Jacou | Fanny Birenbaum continue de se battre pour que la parole de sa fille soit entendue

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Le combat d’une maman pour faire entendre la parole de sa fille de 5 ans, victime d’inceste
Suite aux confidences de sa petite fille de 5 ans, Fanny déposera plainte contre son ancien compagnon pour agressions sexuelles sur mineure. Sa plainte sera classée sans suite, et la petite se verra contrainte de continuer à se rendre chez son père.

Fanny n’en revient toujours pas.

La page Facebook que cette maman héraultaise a créée il y a un mois, L’enfant a parlé, pour défendre la parole des enfants victimes de violences sexuelles et interpeller la justice, a dépassé les 20 000 abonnés.

Cette infirmière âgée de 30 ans se retrouve dans l’incompréhension la plus totale depuis qu’elle a signalé, le 28 avril 2020, aux gendarmes des faits d’agression sexuelle sur sa fille de 5 ans, accusant son ex-compagnon et père de son enfant, avec une plainte en bonne et due forme le 8 mai, enregistrement audio des confidences troublantes de sa fille et autres dessins inquiétants de la petite Marie (prénom d’emprunt) à l’appui.

Je me sens démunie, alors que je veux seulement protéger ma fille

Tiraillée entre “son devoir de mère qui veut protéger sa fille du pire” et les arcanes de la justice, qui répond par un classement sans suite en quelques semaines, “faute de preuve suffisante”.

Elle l’apprendra d’ailleurs fortuitement au cours de sa garde à vue le 22 juin dernier, alors qu’elle y est interrogée par les mêmes gendarmes pour non-représentation d’enfant.

À l’instar de nombreux parents qui se retrouvent démunis face à ce type de cataclysme familial, on lui reproche “d’avoir voulu faire sa loi” et d’agir hors la loi.

Le soir même, sa fille repartait chez son père pour une semaine chez son père, en vertu d’un droit de visite et d’hébergement fixé en 2019. Alors que la mère demande au minimum que les visites auprès du père soient médiatisées.

Désemparée, ayant frappé à la porte de la justice, de nombreuses associations et professionnels, sans résultat, elle recherche un soir “pédocriminalité” sur internet et trouve une écoute auprès de l’équipe de l’Association Wanted Pedo. Ils publient toute son histoire sur leur site avec le nom et la photo du père.

“Je n’ai plus rien à perdre pour sauver ma fille, répond Fanny, consciente du risque. Je leur fais confiance, il faut que l’on sache que l’on remet des enfants à des pédocriminels. La parole des enfants n’est pas prise en compte. Alors qu’un enfant qui dénonce ce genre de choses ne ment jamais.”

Fanny en veut pour preuve ces milliers de gamins abusés qui finissent par révéler les abus une fois adultes, au bout d’une terrible souffrance.

Wanted Pedo publie « son parcours du combattant » depuis qu’elle a rencontré le père de Marie en 2010, alors étudiante.

En 2013, il est condamné pour violences physiques infligée à Fanny.

En 2011, il l’avait même enfermée dans un coffre de voiture. Souvent ivre, il menace de la tuer si elle le quitte, assure qu’il va changer. Alors, elle retourne auprès de lui…

Fanny tombe enceinte en 2014. Elle finit par se séparer du père en 2017. Il lui promet l’enfer.

Dès décembre 2018, après une violente dispute, son ex la menace de faire accuser son nouveau compagnon d’attouchements sexuels sur Marie, avec l’intention de lui retirer la garde. Sa mère l’interroge.

Marie répond que son père lui a :

« touché la foufoune avec un gros bâton, il me fait des guilis».

Fanny doute mais le signalera au moment de déposer une nouvelle plainte pour harcèlement. Elle constate des troubles du comportement chez Marie, âgée de cinq ans, souvent mutique, qui ne veut plus aller chez son père.

Le 28 avril dernier, c’est la stupeur.

« Le voisin était venu m’aider à monter la piscine. Elle lui a demandé de la caresser… »

Sa mère lui rappelle que personne n’a le droit de la toucher et la petite va alors décrire des pénétrations qui la « brûlent » quand elle est chez son père.

Des propos enregistrés : Ecouter l’audio

Sous le choc, Fanny retourne à la gendarmerie, fait une déposition et confie la bande. Une enquête est ouverte. Mais face aux gendarmes de la brigade de prévention de la délinquance juvénile (BDPJ) de Lunel, l’enfant ne dit mot.

L’enfant ne parle pas devant les gendarmes.

Fanny, qui doit remettre l’enfant au père, est admise aux urgences pédiatriques avec sa fille pendant cinq jours. Le médecin légiste conclu à l’absence de lésions, mais à une suspicion de maltraitance.

Un signalement est envoyé à l’aide sociale à l’enfance.

Les gendarmes tentent une seconde fois de faire parler la fillette. Sans succès.

Marie continue de dessiner des phallus.

Le 8 mai, Fanny décide de déposer une plainte après des confidences de Marie à la psychologue de Fanny. Une expertise est réalisée à la demande du parquet le 11 mai.

