Couverture du livre La guerre contre nos enfants
La guerre contre nos enfants
Plus qu’un livre, l’aboutissement de dix années de combat de terrain. Un guide accessible pour comprendre, prévenir, alerter et agir face à la pédocriminalité.

Strasbourg | Un homme condamné pour détention de milliers de documents pédocriminels

Encore un pédocriminel en liberté

Toujours en liberté

Le prévenu prétend s’interroger sur sa pédomanie depuis 40 ans et jure ne pas l’être. La police a découvert à son domicile strasbourgeois des dizaines de milliers de documents pédocriminels. Il a été jugé vendredi 21 août lors de l’audience des comparutions immédiates.

Tout est parti d’un signalement sur le site moncommissariat.fr : des ouvriers étaient venus au domicile du prévenu pour changer des fenêtres et ont découvert, dans un terrible capharnaüm, outre des poupées habillées de vêtements d’enfants, une valise débordant de photos pédocriminelles.

Les enquêteurs ont trouvé des magazines pédocriminels datant des années 1980, des DVD gravés remplis de photos insoutenables ainsi que des clés USB, des disques durs et un ordinateur portable dont le navigateur internet avait en favori des sites pédocriminels (désormais fermés).

« J’aime les enfants, comme tout le monde », se défend le mis en cause à l’allure de père Noël, expliquant être tombé par hasard sur du contenu pédocriminels en téléchargeant de la musique via un site de partage des fichiers.

Il s’est alors interrogé pour savoir s’il était pédomane.

Selon lui, non.

« Ça ne m’intéresse pas ce genre de chose. Je trouve ça dégueulasse. »
« Pourquoi avez-vous gardé les images, alors ? » demande la présidente Louise Oddoux.
« Je garde tout en général », répond celui qui est atteint du syndrome de Diogène.

Cet homme, qui ne travaille plus depuis 25 ans, confie son désir de réexercer une activité professionnelle :

« Je voudrais faire du nettoyage ».

« J’ai l’impression qu’elles sont consentantes »

Le prévenu confesse avoir eu, il y a longtemps, trois relations amoureuses inabouties et aussi s’être travesti dans sa vingtaine.

« Je sais que j’ai un problème sexuel. Je suis immature. »

Très rapidement, ses réponses à l’évocation de sa personnalité par la juge sidèrent et choquent les magistrats.

À 28 ans, il aurait voulu un enfant avec une fillette de 14 ans, enfant d’un collègue :

« La fille n’était pas amoureuse de moi. Je ne suis pas allé plus loin. »

Les policiers ont trouvé des culottes féminines dans son lit :

« Je suis un peu fétichiste ».

Sur le côté intolérable des photos retrouvées en sa possession, montrant des fillettes prépubères, il a des doutes :

« Je n’ai jamais vu un enfant se faire violer. J’ai l’impression qu’elles sont consentantes. »

Selon l’expertise psychiatrique, le mis en cause présente « un désinvestissement personnel ancien », « un trouble dépressif récurrent », « un isolement radical qui contraste avec sa volonté de fonder un foyer », « un trouble du spectre autistique ».

Au moment des faits, son discernement était altéré mais pas aboli.

« Il s’est créé son monde, sa bulle »

Pour le procureur Éric Haeffelé, le prévenu ment lorsqu’il dit son dégoût.

« Il s’est créé son monde, sa bulle où il vit sa sexualité pédomane avec ses poupées qu’il a sexualisées, auxquelles il met des dessous, des couches ! Il a une obsession de l’enfant. Il est bien plus conscient qu’il ne veut nous le faire croire. C’est un pédomane ; il faut l’accepter et le reconnaître, sinon il n’avancera jamais. »

Me Nathalie Pfalzgraf dénonce « les images abjectes, immondes » détenues par son client.

« Il faut mettre un frein à la situation. Il a besoin de soin et d’un suivi. Il faut qu’il comprenne qu’il y a des choses qui ne se font pas. »

« On ne va pas vous lâcher ! »

Le prévenu est condamné à 24 mois de prison dont 18 assortis de sursis.

Il n’est pas maintenu en détention pour la partie ferme et est convoqué devant un juge d’application des peines.

En peine complémentaire, il est placé sous suivi sociojudiciaire pendant dix ans avec injonction de soin et interdiction d’exercer une activité en contact avec des mineurs.

Il est inscrit au fichier des auteurs d’infractions sexuelles.

« Vous êtes dans le viseur de la justice. On ne va pas vous lâcher ! » le prévient la présidente.