Couverture du livre La guerre contre nos enfants
La guerre contre nos enfants
Plus qu’un livre, l’aboutissement de dix années de combat de terrain. Un guide accessible pour comprendre, prévenir, alerter et agir face à la pédocriminalité.

Vesoul | 8 et 18 ans de réclusion pour deux frères violeurs

"Cela représente entre 300 et 600 viols"

À Vesoul, l'avocat général avait réclamé ce 25 septembre jusqu'à 18 ans de réclusion criminelle contre deux frères jugés pour de multiples viols sur des enfants qu'ils gardaient. Après cinq jours d'un procès éprouvant devant la cour d'assises de Haute-Saône, le verdict est tombé.

Il est arrivé en ambulance. Le principal suspect de ce procès Claude F. 250 kilos, fait face à la cour depuis un lit médicalisé dans lequel il est en position quasi couchée en raison de son poids et de sa taille. Il a les yeux fermés la plupart du temps, et semble souffrir. Trois ambulanciers, une infirmière veillent sur ce prévenu atypique.

Son procès n’a pas pu se tenir dans l’historique palais de justice de la ville de Vesoul. Sur les conclusions d’un expert médical, il a fallu délocaliser le procès pour l’organiser de plain-pied dans une salle du parc des expositions de Vesoul où sont jugés les deux frères.

Dès le début du procès, lors de la lecture des faits par la présidente, l’horreur des mots s’est invitée à l’audience. Des mots crus.

“Déshabille-toi”. “Suce ma bite”.

Des phrases prononcées à leur domicile par les deux suspects dans des vidéos qu’ils avaient conservées de leurs actes sur deux enfants mineurs.

Reconnaissez-vous ces actes de viol et d’agression sexuelle ? D’emblée, l’homme alité affirme reconnaître tout. Son frère, Thierry F. assis, la tête penchée la plupart du temps, reconnaît également, mais “tout n’est pas vrai” dit-il.

S’ensuit, la déposition d’un des enquêteurs. La première fois qu’ils perquisitionnent chez les deux frères, ils ne trouvent rien. Mais quand ils reviennent à l’improviste, des armes factices sont retrouvées. Quatre pistolets, un fusil d’assaut. Et une centaine d’images pédopornographiques dont nombre d’entre elles sont celles des deux petits garçons.

L’avocate d’une des parties civiles a ensuite demandé le huis clos partiel lorsque les vidéos retrouvées par les enquêteurs sont diffusées à l’audience. Elle fait sortir de la salle son client, victime présumé de deux frères, un jeune homme aujourd’hui d’une vingtaine d’années.

Des actes “abominables”

Les deux frères de 53 et 52 ans devront répondre ces prochains jours aux questions encore plus précises de la présidente de la cour d’assises. La situation d’obésité sévère de Claude F. surnommé Doudou, ne doit pas masquer les violences sexuelles présumées à l’encontre de deux petits garçons.

Les faits qui seront jugés par la cour d’assises se seraient déroulés entre 2008 et 2019. Les deux frères sont accusés d’avoir violé et agressé sexuellement deux garçons âgés de 7 à 9 ans environ, membres d’une même branche familiale. Ils les gardaient de temps en temps dans leur appartement de Frotey-lès-Vesoul pour “rendre service”.

Un premier enfant aurait subi les violences pendant plusieurs années, sans oser ou pouvoir parler.

“Chez les frères, il y avait une réplique de fusil ou de pistolet en bois. L’enfant aurait été menacé s’il parlait”,

Affirmait en amont de l’ouverture de ce procès l’avocate Me Caroline Lavallée.

En 2018, un autre enfant, âgé de 9 ans et gardé par les frères, finit par donner l’alerte auprès de l’éducatrice qui le suit. La justice s’empare alors de l’affaire.

Le verdict

Après 5 jours de procès, la cour d’assises a rendu sa décision à l’encontre des deux frères. Les faits ont duré des années. Viols, sodomie, masturbation… le tout à un rythme effréné sur les enfants, plusieurs fois par semaine.

Une première victime a subi les faits entre ses 7 et 12 ans entre 2008 et 2014.

“Cela représente entre 300 et 600 viols”

A précisé cette semaine à l’audience son avocate Me Caroline Lavallée. Le jeune homme âgé de 25 ans était présent à l’audience, mais il est sorti de la salle quand les vidéos des actes insoutenables découverts par les enquêteurs ont été projetées devant les jurés.

L’autre victime est un jeune qui a été violé et agressé alors qu’il avait entre 5 et 7 ans entre 2014 et 2016. C’est lui qui finira par donner l’alerte en se confiant à une éducatrice.

Ce procès atypique s’est déroulé devant la cour d’assises de Haute-Saône délocalisée exceptionnellement au parc des expositions de Vesoul en raison de l’obésité sévère du principal accusé. Les jurés ont suivi les réquisitions de l’avocat général

18 ans de réclusion criminelle ont été requis et prononcés à l’encontre de Claude F, 53 ans. Il sera soumis à un suivi sociojudiciaire de 7 ans et une peine de 3 ans si ce suivi n’était pas respecté. L’homme a interdiction d’entrer en contact avec des mineurs et est condamné à 10 ans d’inéligibilité. Ce prévenu sera incarcéré au centre pénitentiaire de Varennes-le-Grand en Saône-et-Loire.

Mais son avocat a annoncé faire appel de cette condamnation.

10 ans de réclusion avaient été requis contre Thierry, F, 52 ans pour les mêmes faits de viols et agressions sexuelles. Il a été condamné à une peine de 8 ans, assortie d’un suivi sociojudiciaire de 5 ans (avec deux ans de prison en cas de non-respect). Il a lui aussi interdiction d’entrer en contact avec des mineurs et sera inéligible durant 10 ans. Il a été transféré en détention également.

Lors des interrogatoires cette semaine, les deux hommes ont reconnu les faits, partiellement parfois, sans pouvoir les expliquer.

Les experts psychologues ont brossé le portrait d’une fratrie qui cumulait les difficultés, manque d’affection parentale dans leur enfance, logement insalubre, manque d’empathie, surpoids et moqueries pour l’aîné, déficit intellectuel pour le benjamin des deux frères.