Couverture du livre La guerre contre nos enfants
La guerre contre nos enfants
Plus qu’un livre, l’aboutissement de dix années de combat de terrain. Un guide accessible pour comprendre, prévenir, alerter et agir face à la pédocriminalité.

Polynésie | Seize ans de réclusion criminelle pour le septuagénaire incestueux

Que de vies volées, de corps abîmés et salis

Une peine en deçà des réquisitions, qui étaient de 18 ans. Après neuf ans à errer dans les méandres judiciaires, le dossier est enfin refermé et les victimes reconnues en tant que telles. Elles vont pouvoir tirer un trait et « enfin passer à autre chose », a confié l’une d’elles.

Si l’audience de jeudi s’est clôturée avec un accusé qui a accordé « magnanimement » son pardon aux victimes, la troisième et dernière journée de ce procès a débuté ce vendredi par le rapport de l’expert psychiatre, qui s’était entretenu avec l’accusé dans le cadre de sa détention provisoire.

L’expert a noté que l’homme, alors âgé de 65 ans, se déclarait victime, « sollicité par les gamines », mais relevait

« de tendances pédomanes. Il est impératif de le tenir à distance de victimes potentielles. »

Concernant ces tendances, il assure que

« ce n’est pas un accident, pas quelque chose de pulsionnel, il a fait plusieurs victimes et cela sur dix ans. » Il précise : « je dis tendance car il est aussi attiré par les femmes. La vraie pédomanie est élective. » Pour l’expert, il n’y a pas de travail possible sur cette déviance. « On ne guérit pas de ses tendances. Pédomane un jour, pédomane toujours, comme on dit. » Il déclare aussi qu’aux moments des faits, l’accusé ne souffrait ni d’abolition ni d’altération du discernement. « Il est indemne de pathologie mentale. »

« Que de vies volées, de corps abîmés et salis »

« La Bible enseigne que Satan est bien réel », attaque Me Karina Chouini, inspirée, qui représente les parties civiles. « C’est un individu comme les autres, avec femme et enfants. C’est un musicien adulé, un papy blagueur… Mais derrière peut se cacher le diable !» Elle se retourne vers l’accusé. « Qui aurait pu imaginer un instant que l’homme aux ‘quarante conquêtes’ était un grand-père violeur… Personne ! »

Rappelant les traumatismes qu’ont subis les victimes, leur vie brisée et dévastée, elle assène :

« Mais le diable s’en moque, il rit, aucune souffrance ne le touche. Il ne ressent rien sauf le désir de possession charnelle. Il est dans la toute-puissance. » Abandonnant les métaphores bibliques, et pointant du doigt le septuagénaire, elle nomme une à une ses victimes. « Que de vies volées (…), de corps abîmés et salis. Voila ce qu’il a fait ! »

Elle marque un temps, fixe les jurés, puis :

« L’accusé a vendu son âme au diable, il a fait ce choix. Mais il reste la justice des hommes (…), pour prononcer une peine qui soit un message fort afin qu’elles soient reconnues comme victimes et qu’elles puissent se reconstruire. »

Elle se rassoit, le visage fermé, encore 

dans sa plaidoirie.

« C’est un musicien, il nous joue du pipeau ! »

Jacques Louviers, l’avocat général, se lève. Imposant dans sa robe rouge, il occupe l’espace. « À titre personnel, je n’ai pas trouvé d’humanité chez l’accusé. C’est un sérial violeur, la pluralité de ses victimes est importante et il encourt 20 ans. »

Il détaille son mode opératoire :

« Ici, on a du respect pour le metua, on l’écoute et il profite de son aura à des fins perverses. » Il balaie de ses mains l’espace comme pour capter l’attention des jurés, puis se retourne vers les victimes. « Il y a un seul accusé ici. Vous n’êtes pas accusées. Il n’y a pas eu de consentement. À aucun moment, vous ne pouvez être considérées comme responsables. »

Se rapprochant du plus proche des jurés, il poursuit :

« Leur âme est meurtrie, blessée. C’est une douleur psychologique et, pour l’oublier, certaines se sont scarifiées et la douleur physique prend alors le dessus. Mais cette souffrance psychologique ne disparaîtra pas. »

Concernant sa soi-disant impuissance et son sexe diminué, arguments avancés par l’accusé pour nier les faits, l’avocat général se fait familier :

« Il nous prend pour des quiches ! Un micro-pénis par suite d’une opération des reins ! C’est un musicien, il nous joue du pipeau ! » Assurant qu’en 40 ans, il n’avait jamais vu un violeur sourire aux assises : « Il ne reconnaîtra jamais ses torts, il n’y a pas de facteur d’évolution. » Il requiert 18 années de réclusion criminelle.

« Ce n’est pas l’Antéchrist, c’est un être humain »

Me Hina Lavoye se lève. Sur ses épaules, le poids des charges qui pèsent contre son client. Elle le porte seule, lui, semble indifférent.

« Parfois, notre pire ennemi, ce n’est pas l’avocat général, ni les parties civiles, mais l’accusé. Et aujourd’hui, c’est compliqué. Il a une personnalité très particulière. »

Paraphrasant Me Chouini, « ce n’est pas l’Antéchrist, c’est un être humain », elle constate que l’accusé

« ne dit pas : ‘il ne s’est rien passé’, mais ‘j’ai une relation sexuelle avec mes petites-filles, mais elles étaient consentantes’.C’est choquant, mais il n’a aucune notion de l’interdit, comme l’a dit la psychologue. »

 

Concernant l’attitude de l’accusé durant les trois jours d’audience, un comportement inadéquat qui a marqué les esprits, elle tente de l’expliquer.

« À ce que j’ai compris, ce n’est pas du mépris, mais face à ce qu’on l’accuse, c’est plus une façon de se protéger, un mécanisme de défense. »

Faisant référence au traitement tardif de ce dossier, « aujourd’hui, il me dit : ‘je risque 20 ans, mais j’ai 74 ans, il fallait me juger avant’ », elle constate : « 18 ans, c’est une condamnation à mort, et il le sait. Je vous demande de prendre cela en considération. »

Avant de se rendre dans la salle des délibérations, la présidente de la cour d’assises demande à l’accusé s’il a quelque chose à ajouter. Il se lève, va à la barre et ajoute : 

« Je demande pardon, pardon ». 

Enfin, il reconnaît ses fautes puis : 

« Je demande juste si je peux être relaxé. » 

Un ange passe.

Après neuf ans à errer dans les méandres judiciaires, car le dossier est passé entre les mains de quatre juges d’instruction suite à des mutations, des remplacements tardifs et la période Covid, le verdict est enfin tombé.

Après délibération, les trois magistrats et les six jurés l’ont condamné à une peine de seize années de réclusion criminelle. Le dossier est enfin refermé et les victimes reconnues en tant que telles. Elles vont pouvoir tirer un trait et « enfin passer à autre chose », a confié l’une d’elles.