes. Comme celle de Dati, dans sa mairie du VIIe arrondissement, le 1er juillet :

« Je vous le dis, mesdames et messieurs, nous aurons encore des agressions sexuelles et des viols. Je préfère vous l’annoncer, le périscolaire n’est pas réglé et ne sera pas réglé pour l’année scolaire à venir. »

Après ces paroles réconfortantes, 25 familles de Saint-Dominique et de Volontaires ont porté plainte, le 13 octobre, pour « mise en danger d’autrui », « non-dénonciation de délit sexuel » et « omission volontaire d’empêcher un crime contre un mineur ».

Dati et son acolyte Dauvergne ont la chance de ne pas être dans le viseur de ce collectif.

Treize responsables, en revanche, se retrouvent en première ligne, parmi lesquels Anne Hidalgo et Emmanuel Grégoire, et Patrick Bloche, ex-­premier adjoint chargé de la petite enfance.

L’aréopage va recevoir une médaille d’honneur de la Ville ?