Couverture du livre La guerre contre nos enfants
La guerre contre nos enfants
Plus qu’un livre, l’aboutissement de dix années de combat de terrain. Un guide accessible pour comprendre, prévenir, alerter et agir face à la pédocriminalité.

Hautes-Alpes | Un père incestueux et violent prend 10 ans

"Si vous ne le condamnez pas, j'aurai peur tous les jours"

L'homme de 55 ans comparaissait depuis le 22 octobre devant la cour criminelle des Hautes-Alpes. Acquitté des faits les plus anciens, le Champsaurin a toutefois été reconnu coupable d'avoir violé sa fille à plusieurs reprises au cours de son adolescence.

L’homme de 55 ans comparaissait depuis le 22 octobre devant la cour criminelle des Hautes-Alpes. Acquitté des faits les plus anciens, le Champsaurin a toutefois été reconnu coupable d’avoir violé sa fille à plusieurs reprises au cours de son adolescence.

“Vous m’imaginez, moi, faire cela à ma fille ? Je suis un pédophile, moi ?” lance-t-il à la cour, en ajoutant qu’il “ne faut pas être bien dans sa tête” pour l’accuser de ces sévices “imaginaires”.

Ce vendredi 23 octobre, dernier jour de procès pour ce Champsaurin de 55 ans. L’homme est jugé depuis la veille devant la cour criminelle des Hautes-Alpes, accusé d’avoir violé et agressé sexuellement sa fille à une quinzaine de reprises entre ses quatre et ses 17 ans, mais également de l’avoir battue régulièrement.

Après près de sept années de procédure, c’est sa dernière chance de faire entendre ses dénégations, qu’il maintient depuis le tout début de l’enquête. Poussé dans ses retranchements par la présidente de la cour, Valérie Blain, les nerfs du père de famille semblent mis à rude épreuve.

“Est-ce que je m’exprime assez bien en français ? Je n’ai jamais touché ma fille. Je n’ai jamais violé ma fille. Suis-je bien clair ?”

« J’attends juste justice, je sais que les souvenirs seront toujours là »

La jeune femme, âgée de 24 ans aujourd’hui, a longuement été auditionnée à la barre. Elle qui appelle désormais son père son “géniteur” a, une nouvelle fois, maintenu ses dénonciations, précisé autant que faire se peut les agressions qu’elle dit avoir subies.

“J’attends juste justice, mais je sais que les souvenirs seront toujours là. Si vous le condamnez, j’aurai peur pour quand il sortira. Si vous ne le condamnez pas, j’aurai peur tous les jours”, souffle-t-elle.

La cour criminelle n’a ici d’autre choix que “d’arbitrer sur deux paroles contradictoires”, souligne l’avocate générale, Zoé Grysole.

Et comme “bien souvent dans ce type de dossiers de violences sexuelles” : pas de témoin direct, pas de constatation médico-légale formelle, mais aussi de “nombreuses zones d’ombre et des imprécisions” poursuit la magistrate.

Des faits “extrêmement graves”

Il existe pour autant “de très nombreux éléments qui donnent du crédit à ce qu’elle a pu dire” : la persistance de ses dénonciations pendant ces longues années de procédure, son état de choc manifeste au moment de la révélation des faits ou encore l’absence d’hypothèse plausible qui pourrait expliquer de fausses déclarations.

Si la cour reconnaissait la culpabilité de l’accusé pour ces faits “extrêmement graves”, l’avocate générale requiert une peine de réclusion criminelle “qui ne pourra être inférieure à douze ans”, annonce-t-elle en début de soirée.

« Votre mission n’est pas de choisir qui croire »

“On ne condamne pas un homme parce qu’une accusation est grave et qu’elle paraît plausible”, rappelle à la défense Me Nicolas Wierzbinski. “Votre mission n’est pas de choisir qui croire, mais si les faits sont établis.” À partir des éléments de preuve, des doutes qui peuvent subsister et de “votre intime conviction” déclare l’avocat qui plaide, sans surprise, l’acquittement.

“Je ne veux pas payer pour ce que je n’ai pas fait”, implore l’accusé peu avant la clôture des débats.

La décision de la cour criminelle est tombée peu avant minuit ce vendredi : le père de famille a été acquitté des faits les plus anciens mais reconnu coupable de viols sur sa fille pendant son adolescence, ainsi que de violences habituelles. Il a été condamné à 10 ans de réclusion criminelle.