Couverture du livre La guerre contre nos enfants
La guerre contre nos enfants
Plus qu’un livre, l’aboutissement de dix années de combat de terrain. Un guide accessible pour comprendre, prévenir, alerter et agir face à la pédocriminalité.

Lusignac | Un beau-père condamné à 14 ans de réclusion pour avoir violé sa belle-fille

Elle avait 12 ans lorsque son beau-père a commencé à l’agresser, profitant des absences de sa mère

Illustration | Cour d'Assises de la Dordogne

Le 27 octobre 2026, la cour criminelle départementale de la Dordogne a condamné un homme de 49 ans à quatorze ans de réclusion criminelle pour des viols incestueux sur sa belle-fille, commis entre 2016 et 2019 à Lusignac. La victime n’avait que 12 ans au début des faits.

Vêtu d’un sweat-shirt vert fluo, l’homme aux cheveux courts et teints jugé pour viol incestueux sur mineur devant la cour criminelle départementale (CCD) de la Dordogne depuis ce lundi 26 octobre au matin, écoute la déposition de sa belle-fille en affichant un léger rictus.

Les propos de la jeune femme de 22 ans qui dépose à la barre ne prêtent pourtant pas à sourire.

Depuis cinq ans, ma vie est au point mort

, résume la plaignante d’une voix terne.

Adolescente, la jeune femme avait bon espoir d’embrasser une carrière de vétérinaire.

Les notes, l’énergie, la volonté, elle avait tout pour réaliser son rêve et faire mentir par la même occasion ses origines sociales modestes.

Mais c’était compter sans le mal qui s’est mis à la ronger sournoisement à la fin du lycée.

Insomnies, crises d’angoisse : peu à peu, son quotidien est devenu un calvaire au point qu’elle soit obligée d’arrêter ses études en prépa véto.

Avant d’en parler, j’ai gardé tout ça pour moi pendant trois ans

, raconte la jeune femme.

La première fois, c’était à sa mère, en février 2020.

Énervée après une banale dispute avec son beau-père, elle lui a lâché :

Cédric m’a touchée.

Mais les choses en sont restées là, ou presque.

Mon beau-père est parti quelques jours à la demande de ma mère, mais il est revenu à la veille du confinement et il est resté avec nous, comme si rien ne s’était passé

, témoigne la jeune femme qui en a longtemps voulu à celle qu’elle n’appelle plus que par son prénom, Aurélia.

Je n’ai pas compris qu’elle n’ait pas cherché à faire quelque chose comme une mère normale l’aurait fait

, ajoute-t-elle.

Il a fallu attendre que son père l’apprenne incidemment de la bouche d’une ex-compagne mise dans la confidence par la jeune fille pour qu’une plainte soit déposée un an plus tard et que l’indicible puisse être enfin dit.

Les pénétrations avec les doigts, les pénétrations avec le sexe, les fellations

La jeune femme a pu mettre des mots sur ce que lui faisait subir le compagnon de sa mère à intervalles réguliers.

Il profitait des absences répétées de ma mère pour passer à l’acte

, raconte la plaignante qui venait d’avoir 12 ans quand les agressions sexuelles ont commencé, bientôt suivies de viols.

Quand c’est arrivé la première fois, je m’étais endormie entre ma mère et lui en regardant la télévision. J’ai senti qu’il prenait ma main pour se masturber. J’ai fait comme si je ne m’étais pas réveillée, mais, au fond de moi, je ressentais un profond dégoût.

Au dégoût, est venue se greffer la culpabilité.

Pour moi, dans ma tête, j’étais la seule responsable, la seule à blâmer

, confesse la jeune femme qui n’a pourtant « jamais cherché ce qui est arrivé ».

Avec le recul, je me dis qu’il m’a pris pour sa roue de secours. Je m’occupais déjà de la maison, de mes frères et sœurs pendant les absences de ma mère.

L’accusé, âgé de 49 ans, aura l’occasion de s’expliquer mardi 27 octobre, à 9 heures, à la reprise des débats.

Ce lundi 26 octobre, à l’ouverture de son procès, le quadragénaire a reconnu les relations sexuelles avec sa belle-fille en indiquant qu’elle en était l’instigatrice « parce qu’amoureuse de lui ».

Le verdict est attendu mardi après-midi.

La nuit lui a porté conseil.

Ce mardi 27 octobre, au deuxième jour de son procès pour viols incestueux sur un mineur par un majeur ayant autorité sur la victime devant la cour criminelle départementale (CCD) de la Dordogne, Cédric Kerouredan, 49 ans, a reconnu avoir imposé des relations sexuelles à sa belle-fille entre 2016 et 2019 dans le huis clos du domicile familial, à Lusignac, en Ribéracois.

J’ai réfléchi pendant la nuit. Ce n’est pas normal ce que j’ai fait. Les souffrances de Clarisse m’ont travaillé. Toutes ses souffrances viennent de moi

, a concédé l’accusé pendant son interrogatoire sur les faits.

De propos maladroits en déclarations inquiétantes, Cédric Kerouredan a eu du mal à tenir sa ligne sous le feu des questions.

À plusieurs reprises, l’intéressé s’est empêtré dans ses contradictions, laissant planer sérieusement le doute sur le repentir qu’il affichait en début d’audience.

Je ne sais pas ce qu’elle a pu ressentir lors des relations sexuelles. Mais je ne pense pas l’avoir tant forcée que ça. Elle ne me repoussait pas. Au contraire, elle continuait à me faire des bisous dans le cou en présence de la famille.

, a-t-il déclaré, sans forcément se rendre compte de l’effet désastreux de ses propos.

La veille, le quadragénaire ne s’était pas montré beaucoup plus rassurant en déclarant que « le viol d’une adolescente par un adulte peut arriver, même sur sa propre fille », a relevé Me Borel, l’avocate du père de la victime au moment de sa plaidoirie.

Consterné par l’attitude de Cédric Kerouredan, l’avocat de la jeune fille a préféré s’appesantir sur la personnalité « exceptionnelle » de sa cliente qui n’a guère pu compter que sur son père pour l’aider à dénoncer les faits.

Non seulement sa mère ne l’a pas crue quand elle a dit que Cédric l’avait touchée, mais elle a continué à lui imposer la présence de celui-ci à la maison.

Bilan des courses :

L’adolescente, douée, qui se rêvait vétérinaire, lutte aujourd’hui contre une dépression sévère qui l’empêche d’avancer

, a rappelé la robe noire.

L’avocat général, qui avait poussé l’accusé dans ses retranchements pendant l’interrogatoire, ne l’a pas davantage épargné pendant son réquisitoire.

Venir nous dire que votre belle-fille était amoureuse de vous fait partie de ces grands classiques des prétoires

, a prévenu Marianne Poinot.

J’aurais tendance à penser, comme votre belle-fille, qu’elle a été votre roue de secours : elle a pris la place de votre compagne dans le lit conjugal comme elle l’avait déjà fait dans la gestion du quotidien.

Le ministère public a requis une peine de quatorze ans de réclusion criminelle assortie d’un suivi socio-judiciaire de six ans à l’encontre de l’accusé.

La défense a plaidé en faveur d’une peine de prison plus légère contrebalancée par vingt ans de suivi socio-judiciaire.

Ce serait la sanction la plus adaptée à mon client. Ses capacités cognitives ne lui ont visiblement pas permis de comprendre les enjeux de l’audience.

La cour criminelle a suivi le ministère public. Elle a condamné l’accusé à quatorze ans de réclusion et à six ans de suivi socio-judiciaire.