« C’est extrêmement inquiétant m’a dit l’expert », se souvient la mère sans avoir pu lire le rapport.

L’enquête sera classée sans suite le 9 juin. Mais Fanny n’en est pas informée.

Elle saisit le juge des enfants et tente une nouvelle fois de faire valoir les propos de sa fille devant le juge des affaires familiales.

Le 13 août, la cour d’appel constate « un contexte violent » et réserve sa réponse au 15 décembre, en fonction du résultat d’une enquête sociale et médico-psychologiques en cours.

« Je me sens démunie alors que je veux seulement protéger ma fille sans défense », écrit-elle au parquet pour relancer l’enquête au pénal.

Depuis, une mesure judiciaire d’investigation éducative a été ordonnée par le juge des enfants à réaliser d’ici mars 2021.

 

Un rapport éloquent :

Marie Mercier, sénatrice LR de Saône et Loire, a travaillé sur la protection des mineurs victimes de violences sexuelles alors qu’elle était rapporteuse d’un groupe de travail au Sénat (rapport publié le 8 février 2018), comme rapporteur de la proposition de loi « organisation et programmation pour une meilleure protection des mineurs victimes d’infraction sexuelle » et du projet de loi sur les violences sexuelles et sexiste.

Elle recommander un meilleur accompagnement des parcours judiciaire de petits.

« Votre rapporteur insiste sur l’importance de disposer de personnel formé et travaillons en partenariat pour assurer la réussite des dispositifs (…) il convient d’affirmer le droit de chaque victime de disposer d’un égal accès sur tout le territoire aux structures nécessaires permettant de recueillir la parole dans des conditions bienveillantes ».

Et évoque les carences de formation à la prise en compte des troubles du comportement chez les mineurs :

« Les professionnels doivent être formé à la détection des troubles psycho-traumatiques et a ne pas les considérer comme un signe de remise en cause de la crédibilité de la parole de la victime ».

 

L’association Wanted Pedo défend ses méthodes et critique un système « défaillant » :

Maxime Montaut, président fondateur de l’association Wanted Pedo, indique :

« Nous sommes des citoyens qui nous sommes lancés dans le combat contre la pédocriminalité il y a six ans ».

Un site qui emploie des méthodes méconnu ou très contesté par les acteurs de la protection de l’enfance pour dénoncer les crimes et abus sexuels touchant les mineurs au sein de la société.

Pour dénoncer le classement sans suite du dossier de Fanny, les militants n’ont pas hésité à publier la photo et le nom du père mis en cause.

S’exposant ainsi à des poursuites pour diffamation ou dénonciation calomnieuse.

L’association s’est fait connaître dernièrement pour avoir dénoncer la première la vente de « poupées sexuelles représentant des enfants » sur le site Amazon.

Ce militant, qui a grandi près de la frontière belge et dont la jeunesse a été matraquée par l’affaire Dutroux, estime :

« Au départ, nous ne faisions pas de publication directe, explique le porte-parole. On restait en retrait, on trouvait des avocats pour les familles pour les audiences, on aidait pour monter des dossiers sérieux. Mais même avec le meilleur avocat du monde, même avec des expertises judiciaires et six ou sept certificats médicaux qui attestent des signes, ces professionnels ne sont pas pris en compte, ni les témoignages des enfants, ni les témoins des propos des victimes. C’est comme si toutes ces pièces n’existaient pas et les juges finissent par placer des enfants en foyer ou remettre l’enfant à son agresseur ».

L’équipe Wanted Pedo, qui compte une quinzaine d’antenne en France, c’est alors attelée à la dénonciation direct sur Internet après « un protocole d’étude de dossier ».

Mais le remède n’est-il pas pire que le mal en recourant à la vindicte populaire ?

« On a essayé tellement de stratégies, poursuit Maxime Montaut. On surveille des sites pédophiles ; ce qu’on voit, c’est qu’ils se targuent de passer entre les mailles et ce qui les dérange le plus, ce n’est pas la justice, c’est leur réputation, que quelqu’un de proche sache ce qu’ils font. Nous, on veut que la peur change de camp. Nous voulons faire bouger les choses ».

Wanted Pedo, qui suit entre 50 et 60 familles, assure qu’elle endosse tous les risques et prétend n’avoir quasiment jamais été poursuivi.

Quant au risque d’instrumentalisation des enfants dans des contextes de conflits familiaux, Wanted Pedo répond que :

« Seuls 2 % des enfants mentent dans ce genre de dossier, alors que 98 % des plaintes sont classés sans suite. Les procédures pénales sont complexes. Celle pour viol sont les plus longues en France, avec celle pour évasion fiscale, alors que pour un viol, il faut réagir vite, il n’y a aucun principe de précaution. Il faut changer le système défaillant et obsolète ».

 

Source : midilibre.fr

Pour accéder aux détails de cette affaire, cliquer sur le lien suivant : Wanted-pedo.com

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